Un an après l'abandon d'Europacity, trois projets encore flous pour le Val-d'Oise

Le 7 novembre 2019, le gouvernement abandonnait le projet Europacity au nom de l'écologie. Depuis, plusieurs alternatives sont sur la table. Les élus du territoire et les responsables économiques locaux pressent l'exécutif de trancher.
César Armand
(Crédits : DR)

C'était un projet qui devait créer près de 12.000 emplois d'ici à 2027 avec la construction de 250.000 mètres carrés d'activités commerciales et d'espaces de loisirs dans un département parmi les plus jeunes et les plus pauvres de France: le Val-d'Oise. Approuvé par le président Sarkozy dès 2010, soutenu par son successeur François Hollande et son ministre de l'Economie Emmanuel Macron, Europacity a été abandonné par le chef de l'Etat le 7 novembre 2019 au nom de l'écologie.

"Plus question de créer un grand pôle de commerces et de loisirs où viendraient des consommateurs de toute l'Île-de-France qui repartent ensuite, créant un pic de consommation et de mobilité, au détriment des commerces alentours", déclarait à l'époque l'entourage d'Emmanuel Macron à l'AFP.

Le 95 dans l'attente d'un projet structurant

Dès le lendemain, le locataire de l'Elysée chargeait l'ex-délégué interministériel à la fermeture de la centrale nucléaire et à la reconversion du site de Fessenheim, Francis Rol-Tanguy, d'élaborer "un nouveau projet" avec les acteurs du territoire. "Un autre avenir y est possible, en prenant davantage en compte les impératifs d'aménagement durable, mais également de création d'emplois et d'activité, et en tirant partie de sa localisation privilégiée au sein du grand Roissy. Nous voulons y travailler, avec les élus, avec le monde économique", expliquait Elisabeth Borne, alors ministre de la Transition écologique et solidaire. Sollicitée, elle n'avait pas le temps de nous répondre.

Un an s'est écoulé, et le triangle de Gonesse, qui attend sa gare du Grand Paris Express pour 2027, reste dans l'attente d'un projet structurant. Selon nos informations, le haut-fonctionnaire Francis Rol-Tanguy a remis son rapport à l'exécutif mi-juillet. Il contiendrait trois scénarios: le premier sans la gare et les deux autres avec la gare, l'un se limitant aux 110 hectares déjà acquis par l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF), l'autre occupant les 280 hectares du terrain. "Nous n'avons pas beaucoup de communication sur les souhaits de l'Etat après le rapport Rol-Tanguy" a répondu à La Tribune la présidente (Libres!) du conseil régional Valérie Pécresse, interrogée ce 5 novembre lors de la présentation du plan de mobilisation régional pour l'emploi et l'investissement dans les compétences.

Lors de cette conférence, le préfet de région, préfet de Paris, Marc Guillaume a, lui, annoncé que ce document "doit être prochainement finalisé" avant d'être "rendu public". Sur le terrain, les représentants de l'Etat se bornent effectivement à répéter "On va faire des choses", "Vous aurez des bonnes surprises" ou encore "C'est trop tôt". La députée (LREM) de la 9ème circonscription du Val-d'Oise ne dit pas autre chose: "Je préfère que le gouvernement prenne son temps et qu'il le prépare en concertation avec les élus, les directeurs académiques et les acteurs économiques pour qu'on arrive à quelque chose de solide", avançant que le sujet continue de mobiliser "le plus haut sommet de l'Etat".

Agacement des décideurs économiques et politiques

En attendant, les responsables économiques locaux s'impatientent.

"Il faut faire quelque chose ! Qu'on crée des emplois !" exhorte Pierre Kuchly, président de la CCI 95, dont le moral des 48.700 entreprises est en train de "plonger" avec une "espèce de pessimisme".
"Cela représentait une opportunité intéressante pour le territoire. Il ne s'est rien passé depuis, c'est assez la sinistrose", acquiesce Jean-Michel Limoges, président de Roissy Entreprises et de sa plateforme Réseau Business (5.600 adhérents).

Les élus trépignent tout autant. "Il est temps qu'on avance !" s'exclame le maire (PS) de Gonesse. "Il ne s'agit pas de pleurer sur notre sort, mais de trouver des solutions pour régler les problèmes", ajoute Jean-Pierre Blazy. "D'un naturel optimiste", le président (LR) de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France (42 communes du Val-d'Oise et de Seine-et-Marne), Pascal Doll, demande aussi d'avancer, avant de rentrer dans la période des élections départementales, régionales et présidentielle.

Aux dires de Zivka Park, le président de la République ne croirait "plus trop" au grand projet, mais en "une multitude" qui auraient différents impacts. "Visiblement, ils vont essayer de marier un projet très écologique type Carma avec quelque chose de complémentaire", croit d'ailleurs savoir le président de la CCI 95 Pierre Kuchly. La coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d'avenir (Carma) entend mettre en place "un cycle alimentaire sain et durable". "Je les ai rencontrés en septembre et je n'y suis pas opposé", abonde le maire (PS) de Gonesse Jean-Pierre Blazy.

Consensus sur la création d'un établissement d'enseignement supérieur

La zone d'aménagement concerté (ZAC) ayant été sécurisée juridiquement par le Conseil d'Etat en juillet dernier, la création d'un établissement d'enseignement supérieur semble faire consensus. La présidente (Libres!) de la région, Valérie Pécresse, rêverait par exemple d'un campus international, quand le président (LR) de Roissy Pays de France, Pascal Doll, imagine déjà une cité éducative. "Je la vois comme l'arrivée du Stade de France à Saint-Denis d'autant que nous sommes la première frontière mondiale de France", de par la proximité avec l'aéroport Charles-de-Gaulle.

La députée Zivka Park plaide, elle, pour la création d'un pôle de formation ou pour une antenne de l'ESSEC, dont le campus se trouve à Cergy. Après avoir déjà formé 220 chefs d'entreprise en cinq ans, l'association Les Déterminés vient d'ailleurs d'y ouvrir un espace dédié à l'entrepreneuriat et à l'employabilité en pied d'un immeuble du bailleur social Erigere (groupe Action Logement) et prévoit d'en ouvrir une dizaine d'autres d'ici à 2024 dans toute la France. "Comment invente-t-on un projet d'envergure pour retrouver de la vivacité économique ?" s'interroge son président Moussa Camara. "La crise sanitaire va accentuer les difficultés dans le 95. Ce sera l'un des départements les plus compliqués dans dix ans", redoute-t-il.

Une co-entreprise toujours existante

Paradoxalement, la co-entreprise Alliage &Territoires, d'un côté Ceetrus, filiale immobilière du groupe Auchan qui réalise par ailleurs la transformation de la gare du Nord, et de l'autre Wanda, géant chinois des centres commerciaux, existe toujours, liée à un protocole avec l'établissement public Grand Paris Aménagement qui l'a mandatée au nom de l'Etat pour réaliser l'opération. Elle apportait les 3 milliards d'euros d'investissements privés.

"Après l'annonce, nous n'avons pas eu de notification officielle", assure une porte-parole de la société. "Il ne faudrait pas que ce territoire soit oublié sans que rien ne se fasse", poursuit cette même source.

Si des cadres travaillent désormais pour la maison-mère, à l'image du directeur général d'Europacity Benoît Chang nommé directeur financier de Ceetrus, le directeur du développement David Lebon est revenu à ses premières amours politiques en prenant la direction du cabinet du maire (PS) de Saint-Denis Mathieu Hanotin à l'intercommunalité Plaine Commune.

Chez Wanda, la décision "brutale et rapide", qui a été une "surprise", est remontée jusqu'au président chinois de l'entreprise. Jusqu'en mai dernier, le géant des centres commerciaux a déployé plusieurs stratégies et mis différentes options sur la table. Avant que les autorités pékinoises ne lui demandent de se recentrer sur Chine. Il a ainsi été question d'un projet conjoint avec Ceetrus dans la banlieue londonienne, mais celui-ci a de même tourné court.

César Armand

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Commentaires 2
à écrit le 06/11/2020 à 8:42
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Notre oligarchie, qui est dorénavant seule à posséder les capitaux mais tous les capitaux, est trop habitué à ces compromissions grossières entre politiciens et hommes d'affaires leur générant des rentes à vie imposant une économie de plus en plus b...

le 06/11/2020 à 10:46
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Que vous ne vouliez pas que je choque le bourgeois qui détruit le monde en s’engraissant pourquoi pas, mais dans ce cas ne me laissez pas passer hypocritement un seul commentaire pour le décorer du peine à penser.

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