En plein conclave, Bayrou rejette tout retour de la retraite à 62 ans
latribune.fr
François Bayrou a exprimé sa « divergence » avec Edouard Philippe qui considère comme « complètement hors-sol » et « déjà totalement dépassé » le « conclave » autour des retraites.
Le Premier ministre François Bayrou a répondu « non » à un retour de l'âge de départ à la retraite à 62 ans, contre 64 ans dans la loi actuelle s'attirant les foudres du RN, PS, LFI et de la CGT.
La situation internationale s'invite dans les débats autour des retraites. François Bayrou a clairement fermé la porte dimanche à un retour de l'âge de départ à la retraite à 62 ans, mettant en péril l'avenir du « conclave » sur la réforme de 2023 même si son ministre de l'Économie a tenté de rassurer des partenaires sociaux inquiets.
Interrogé sur France Inter et franceinfo sur la possibilité de ce retour à 62 ans, contre 64 ans dans la loi actuelle, le Premier ministre a répondu « non ». « La conférence sociale sait très bien (...) quel est le rapport numérique (...). Je ne crois pas que la question paramétrique (...) c'est-à-dire la question de dire "voilà l'âge pour tout le monde", je ne crois pas que ce soit la seule piste », a-t-il ajouté.
Un peu plus tard, le ministre de l'Economie Eric Lombard a atténué cette déclaration en affirmant sur BFMTV que « c'est aux partenaires sociaux de décider » de l'issue de ce « conclave ». « La position du gouvernement, c'est que le conclave doit se prononcer et cet engagement du conclave aura une force considérable », a-t-il assuré, sans reprendre à son compte les déclarations du Premier ministre.
« C'est scandaleux, » a affirmé le négociateur de la CGT sur les retraites Denis Gravouil, en estimant « qu'on ne peut pas faire confiance à François Bayrou. » « Le conclave est fini. Bayrou dit non à l'abrogation de la retraite à 64 ans », a réagi sur X le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, dénonçant un « foutage de gueule ». Le député socialiste Jérôme Guedj, fer de lance de son parti sur la question des retraites, a critiqué sur le même réseau « une faute » et « un mépris pour les partenaires sociaux. » Le vice-président du RN Sébastien Chenu a lui aussi jugé que cette sortie signifiait la fin du conclave, sur BFMTV, estimant que cela ne plaidait pas en faveur d'un maintien durable de François Bayrou à Matignon.
Le secrétaire adjoint de la CFDT Yvan Ricordeau a lui souligné que « c'est le même Premier ministre qui a décidé d'un conclave ou tous les sujets seraient ouverts, y compris l âge de départ à la retraite. » Il« a ensuite clairement indiqué vouloir laisser la main aux partenaires sociaux. Il se contredit donc deux fois au risque de torpiller les discussions », a-t-il ajouté. « La CFDT rencontre le Premier ministre ce mardi, ce rendez-vous sera l'occasion d une véritable clarification », a assuré le responsable.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Une« divergence »avec Edouard Philippe
Toujours partie prenante des concertations, la CGT a elle d'ores et déjà appelé fin février à la mobilisation, le 8 puis le 20 mars, « pour gagner l'abrogation de la réforme »de 2023. À l'inverse, le ministre délégué à l'Europe Benjamin Haddad a salué u« n discours de vérité »du Premier ministre :« Le contexte géopolitique exige une réflexion sur le financement du réarmement, au niveau national comme européen, » a-t-il écrit sur X.
En revanche, François Bayrou a exprimé dimanche sa « divergence » avec Edouard Philippe (Horizons), candidat à la présidentielle, qui considère comme « complètement hors-sol » et « déjà totalement dépassé » le « conclave » de concertations entre partenaires sociaux sur les retraites. Vendredi, dans Le Figaro, l"ex-Premier ministre avait estimé qu'« au regard des menaces », il serait plus pertinent de réunir les forces sociales et politiques, non pas pour revenir sur une réforme déjà votée, mais pour réfléchir à « comment s'adapter à un effort à venir considérable, presque existentiel ».
« Edouard Philippe considère que la démocratie sociale et les partenaires sociaux, c'est négligeable, qu'il faut les laisser de côté et que désormais la décision doit venir du sommet et s'imposer à la base », a critiqué le chef du gouvernement.
François Bayrou a défendu une approche en deux temps. Il estime qu'il faut d'abord trouver une solution pour le régime privé, avec l'objectif d'un retour à l'équilibre en 2030. Ensuite, il plaide pour une réflexion sur les retraites du public, afin d'assurer un meilleur équilibre des finances publiques à terme.
La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon a aussi défendu samedi dans Ouest-France les concertations sur les retraites, les jugeant « utiles et nécessaires ». Elle a également dénoncé le débat, sur fond de guerre en Ukraine et de menace russe, visant à instaurer la primauté de l'économie de guerre sur les dépenses sociales, qu'elle considère comme « très opportuniste ».
Plusieurs acteurs politiques et économiques ont remis en cause le bien-fondé de ce conclave, dont Force ouvrière, qui en a claqué la porte, au regard des bouleversements géopolitiques et de l'effort de défense à fournir.