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Nouvelle-Calédonie : un deuxième gendarme tué lors des violences, la situation est « très tendue », selon Gabriel Attal

latribune.fr

Publié le 16 mai 2024 à 05:12 - Mis à jour le 16 mai 2024 à 14:29

Selon les autorités françaises, en Nouvelle-Calédonie, quelque 70 interpellations ont eu lieu au cours des dernières 24 heures et 64 blessés sont à déplorer parmi les gendarmes et policiers.

Selon les autorités françaises, en Nouvelle-Calédonie, quelque 70 interpellations ont eu lieu au cours des dernières 24 heures et 64 blessés sont à déplorer parmi les gendarmes et policiers.

LUDOVIC MARIN

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

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Le Premier ministre a déploré les « pillages, émeutes, incendies, agressions (...) insupportables et inqualifiables » qui ont de nouveau eu lieu en Nouvelle-Calédonie où le bilan est de cinq morts dont deux policiers. Il a également indiqué qu'« un millier d'effectifs de sécurité intérieure supplémentaires » seront déployés. Selon la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), ces trois premières nuits d'émeutes ont causé pour 200 millions d'euros de dégâts.

[Article publié jeudi 16 mai 2024 à 7h12, mis à jour à 14h29] La situation reste « reste très tendue, avec des pillages, des émeutes, des incendies, des agressions qui sont évidemment insupportables et inqualifiables » en Nouvelle-Calédonie où le bilan s'est alourdi, portant à cinq le nombre de morts depuis le début des émeutes lundi, a déclaré, ce jeudi, le Premier ministre, Gabriel Attal. La cause de ces violences : une réforme du corps électoral local, contestée par les indépendantistes kanaks qui redoutent d'être mis en minorité.

Ce jeudi matin, un deuxième gendarme a été tué à la suite d'un « tir accidentel », a, en effet, annoncé le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, dans un message à l'AFP plus tôt dans la journée. « Il ne s'agit pas d'un tir ennemi », a-t-on précisé de source proche du dossier.

Dans son message, le ministre, qui fait part de sa «grande tristesse», explique que selon les «premiers éléments, le décès serait consécutif aux blessures générées par un tir accidentel, alors que les gendarmes s'engageaient pour assurer une mission de sécurisation». Gérald Darmanin a ajouté apporter «tout son soutien à la famille, aux proches et aux camarades» du gendarme tué.

Un premier militaire âgé de 22 ans, de l'escadron de gendarmerie mobile de Melun (Seine-et-Marne), est mort mercredi en Nouvelle-Calédonie, près de Nouméa, victime d'un tir en pleine tête.

Les violences se poursuivent sur l'archipel

Après deux nuits d'émeutes qui ont également fait des centaines de blessés, celle de mercredi à jeudi « a été moins violente », avait pourtant déclaré Louis Le Franc, le haut-commissaire en charge de ce territoire d'outre-mer, lors d'un point presse ce jeudi matin (heure de Nouméa) avant l'annonce du décès d'un deuxième gendarme.

Malgré cette relative accalmie, les violences se poursuivent, en effet, sur l'archipel, qui a une nouvelle fois connu des « affrontements très importants », a déploré le haut fonctionnaire. D'après lui, quelque 70 interpellations ont eu lieu au cours des dernières 24 heures et 64 blessés sont à déplorer parmi les gendarmes et policiers. Par ailleurs, le représentant de l'Etat a « annoncé un couvre-feu et interdit TikTok » sur le territoire.

Autre information partagée par Louis Le Franc : l'agglomération de Nouméa a de nouveau été la proie des pillages et des incendies, alors que près de 200 interpellations ont eu lieu depuis lundi sur le territoire. « Il y a aussi des pièges tendus aux forces de l'ordre », qui ont subi des « tirs nourris de carabines de grande chasse », a-t-il déclaré.

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Le bâtiment du Sénat calédonien a été incendié, selon son service de communication, sans que l'on sache pour l'instant l'ampleur des dégâts. Symbole de cette flambée de violence, le quartier pauvre d'Auteuil, où des tirs nourris résonnaient encore au petit matin, se trouve réduit jeudi à l'état de désolation, a constaté un correspondant de l'AFP, avec son supermarché incendié, ses commerces et restaurants brûlés et pillés.

Ramener le calme

De son côté, le gouvernement tente de ramener le calme. Mercredi soir, alors que l'état d'urgence sur l'archipel était entré en vigueur depuis 20 heures (heure de Paris), Gabriel Attal a annoncé le déploiement de militaires « pour sécuriser » les ports et l'aéroport de l'archipel. Ce jeudi, il a précisé qu'« un millier d'effectifs de sécurité intérieure supplémentaires » seront déployés.

«A la demande du président de la République, nous allons renforcer encore le pont aérien de rétablissement de l'ordre qui a été mis en place, pour déployer un millier d'effectifs de sécurité intérieure supplémentaires, en plus des 1.700 effectifs qui sont déjà sur place», a détaillé le Premier ministre.

Il a également indiqué qu'« une circulaire pénale » serait publiée par le garde des Sceaux dans les prochaines heures pour garantir « les sanctions les plus lourdes contre les émeutiers et les pillards ».

La veille, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, a signé cinq assignations à résidence contre cinq responsables « radicaux et violents » appartenant à la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), frange la plus radicale du Front de libération Kanak socialiste (FLNKS), a-t-on précisé de source proche du dossier. Il a par ailleurs dénoncé l'ingérence de l'Azerbaïdjan où plusieurs leaders indépendantistes calédoniens se sont déplacés ces derniers mois. Bakou a cependant réfuté toute ingérence, jugeant les accusations de Paris « infondées ».

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Le retour à l'ordre est un « préalable à la poursuite du dialogue » et il « permettra de garantir l'approvisionnement de l'île en produits essentiels », a insisté, ce jeudi Gabriel Attal. « Tout est mis en œuvre pour que les Calédoniens retrouvent l'ordre et le calme auxquels ils ont droit. C'est un préalable à la poursuite du dialogue que j'appelle de mes vœux », a écrit sur le réseau social X le Premier ministre après avoir présidé une deuxième cellule interministérielle de crise à 08h30 à Paris.

Mercredi, il a promis d'inviter prochainement les parties prenantes de Nouvelle-Calédonie à une réunion à Matignon en vue de trouver un accord politique global, après l'adoption d'une loi constitutionnelle visant à élargir le corps électoral contestée par les indépendantistes. Mais une visioconférence d'Emmanuel Macron avec les élus locaux a été annulée ce jeudi, ces derniers ne voulant « pas dialoguer les uns avec les autres », selon l'Elysée. Signe de la gravité de la situation : le président a « reporté » un déplacement prévu de longue date à Flamanville (Manche), où il devait inaugurer l'EPR, un réacteur nucléaire de nouvelle génération dont la mise en service, après des années de retard et déconvenues, symbolise sa stratégie de souveraineté énergétique, l'un des principaux piliers de son quinquennat (et de la campagne européenne menée par son camp).

Ce jeudi, Emmanuel Macron devait, en effet, présider dans la matinée une « réunion de suivi » sur la situation.

« Des conséquences économiques importantes »

Gabriel Attal va, en outre, convier à Matignon, avec le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, « dans les prochaines heures », le président du Sénat Gérard Larcher, la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, ainsi que les comités de liaison parlementaires sur la Nouvelle-Calédonie pour un « échange » sur la crise.

« Cette crise a des conséquences économiques importantes », a relevé le chef du gouvernement, qui a demandé aussi au ministre de l'Economie Bruno Le Maire de « réunir dans les prochaines heures en visioconférence le monde économique » de l'archipel « pour leur apporter le soutien nécessaire ».

En effet, ces trois premières nuits d'émeutes ont causé pour 200 millions d'euros de dégâts, a estimé ce jeudi le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Nouvelle-Calédonie qui a effectué « un travail d'évaluation des dommages basés sur le coût de construction, le stock, l'exploitation ». Ainsi, selon David Guyenne qui s'exprimait à l'issue d'une réunion avec le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, 80% à 90% du circuit de distribution (magasins, entrepôts, grossistes) de Nouméa ont  notamment été « anéantis ».

«Les chiffres sont colossaux, la magnitude de l'impact sera énorme. L'économie calédonienne est structurellement atteinte »,a-t-il poursuivi, estimant que« l'Etat va devoir intervenir».

Les causes d'une crise que le gouvernement n'a pas vu venir

Alors que les députés ont voté dans la nuit de mardi à mercredi le projet de loi constitutionnelle portant sur la réforme du corps électoral local, ce dernier doit désormais être définitivement adopté par l'Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès. Cette dernière étape interviendra « avant la fin juin », à moins d'un accord entre les forces politiques locales, a prévenu Emmanuel Macron.

« Si nous trouvons un consensus, nous pourrons continuer à avancer. Si le consensus n'est pas trouvé, nous devrons continuer à avancer aussi de la manière dont nous l'avions prévu », a ajouté Gabriel Attal lors des questions d'actualité au Sénat, en rappelant que« le retour à l'ordre est un préalable à tout ».

Mais pour l'ancien conseiller de Michel Rocard à l'époque des accords de Matignon de 1988, Jean-François-Merle, « le calendrier comme couperet, ça ne marche jamais, ça produit l'effet inverse ». « Maintenant que le feu est déclenché », il va falloir « trouver une solution de médiation » avec « des gens qui puissent être considérés comme au-dessus de la mêlée », a-t-il ajouté auprès de l'AFP, acquiesçant à la piste de l'ex-Premier ministre Lionel Jospin évoquée dans la presse et observant que « quelqu'un comme Edouard Philippe aurait aussi sa légitimité ».

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Quel calendrier ?

Un autre ancien chef de gouvernement, le socialiste Jean-Marc Ayrault a lui aussi déclaré à l'AFP qu'il fallait « absolument mettre en place une mission de dialogue ». Mais « si le délai, c'est fin juin, c'est un peu court », a-t-il souligné, rappelant que le Conseil d'Etat a fixé « la date ultime pour tenir des élections provinciales en décembre 2025 ». Il est donc « encore temps de rétablir la confiance, mais sans surenchère », a-t-il insisté.

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Sauf que les oppositions font monter la pression autour de la sécurité de l'archipel. « Il ne peut pas y avoir de dialogue dans la chienlit », a insisté le chef des sénateurs LR, Bruno Retailleau, son homologue à l'Assemblée, Olivier Marleix, estimant qu' « il faut aussi mobiliser l'armée ».

(Avec AFP)

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