Revenu universel : pourquoi Valls ressort un serpent de mer

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Manuel Valls réfléchit à une allocation unique, ouverte à tous, à partir de 18 ans.
Manuel Valls réfléchit à "une allocation unique, ouverte à tous, à partir de 18 ans". (Crédits : PHILIPPE WOJAZER)
Le Premier ministre remet ce débat sur la table à l'approche de la campagne présidentielle. Les désaccords sur son application restent intacts dans la classe politique.

La réforme des minima sociaux n'est pas encore clôturée, Manuel Valls passe déjà à la suite. Pour lutter contre la pauvreté, le Premier ministre a remis sur la table cette semaine l'idée d'un revenu universel via une une publication sur Facebook. Un sujet stratégique sur lequel il compte s'appuyer pour s'opposer au discours de la droite sur l'assistanat et conquérir la gauche.

> Lire aussi : Manuel Valls relance le débat sur le revenu universel

Revenu de base, revenu universel, ces termes évoquent une même idée qui ne date pas d'hier. Dès le XVIIIe siècle, le pamphlétaire britannique Thomas Paine plaide pour une indemnité liée à la pauvreté. Aujourd'hui, il s'agit de fournir un revenu à l'ensemble de la population, quels que soient les ressources et l'âge, afin de fournir à tous un revenu suffisant pour assurer sa subsistance.

Sur le papier la logique est séduisante. Ils sont de plus en plus nombreux à y être favorables dans le paysage politique, en particulier depuis que l'automatisation plane comme une épée de Damoclès sur le marché du travail. Si bien que d'Europe écologie-Les Verts au Front national, tous y réfléchissent mais avec des approches bien différentes.

Un moyen de se débarrasser des prestations sociales pour les libéraux

Si le revenu universel n'a jamais été instauré en tant que tel en France, des dispositifs que l'on peut qualifier d'expérimentations timides sont déjà en place, à l'image du RSA. Depuis plusieurs décennies, l'État providence a accumulé un panel de prestations sociales dont l'objectif est de lutter contre les inégalités. Une situation à laquelle les libéraux veulent mettre un terme, avec le revenu de base comme porte de sortie.

  • Marine Le Pen veut "remplacer l'intégralité de toutes ces aides"

En avril dernier sur Radio Classique, Marine Le Pen a expliqué "étudier la question". "C'est un bouleversement, car l'objectif est de remplacer l'intégralité de toutes les autres aides qui sont versées aujourd'hui", a-t-elle poursuivi. "Je crois qu'il en existe plus de 50 différentes, ce qui je crois est absolument considérable, et a un effet pervers". D'après la candidate frontiste à la présidentielle, les aides n'incitent pas les individus à travailler.

  • Le combat isolé de Frédéric Lefebvre à droite

Parmi les rares supporteurs du revenu de base chez Les Républicains, le député des Français de l'étranger Frédéric Lefebvre s'inscrit dans ce schéma. L'ex-secrétaire d'État plaide pour une allocation de 800 à 1000 euros mensuel dès la naissance, en contrepartie de laquelle il propose la suppression des aides sociales et des administrations qui concourent à leur gestion. Frédéric Lefebvre est le seul à porter avec insistance cette idée dans son parti, où la plupart considère davantage le revenu de base comme une manière de favoriser l'assistanat.

Manuel Valls propose une position plus souple, tout en gardant un esprit d'une optimisation du système de prestations sociales. Dans son post Facebook, il évoque "une allocation unique, ouverte à tous, à partir de 18 ans, pour remplacer la dizaine de minima sociaux existant".

Un cheval de Troie pour affaiblir les conditions des salariés ?

Dans nos colonnes, le philosophe Jean-Marc Ferry estimait que la finalité des libéraux est d'utiliser le revenu universel afin de "diminuer les salaires de l'équivalent de ce revenu de base, et ainsi, accroître la compétitivité". "En clair, ce serait un moyen pour eux de faire du dumping social déguisé", avait-il ajouté.

> Lire aussi : "Un revenu de base pour tous et sans condition ? Une idée au service de l'esprit d'entreprise"

Une analyse partagée par le fondateur du RSA, Martin Hirsch. Pour lui, l'ouverture d'une allocation dès 18 ans ne favoriserait pas l'accès à l'emploi des jeunes. Au contraire, elle aurait pour effet d'inciter les employeurs à les forcer à accepter des salaires plus bas.

  • La crainte des communistes

Le PCF n'est pas contre l'instauration d'un revenu universel, mais dans une note la commission travail-emploi du parti, il ne cache pas ses inquiétudes. Les communistes craignent qu'un tel dispositif remette en cause la "valorisation des compétences acquises", car c'est aussi à cela que servent les revenus du travail, reconnaître des savoir-faire. Le PCF pointe aussi une façon détournée de se dispenser d'une réforme fiscale. La priorité pour le parti reste la sécurisation des emplois.

  • Attac s'interroge sur la légitimité philosophique d'un tel concept

Jean-Marie Harribey, animateur du conseil scientifique d'Attac, doute quant à lui de la légitimité philosophique d'un tel concept, dans la mesure où il révolutionne la place du travail dans nos sociétés. En dissociant les notions de travail, activité et revenus, il est donc question d'accepter de rémunérer des activités telles que les tâches effectuées par les femmes au foyer.

Une mission d'information au Sénat

À gauche, les farouches partisans du revenu universel sont à trouver chez Europe écologie-Les Verts. Le parti a décidé depuis novembre 2013 de défendre explicitement le thème dans le débat public. Ils considèrent que l'apport de chacun à la société doit être libre. Or, les activités de bénévolat notamment ne sont, par définition, pas rémunérées. Un revenu de base permettrait donc de pouvoir effectuer ces activités tout en assurant sa subsistance.

En mai dernier, le résolution du sénateur Jean Desessard (EELV) pour l'instauration d'un revenu de base n'a pas été adoptée par la chambre haute. En revanche, une mission d'information est depuis lancée, avec pour objectif d'étudier la pertinence d'un tel dispositif en France.

> Lire aussi : le revenu de base comment l'appliquer ?

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a écrit le 26/09/2016 à 9:02 :
La seule chose qui soit sûre, c'est que l'on redoute que la multiplicité des aides aboutisse à un système très injuste, ou ceux qui travaillent touchent in fine des montants comparables à ceux qui ne travaillent pas. Je crois qu'il faudrait commencer par compiler tout cela: un versement unique reprenant toutes les aides par mois, et bien sûr plafonné, pour identifier les cas qui posent problème...
a écrit le 26/09/2016 à 8:45 :
Meme si l idee n est pas forcement debile, vu que ca supprime paperasserie, fonctionnaire paye pour verifier qu on rentre bien dans le dispositif X ou Y et fraude inevitable (des qu il y a de largent en jeu, il y a forcement des gens qui vont tenter de gruger). Le probleme c est qu il ne faut surtout pas donner des aides dès la naissance car c est encourager la natalite (l argent braguette comme on dit dans les DOM-TOM).
La derniere chose qu a besoin la france, c est d une natalite forte qui 20 ans plus tard se traduirat par plein de chomeurs supplementaires
a écrit le 25/09/2016 à 21:33 :
Payé par les DPT comme le RSA qui a remplacé le R.M.I Moins cher : l'explosion des impots locaux a toujours un avenir brulant et consternant
a écrit le 25/09/2016 à 21:11 :
Le revenu primaire moyen en France est inférieur à 2000 euros par mois. Les services publics gratuits liés à la personne (sécurité de la personne, assurance maladie, éducation et formation) même avec une bonne gestion comparable à ce que font les bons pays de l'OCDE aboutissent à une pression fiscale moyenne de 25% des revenus. La version libérale du revenu de base (seule à laquelle je crois) défendue par Marc de Basquiat qui attribue l'équivalent d'un RSA socle aux adultes et moitié moins aux enfants aboutit à environ 25% également. Au total ça fait 50% auquel s'ajoute le contributif retraite et chômage (puisque ce n'est pas de la solidarité) et le tout SANS NICHE. Inutile de dire qu'on ne peut faire mieux et qu'on est sans doute à la limite de la courbe de Laffer même avec une linéarisation totale de l'impôt. Pour moi le but du revenu de base, outre d'occuper plus intelligemment les fonctionnaires des CAF et des impôts, est bien de baisser le coût du travail faiblement qualifié (baisse du SMIC) pour augmenter le nombre d'heures proposées par les employeurs et augmenter donc le revenu des gens qui n'ont que le RSA socle aujourd'hui en leur donnant du vrai travail qui leur rapportera de l'argent en plus du RSA. Sinon il s'agit d'un mensonge ou d'un discours lénifiant totalement démagogique.
a écrit le 25/09/2016 à 19:03 :
SONT IDEE EST BONNE MAIS IL NE DONNE PAS ASSAIS DE DETAIL COMMENT VAS T IL SI PRENDRE? ESQUE LE BUJET TOTAL DE LA SECURITE SOCIAL PEUT T IL SUFFIRE ? EST DE QUEL MONTENT SERAS LE REVENUE UNIVERSEL? LE PROBLEME C EST QU IL NA PAS RESOLUE LE PROBLEME DU CHOMAGE FRANCAIS ALORS FAIRE DES PROMESSES C EST FACILE AVANT LES ELECTIONS ? C EST COMME LE VOTE DES EMIGRES EN FRANCE DANS LES MAIRIES CELA FAIT 30ANS QU ILS LEURS ONT FAIT LA PROMESSE DE CETTE CETTE REVENDICATION???/// SI VOTE CHANGER QUELQUE CHOSSE IL Y A LOMGTENTQUE SE SERAIS INTERDIT. COLUCHE///
a écrit le 25/09/2016 à 17:17 :
"Pour lutter contre la pauvreté, le Premier ministre a remis sur la table cette semaine l'idée d'un revenu universel via une une publication sur Facebook".
M. Catalon, pourquoi vous faites-vous le porte-parole de Valls ? Tout le monde sait bien que sa motivation n'est pas de lutter contre la pauvreté. Ce qu'il propose, c'est la version libérale du revenu universelle, celle qui vise à donner un solde de tout compte ridicule (400 à 500 €) qui remplacerait les allocations existantes.
a écrit le 25/09/2016 à 16:41 :
De toute façon on y viendra.
Ne serais qu’en raison des destructions massives d’emplois dues à l’automatisation, l'informatisation et surtout à la concurrence mondiale. Et la prochaine étape sera la robotisation.

Pour ceux qui ne son pas bien informés, les 30 glorieuses sont terminées depuis longtemps et il faut passer à un autre modèle de société. Et rapidement, car si on ne partage pas le temps de travail et les richesses produites cela provoquera ; soit une instabilité sociale dangereuse pour nos démocraties, soit le repli sur soi et des relents nationalistes encore plus dangereux.
Contrairement à ce que l’on pense, un revenu minimum (de survie) peut même produire des économies, par la simplification administrative comme indiqué dans l’article.

Par exemple : l’uberisation est une forme de simplification et même si le modèle économique ne profite qu’à l’entreprise, personne n’a pu empêcher son développement car elle est utile à une majorité de personnes et est efficace.
Le revenu universel va s’imposer pour les mêmes raisons, parce que c’est simple et efficace. Reste à trouver un équilibre entre le revenu du travail et ce revenu « de survie ».
Réponse de le 25/09/2016 à 18:37 :
"Et rapidement, car si on ne partage pas le temps de travail et les richesses produites...". Le partage du temps de travail ne crée que des emplois précaires. Voir par exemple Allemagne, USA,etc. Derrière la baisse du chômage, c'est la hausse du travail précaire.

Cela dit, le revenu universel est un progrès qui permet le développement normal de la population chômeuse.

Mais on doit savoir que le revenu universel n'est que temporaire car la croissance économique est condamnée, la population chômeuse sera énorme par rapport aux recettes d'Etat, etc.Au final, il faudra changer de mode de production actuel.
a écrit le 25/09/2016 à 15:11 :
L'idée d'un impot sur l'énergie avait été proposée par Eugène Schuller en même temps que la TVA, mais n'avait pas été retenue. Il est encore temps de l'étudier à nouveau avant la faillite de l'économie française.
Réponse de le 25/09/2016 à 17:12 :
Oui cela aurait pu être une solution, tout comme la taxation des mouvements de capitaux ou des transactions financières.
Sauf que le modèle énergétique est en plain chamboulement, à voir le prix du baril de pétrole en raison du gaz de schiste aux USA, et surtout en raison de la baisse des prix des moyens de production liés aux énergies gratuites, tels le soleil et le vent. Il faudrait donc taxer les consommateurs, ou à terme les auto-consommateurs.
Exemple de deux problèmes sectoriels : les cimentiers sont de gros consommateurs d’énergie, tout comme les data centers… Et les particuliers à faibles revenus ne peuvent pas réduire leur consommation de chauffage par manque de moyens pour investir dans l’isolation ou dans des panneaux solaires.
A un point ou il est parfois moins cher d'investir dans une nouvelle maison aux normes RT, plutôt que de rénover entièrement un ancien bâtiment..D’où le problème du prix du ciment.
Réponse de le 26/09/2016 à 9:30 :
En France, par secteur la consommation d'énergie : industrie 20% , résidentiel 30 % , tertiaire 15%, transports 30%, agriculture 5%... ...PLus précisement dans le chauffage dans le résidentiel (maisons, immeubles) : gaz naturel 45% , electricité 30% ...Le prix du ciment n'y est pour rien, c'est le prix du gaz naturel et de l'électricité qui fait la différence. Et isoler est devenu nettement abordable ces dernières années, ce n'est plus une excuse valable.
Réponse de le 26/09/2016 à 11:24 :
Je donnais le ciment comme exemple, car le cimentiers, comme d'autre industriels sont de gros consommateurs d’énergie. Même si un prix de l’électricité bas n'a pas préservé notre industrie, augmenter le coût de l’énergie n’améliorerait pas la situation. Ou il faudrait faire comme en Allemagne où les particuliers payent pour les industriels.

Quoi qu'il en soit, le revenu universel est une bonne solution et le problème de base reste celui du partage de richesse et du maintien impératif dans la société de plus précaires. On ne peut exclure une part croissante de la population sans risquer une autodestruction de nos sociétés. Le temps de travail peut également être géré comme une richesse et la disparition massive d’emplois dans les années qui viennent (plusieurs millions en raison de la robotisation ) ne va pas arranger les choses. Des solutions de taxation des machines avaient déjà été avancées par Jean de Sismondi en 18xx ?
Et si on lit les théories d’économistes sérieux ou d’anthropologues (P. Jorion), les trois problèmes à résoudre sont les disparitions massives d’emplois, l’anarchie du système financier et les problèmes d’environnement. Pour les trois problèmes des gouvernements ont essayé de taxer, sans beaucoup de résultats. La solution, dans une société civilisée consisterait à réguler...
a écrit le 25/09/2016 à 14:57 :
Ce revenu de base doit être récupéré par les tranches d'imposition de l'impot sur le revenu. Il permettrait de préserver l'équité d'un impot sur l'énergie. Voir à ce sujet la thèse d'Emmanuel Combet du CIRED. Il faut absolument étudier cette possibilité, en liaison avec la note n°6 du CAE. L'impot sur l'énergie est nécessaire pour protéger le climat. Il permet de réduire le chomage et de retrouver la croissance. A étudier impérativement en liaison avec la réforme fiscale de Coe-Rexecode. Qui est capable de s'en charger?
Réponse de le 25/09/2016 à 17:00 :
@gépé: ben voyons, recette purement socialiste, on ponctionne ceux qui paient des impôts pour les assistés permanents :-)
Réponse de le 26/09/2016 à 9:14 :
Tu préfère payer une assurance tranquillité du revenu universel ou attendre que la ponction se fasse d'une manière unilatérale, directement à la source arme au poing, par ceux qui n'ont plus rien à perdre ? N'importe comment, cet argent devra être versé. Autant que ce soit le plus efficacement possible avec le moindre coût...
a écrit le 25/09/2016 à 13:34 :
C'est un appel aux assistés permanents à voter Hollande ! Rendez-vous compte, même plus besoin de demander les allocations diverses et variées, on vous donne tout sans rien faire :-)
Réponse de le 26/09/2016 à 3:46 :
Les aides, ça existe déjà et le REVENU UNIVERSEL ne changera rien à l'"assistanat", mot moche et méprisant envers les pauvres, utilisé par les petits bourgeois qui se prennent pour des dieux, et qui croient qu'ils sont supérieurs aux autres car ils ont plus d'argent ou ils travaillent plus pour gagner moins. La seule chose qui changera c'est de centraliser et simplifier 10 aides en une seule, et donc moins de paperasse, moins de dépenses en fonctionnaires et de l'état, des économies de temps et d'argent. Quant à l'assistanat, c'est un autre sujet, et d'accord qu'il faut créer des emplois, mais en parallèle, il ne faut pas laisser les individus sombrer dans la pauvreté, mère de trop de problèmes sociaux comme les dealeurs, les alcooliques, les cas sociaux, sdf, mendiants, délinquance, etc. L'état a une responsabilité envers ses citoyens pour ne pas les laisser devenir des loques et sombrer dans la misère. Nous avons une devise en France : liberté, égalité, fraternité. Si tu laisses ton voisin sombrer dans la misère, ça risque un jour de te revenir en cout social très très important. C'est une évidence que tu ne sembles pas comprendre. Nous sommes tous dans le meme pays, dans la meme galère, sur le meme bateau, si y a un seul trou, on coule tous ensembles , peu importe notre position sur le bateau.
a écrit le 25/09/2016 à 12:43 :
C'est la meilleure idée qu'il soit mais avec nos décideurs économiques et politiques actuels ce serait un véritable cauchemar, un de plus comme seuls ils savent nous imposer

A comparer avec l'idée Européenne, ils nous ont parlé d'une europe des peuples mais nous ont imposé une europe du fric avec les nombreux dégâts que nous connaissons.

On ne peut pas leur faire confiance puisqu'ils ne pensent qu'à leurs intérêts.
Réponse de le 25/09/2016 à 21:09 :
le plus embêtant est qu'ils ne consultent pas les concernés. Ils font ça entre les gens qui ne comprennent rien à la chose, d'autres défendent leurs acquis car le pauvre fait vivre beaucoup de monde

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