Jean-Philippe Tanguy est arrivé en retard, comme souvent. « C'est son pire défaut », taquine Sébastien Chenu. Ce vendredi-là, en juin 2023, le vice-président du Rassemblement national enterre son père à Beauvais. Marine Le Pen a eu un empêchement. Avant de lire l'éloge funèbre, l'élu du Nord voit entrer dans l'église, un peu essoufflé, son collègue de la Somme. « Ça m'a donné une bouffée d'émotion, raconte Sébastien Chenu. Hormis mon compagnon [élu à l'Assemblée nationale], Jean-Phi est le seul député qui soit venu. » Les deux hommes sont plutôt du genre à témoigner de l'affection qu'ils se vouent l'un l'autre. Piliers du RN au Palais-Bourbon et en dehors, ils ont en partage la fidélité absolue à la patronne. Elle leur vaudra d'être, jusqu'à la fin novembre et durant de nombreux débats budgétaires, responsables de leur groupe parlementaire.
Marine Le Pen va vivre cette séquence au rythme de son calendrier judiciaire. Prévenue dans l'épineux dossier des assistants parlementaires européens du Front national, la députée du Pas-de-Calais fera de nombreux allers-retours entre le tribunal correctionnel et la chambre basse. Dans les faits, elle garde la main, même à distance. Jean-Philippe Tanguy la surnomme en privé « Geppetta », version féminine du marionnettiste de Pinocchio. C'est elle qui officie aujourd'hui, avec Jordan Bardella, au meeting de rentrée du parti à Nice. La leader nationaliste soigne toutefois le protocole et les apparences. Face à ses troupes et à celles de son allié Éric Ciotti, réunies en intergroupe le 24 septembre, Marine Le Pen a annoncé sans surprise qu'elle confiait la boutique à ses deux présidents délégués. « Quand je ne suis pas là, c'est eux qui décident », a-t-elle lancé.