« Nous allons créer des quartiers productifs » (Nadia Hai, ministre de la Ville)

INTERVIEW. Au lendemain du Comité interministériel de la Ville à Grigny (Essonne), la ministre déléguée à la Ville annonce à La Tribune la signature d'une convention avec le groupe Caisse des Dépôts pour développer des commerces dans les quartiers politique de la ville. De même que Nadia Hai confirme que le gouvernement réfléchit à un plan pour le Val-d'Oise.
César Armand

8 mn

Ministre déléguée à la Ville, Nadia Hai a été députée (LREM) de la 11ème circonscription des Yvelines jusqu'à son nomination au gouvernement en juillet 2020.
Ministre déléguée à la Ville, Nadia Hai a été députée (LREM) de la 11ème circonscription des Yvelines jusqu'à son nomination au gouvernement en juillet 2020. (Crédits : Ministère chargé de la Ville)

En déplacement à Grigny (Essonne) pour le Comité interministériel de la Ville le vendredi 29 janvier, le Premier ministre a annoncé le déblocage d'une enveloppe de 2,3 milliards pour les quartiers politique de la ville (QPV). Parmi les mesures-phares : 6 millions d'euros « supplémentaires » pour le recrutement à l'été 2021 de « 300 médiateurs et 300 éducateurs spécialisés », ou encore le déploiement de quelque 500 conseillers Pôle emploi dans des agences situés dans ces QPV.

Jean Castex y a en outre confirmé le fléchage d'un milliard d'euros - 1% du plan de relance - vers ces quartiers de même qu'il y a annoncé une enveloppe supplémentaire de 2 milliards d'euros pour l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). "On demande un contact tous les mois avec le cabinet du Premier ministre pour s'assurer de la mise en œuvre" de ces crédits, a réagi le maire (PCF) de Grigny, Philippe Rio, cité par l'AFP.

La TRIBUNE - Avec le Premier ministre Jean Castex, vous vous êtes rendue à Grigny (Essonne) vendredi 29 janvier pour le Comité interministériel de la Ville. Outre le milliard d'euros demandé par les maires, inclus dans le plan de relance, 2,3 milliards d'euros vont être débloqués pour les quartiers prioritaires, auxquels s'ajoutent 2 milliards d'euros supplémentaires pour la rénovation urbaine. Dans quel but ?

NADIA HAI - Ces annonces extrêmement fortes étaient attendues de la part des élus, des associations, des conseils citoyens et bien sûr des habitants des quartiers. C'est un plan ambitieux auquel s'ajoutent des mesures et un changement radical de méthode.

Le Comité interministériel des villes accorde notamment beaucoup d'importance au renouvellement urbain. C'est le cadre de vie des habitants et l'environnement dans lequel ils vivent. 2 milliards d'euros supplémentaires permettent de porter à 12 milliards d'euros le nouveau programme de renouvellement urbain, porté par l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU).

C'est très significatif d'autant qu'en réalité, avec tous les effets de levier, ce seront 50 milliards d'euros d'investissement.

Comment seront-ils fléchés ? Par exemple, la ville de Lunel (Héraut) veut mobiliser 53 millions d'euros pour changer son image, après avoir souffert d'être présentée comme un foyer de djihadistes.

Il n'y a aucun de lien de cause à effet direct entre cela et les quartiers qui ont des besoins importants de rénovation et/ou de démolition-reconstruction. Des dossiers ont déjà été validés comme celui de Toulouse où nous avons ainsi débloqué 1 milliard d'euros pour la rénovation et le renouvellement urbain. Pour les autres, les dossiers seront accordés en fonction d'un certain nombre de critères comme la faisabilité ou le portage du projet auprès de l'ANRU.

Nous pourrions aussi parler de Trappes que je connais. Sans lien avec la radicalisation, il y a une réalité de quartiers enclavés. Nous avons voulu y implanter des rues pour aérer les quartiers, éviter la concentration humaine, créer des espaces verts, de même que nous avons voulu y créer de la mixité sociale avec une diversification de l'offre de logements.

A cet égard, comment allez-vous faire en sorte que les villes qui concentrent au moins 40% de logements sociaux ne dépassent plus ce pourcentage ?

C'est une mesure que j'ai poussée et sur laquelle j'ai travaillée avec ma collègue Emmanuelle Wargon ministre du Logement. J'ai 40 ans et la politique de la ville a également 40 ans. Les erreurs du passé ont fait s'accumuler la précarité et la pauvreté. C'est ce qu'a dénoncé le président de la République dans son discours aux Mureaux contre le séparatisme.

Pour casser cette ghettoïsation, nous allons prendre une circulaire pour que les préfets puissent s'opposer aux projets de construction de logements sociaux s'il y en a trop. Si c'est une résidence étudiante, une résidence pour personnes âgées ou si l'on détruit du logement social pour faire une opération mixte avec du logement privé, il n'y a pas de problème. En revanche, si c'est une offre supplémentaire qui vient accroître la pauvreté avec des loyers trop bas, les préfets pourront s'y opposer.

C'est cela l'ambition du gouvernement : réfléchir au cadre de vie et au renouvellement urbain pour rendre ces quartiers encore plus attractifs. Avec Bérengère Abba, secrétaire d'Etat à la Biodiversité, nous travaillons sur le retour de la nature en ville et la végétalisation des immeubles. De même qu'avec Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture, nous avons labellisé vingt fermes urbaines dans les quartiers.

Comment en faire des quartiers attractifs sur le plan économique ?

Avec le groupe Caisse des Dépôts, nous allons lancer signer une convention pour créer les « Quartiers productifs ». Pour éviter qu'ils restent des quartiers dortoirs, en plus de la transformation visuelle, des bâtiments et des espaces verts, nous allons y développer des commerces. La Banque des territoires pilotera les foncières locales quand la Banque publique d'investissement (Bpi) s'occupera de l'aspect entrepreneurial.

Le bailleur social Erigere (groupe Action Logement) et l'association Les Déterminés y travaillent aussi, notamment à Cergy (Val-d'Oise). Comment éviter les doublons ?

Nous accompagnons les bailleurs sociaux dans l'action sociale à travers l'abattement de la taxe foncière sur les propriétés bâties. Nous travaillons également très bien avec l'association Les Déterminés, que le ministère de la Ville subventionne à hauteur de 100.000 euros par an.

Nous allons augmenter sa subvention, et son président Moussa Camara fait partie du réseau associatif par lequel la Bpi, dans le cadre des « Cap Jeunes », accompagne l'Etat dans la création d'entreprises dans les quartiers politique de la ville.

Plus généralement, le Val-d'Oise reste dans l'attente de mesures fortes, un an après l'abandon d'Europacity...

Le Gouvernement réfléchit à un plan pour le Val-d'Oise car nous savons qu'il y a des difficultés. Nous allons créer des Cités de l'Emploi dans le 93 et le 95. En Seine-Saint-Denis, elles joueront un rôle déterminant en matière d'emplois et d'insertion. Nous devons faire en sorte que toutes les créations d'entreprise d'ici aux JOP de 2024 bénéficient aux jeunes et moins jeunes.

Il nous faut une méthode concertée et travailler en synergie avec tous les opérateurs du ministère du Travail, avec les invisibles qui passent sous les radars et avec les acteurs économiques du territoire pour que tout le monde en bénéficie. Nous ferons des annonces dans les prochains jours.

Pour le Val-d'Oise, les annonces de vendredi les concernent. Sans parler des « Cités éducatives », les villes d'Argenteuil et de Goussainville sont accompagnées financièrement par l'Etat. Ce département sera en outre directement concerné et sous différentes formes par les 2 milliards d'euros supplémentaires apportés par le plan de renouvellement urbain.

Serait-ce en fait la résurrection du plan Borloo que beaucoup d'élus locaux qualifiaient d'enterré lors de sa reprise par le président Macron en mai 2018 ?

Le Conseil national des Villes nous a fait des propositions à la suite du plan Borloo, de rapports parlementaires et d'autres travaux. Les « Quartiers de reconquête républicaine » comme les « Cités de l'Emploi » n'étaient pas dans ses pistes, mais ils sont plébiscités et très attendus par les élus locaux qui pensaient que le gouvernement n'avait pas d'action sur les quartiers.

J'insiste : 3,3 milliards d'euros, cela reste des annonces extrêmement fortes. Elles sont toutes financées et nous nous attacherons à les mettre en œuvre. Ceux qui critiquaient l'action publique hier nous félicitent aujourd'hui. Nous déploierons une méthode innovante et différenciante.

C'est-à-dire ? De la co-construction entre l'Etat et les pouvoirs locaux ?

Nous ne pouvons plus faire des annonces et passer par les circuits traditionnels. Là au contraire, nous allons irriguer les quartiers en faisant cité : partir du terrain avec les richesses du terrain pour catalyser l'ensemble des politiques publiques.

Quel en sera le calendrier, les maires des quartiers attendant avec impatience le déblocage du milliard d'euros promis ?

Je n'ai pas attendu aujourd'hui pour travailler sur le plan de relance. Si nous avons effectivement confirmé l'investissement d'un milliard d'euros pour les quartiers politique de la ville, nous y avons ajouté depuis 100 millions d'euros. Rien que ce montant, c'est énorme dans ce domaine.

Ma méthode est simple : j'ai demandé aux préfets de département d'organiser des réunions avec les maires pour les accompagner dans leur portage de projets, que ce soit sur l'attractivité, le cadre de vie ou l'emploi. Nous avons déjà accepté des projets.

Ainsi, à Grigny, où nous étions vendredi, 7 millions d'euros ont été débloqué pour Grigny 2 (un ensemble de 5.000 logements réunis en une seule copropriété, où des travaux d'urgence et de réhabilitation au long cours sont nécessaires, Ndlr) Les choses avancent. C'est du concret. Je peux également vous citer Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) où la « Cité éducative » va devenir un bâtiment.

Je m'attelle à ce que les annonces soient suivies d'effet. C'est mon rôle d'être dans le concret.

César Armand

8 mn

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Commentaires 4
à écrit le 01/02/2021 à 19:40
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Pardon, mais qui est cette dame ?

à écrit le 01/02/2021 à 15:30
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c'est reparti pour un arrosage d'argent public! faut acheter la paix sociale! des mediateurs pour que les jeunes ne cassent pas tout des conseillers pole emplois pour conseillers des gens sans formation et sans motivation qui veulent un bon salair...

à écrit le 01/02/2021 à 14:08
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Quelle innovation ! Depuis bien 50 ans ces opérations ont été une catastrophe les commerces ont été abandonnés à cause de la délinquance galopante encore un coup d'impots pour nous ,ça devient lamentable ces élus payés à faire des conneries quand ces...

à écrit le 01/02/2021 à 10:04
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Encore un plan qui finira comme les autres depuis 40 ans avec de l'argent dépensé pour rien. La seule vrai alternative c'est arrêter l'immigration pdt 10 ans pour permettre d'intégrer socialement et financièrement les populations fragiles, sinon ce s...

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