Pourquoi les entreprises privilégient le CDD au CDI

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Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la rigidité supposée de la réglementation du  contrat à durée indéterminée (CDI) qui explique pourquoi les entreprises préfèrent recourir au contrat à durée déterminée (CDD). Une étude du ministère du Travail montre que c'est davantage l'état du carnet de commandes et la volonté de tester le salarié qui motivent le boom des CDD.
Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas la "rigidité" supposée de la réglementation du contrat à durée indéterminée (CDI) qui explique pourquoi les entreprises préfèrent recourir au contrat à durée déterminée (CDD). Une étude du ministère du Travail montre que c'est davantage l'état du carnet de commandes et la volonté de "tester" le salarié qui motivent le "boom" des CDD. (Crédits : Reuters)
Moins de la moitié des entreprises (45%) ayant recouru à une embauche en CDD évoquent la réglementation liée au CDI pour justifier le fait qu'elles n'ont pas recruté sous ce type de contrat. C'est surtout le fait que les besoins des entreprises sont limités dans le temps qui justifie le recours au CDD, selon une étude du ministère du Travail.

C'est l'un des gros casse-têtes des gouvernements successifs: comment inciter les entreprises à recruter en contrat à durée indéterminée (CDI) plutôt qu'en contrat à durée déterminée (CDD) ? Ou, dit autrement comment vaincre la peur souvent totalement irrationnelle de l'embauche sous CDI, pourtant souvent moins coûteuse en cas de rupture non seulement pour l'entreprise mais aussi pour la collectivité ?

Les données de l'Unedic, l'organisme qui gère l'assurance chômage, le prouvent. En 2015, la différence entre allocations versées et contributions perçues par l'Unedic pour les CDI est... positive : il y a eu 18,892 milliards d'euros versés en allocations pour 29,28 milliards d'euros de cotisations perçues, soit un solde positif de 10,39 milliards. A l'inverse, pour les CDD, 8,88 milliards d'allocations ont été versées, alors que seulement 2,66 milliards ont été perçus, soit un trou de 6,22 milliards d'euros. Ou, dit autrement, un ratio négatif de 3,3...

En 2015: 87% des recrutements en CDD

La Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, s'est penchée sur cette question à travers une étude sur la motivation des entreprises devant un recrutement. Elle a interrogé quelque 4.600 établissements ayant recruté en CDD de plus d'un mois entre septembre et novembre 2015. En 2015, les recrutements en CDD représentaient 87 % des intentions d'embauche, en hausse de... 12 points depuis le début des années 2000. Comme le souligne la Dares, "ces évolutions questionnent sur les déterminants du choix des employeurs lorsqu'ils décident de recruter en CDD ou en CDI".

Certes, on le sait, plusieurs facteurs sont susceptibles d'intervenir dans le choix de l'entreprise en faveur du CDD : l'incertitude pesant sur son activité économique, c'est-à-dire l'état du carnet de commandes ; les coûts d'embauche et de séparation
associés à chacun des contrats ; le souhait de tester les salariés dans un contexte d'incertitude sur leur productivité, etc.

L'étude "Offre d'emploi et recrutement" de la Dares est entrée de le détail afin notamment de savoir si le moindre recours au CDI est vraiment dû à la réglementation jugée trop rigide de ce contrat.

Le principal motif : les besoins des entreprises limités dans le temps

En fait, ce qui motive surtout les employeurs dans leur choix de privilégier le CDD au détriment du CDI c'est d'abord le fait que leur besoin est limité dans le temps (69%)... ce qui s'avère cohérent avec les motifs juridiques du recours au CDD. La deuxième raison invoquée tient dans le fait qu'un CDD permet d'évaluer les compétences d'un salarié avant d'éventuellement de le recruter durablement (65%). La volonté de limiter les risques en cas de ralentissement de l'activité et l'habitude de recruter en CDD est aussi évoquée par 56% des établissements.

En revanche, le fait d'éviter la réglementation liée au CDI, qui intègre le coût financier d'un licenciement, les formalités, les incertitude juridiques, etc. n'est avancé que par 45% des établissements. Les entreprises de petite taille invoquent davantage le risque de pérennité de l'activité pour justifier l'embauche sous CDD: 55% des établissements de moins de 10 salariés avancent cet argument contre... 19% pour ceux de plus de 200 salariés. Ce taux varie aussi sensiblement selon le secteur d'activité.

Moins de la moitié des entreprises évoquent les "rigidités" juridiques du CDI

On vient de le voir, les établissements qui évoquent la réglementation liée au CDI pour ne pas recourir à ce type de contrat représentent 45% des établissements ayant recruté en CDD, soit 24% de l'ensemble des entreprises. Et parmi ces "réfractaires" au CDI, 15% évoquent les trois critères classiques: coût financier de la rupture, formalités, risque juridique. En revanche, le coût financier seul est évoqué par 12% des entreprises.

Mais, là aussi, les choses varient selon la taille de l'entreprise et, notamment, selon que les établissements sont dotés ou non d'un service Ressources Humaines (RH).

Ainsi, les établissements de moins de dix salariés ont trois fois plus de chances de mentionner les trois critères qui freinent l'embauche sous CDI que les sociétés de 200 salariés ou plus. Le secteur professionnel joue aussi. Ainsi, les entreprises positionnées dans le secteur de la construction et de l'industrie ont davantage de probabilités d'appartenir à la catégorie mentionnant les trois motifs freinant le recours au CDI.

Par ailleurs, l'expérience d'une embauche sous CDI semble diminuer les réticences à l'égard de ce contrat, puisqu'une part plus élevée des CDI dans l'établissement va de pair avec une moindre probabilité de mentionner les motifs freinant le recours au CDI. A l'inverse, les entreprises ayant du gérer un plan social ont 1,7 fois plus de chances d'en faire état...

Sans surprise, lorsqu'il existe un service RH, la crainte associée au recrutement sous CDI est moindre. Selon la Dares, ceci témoigne "d'une procédure de recrutement organisée et formalisée au sein de l'établissement et de moyens à affecter au recrutement".

Cette question de la durée des contrats, et pas seulement leur nature CDI ou CDD, va très vite rebondir, lors de l'ouverture du chantier de la réforme de l'assurance chômage. Le gouvernement réfléchit en effet à un système de bonus/malus sur les cotisations patronales d'assurance chômage, en fonction du comportement des entreprises. En d'autres termes, plus l'ancienneté d'un salarié dans son contrat serait longue, moins la cotisation patronale d'assurance chômage serait élevée.

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Commentaires
a écrit le 28/10/2017 à 12:14 :
Un des problèmes liés au CDD, est la possibilité d’obtenir un prêt immobilier. Les banquiers traditionnels ne sont jamais enthousiastes pour prêter. On ne peut que le constater auprès des particuliers et des entreprises. Dans ce domaine du prêt immobilier, les gouvernements si prompt à encourager les jeunes…….ne pourraient t’ils pas faire en sorte, que la BPI puisse accorder ce genre de prêts aux accédants à la propriété sous contrat CDD ?
a écrit le 28/10/2017 à 10:30 :
Je me demande ce qu'on attend pour baisser drastiquement les charges des vrais CDI (pas les contrats de projet) entre 1 et 2 SMIC en les transférant vers l'impôt (TVA sociale, CSG et revenu universel)...
a écrit le 28/10/2017 à 9:02 :
La précarité des entreprises amènent la précarité des postes!
a écrit le 27/10/2017 à 18:29 :
Aucun rapport ce qui fait la valeur d une entreprise c est aussi le fond de commerce et les salariés en fond partie
a écrit le 27/10/2017 à 17:42 :
Cela est dut a la précarité des entreprises qui n'ont qu'un seul rêve : "pouvoir être racheté au meilleur prix"! No futur!
a écrit le 27/10/2017 à 16:14 :
Dom a raison. La flexibilité de l’emploi, c’est l’avenir. Dans le futur on aura plusieurs emplois, plusieurs jobs, temporaires ou réguliers à temps partiel, parce qu’on aura développé un éventail de compétences qui s’appliqueront a différentes situations d’emploi. Cela offrira beaucoup plus d’option et d’opportunité à chacun de décider de son mode d’activité. Au lieu de critiquer les CDDs de précarité, il faut changer notre logiciel de pensée et y voir flexibilité et opportunité. Combien d’entre vous ont rencontré des gens qui sont dans des emplois permanents et se plaignent de leurs conditions d’emploi, de leur employeur, de leur travail, de leur paye, etc. Les CDDs donnent l’option à ces gens-là d’organiser leur vie différemment. Sans parler des femmes au foyer qui veulent continuer leur activité, des étudiants qui se cherchent avant de s’engager dans une carrière, des transits qui sont entre deux phases de leur vie, etc.
Réponse de le 27/10/2017 à 22:55 :
Ce genre de vision est totalement irréaliste en dehors des emplois à faible qualification. Il est totalement utopique de croire que les gens développeront des multi compétences. Il y a déjà assez de difficultés à trouver des gens réellement compétents dans un secteur donné pour ne pas espérer trouver des compétents multi domaines. Bien sur, ce genre de délire suppose que les gens auront le temps et la capacité de se former ad libitum. encore une énorme connerie de gens bien assis dans leur fauteuil et sans aucun risque de devoir le quitter pour faire autre chose. Totalement écoeuré par ce genre de discours pseudo intello libéral. Il faut vraiment être en dehors du quotidien pour croire de telles inepties.
Réponse de le 29/10/2017 à 8:57 :
La flexibilité n'est pas un problème tant qu'elle est choisie. A partir du moment où elle devient contrainte, on peut parler de précarité or elle devient aujourd'hui de plus en plus contrainte. Les contrats très courts ne permettent pas de se projeter, d'avoir des projets (personnels, familiaux, etc.). Les gens ne consomment plus, sont en permanence dans les plans b parce qu'ils ont peur de manquer. On va vers un appauvrissement.
a écrit le 27/10/2017 à 15:33 :
indicateur nbre de CDD vs nbre de CDI non pertinent

il faudrait parler du nombre de CDD actif en % sur la population active et du nombre de CDI actif en % sur la population active par mois

et on pourrait commencer a discuter.
Réponse de le 27/10/2017 à 16:00 :
au contraire c'est un indicateur super pertinent
les entreprises en profitent -> c'est ASSEDIC qui paye -> donc il faut financer
a écrit le 27/10/2017 à 15:25 :
sachant que les rentiers de la republique gagnent en moyenne 22.000 euros nets par an, contre 20.000 dans le prive, et qu'en plus d'avantages divers pour les retraites et les mutuelles, ils ne sont pas virables, je propose qu'on leur colle un impot forfaitaire patriote et social de 10% + 3% de majoration temporaire ( donc permanente) pour financer un fonds de flexisecurite pour les autres
a écrit le 27/10/2017 à 14:30 :
Crystal Clear -> taxons les CDD ! c'est aux entreprises de payer pour la flexibilité !

PS : pour DOM c'est qui qui paye le filet de sécurité ?
a écrit le 27/10/2017 à 14:02 :
Et si on regardait le problème autrement. !'anolalie, c'est le cdi. Il fige les salariés dans leur emploi et les empêche d'être mobile et d'évoluer vers les métiers de demain. L'enjeu est de généraliser le cdd mais en sécurisant la vie des gens avec des filets de sécurité financiers lors des fins de cdd.
Réponse de le 27/10/2017 à 15:49 :
Tu peux toujours montrer l'exemple.
a écrit le 27/10/2017 à 13:51 :
d'après des articles Le Figaro du 21 avril 2016 et du 14 septembre 2016, les entreprises françaises ont du mal à recruter en CDI, les demandeurs d'emploi répondant plus favorablement aux offres de jobs temporaires, mieux payés (articles basés sur des enquêtes de Pole Emploi et de Qapa.fr).
Réponse de le 27/10/2017 à 15:08 :
la j ai un gros doute. a moins de payer a coup de lance pierre, qui va preferer prendre le risque de se faire debarquer dans 2 mois ?
Et je parle meme pas des problemes pratiques (genre logement) si vous travaillez en CDD
Réponse de le 27/10/2017 à 15:12 :
Comme cela quand ils demandent un crédit bancaire, on les envoient chez plumeau !!!

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