"Si Uber ne disparaît pas, il faudra repenser notre modèle de société"

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Alain Griset, président de l'Assemblée permanente des chambres de métiers (APCM)
Alain Griset, président de l'Assemblée permanente des chambres de métiers (APCM) (Crédits : Reuters)
Dans un entretien accordé à La Tribune, Alain Griset, le président de l'Assemblée permanente des chambres de métiers (APCM) explique les enjeux soulevés par le dossier Uber.

La Tribune - Que vous inspire la révolte des artisans taxis contre Uber ?

Alain Griset - Bien entendu, je déplore les violences. Elles ne donnent pas une bonne image des taxis. Mais j'aurai bien aimé que l'on parle autant des autres types de manifestations menées par les taxis la semaine dernière. Dans certaines villes, les courses étaient gratuites. Des roses ont été offertes aux femmes. Des étudiants qui allaient passer leurs examens ont été transportés gratuitement...

Plus globalement, comment résoudre ce conflit ?

Il n'y a que deux solutions. Soit on interdit purement et simplement Uber. Soit, on met tout le monde sur un pied d'égalité. Si les taxis sont affranchis de la TVA, des cotisations sociales, des impôts et des taxes et obligations règlementaires diverses, ils peuvent très facilement s'aligner sur les tarifs des chauffeurs non professionnels. Avec cette solution, le tarif des courses baissera automatiquement de 70 à 80% !

Cette solution est-elle envisageable ?

Cette solution nécessitera de  trouver d'autres contributions pour financer le modèle social français qui puise l'essentiel de ses ressources sur la taxation du travail. Mais, à un an et demi des prochaines élections présidentielles, je ne crois pas que le gouvernement soit prêt à une telle évolution du système français et des mentalités !

Il faut donc interdire Uber ?

Oui, je le pense car les pratiques de cette entreprise qui ne respectent pas la loi française, en particulier sur le travail dissimulé, menacent notre modèle social. Si l'ensemble des entreprises ne paient plus ni cotisations sociales ni impôts et charges, qui financera la sécurité sociale, les écoles et les hôpitaux ? Si Uber ne disparaît pas, nous nous retrouvons face à un vrai choix de société. Il faudra repenser notre modèle de société.

A cause de la concurrence faite aux taxis ?

Mais le sujet des taxis n'est qu'un symbole ! Quelle profession est à l'abri d'une plate-forme comme Uber ? Je ne veux pas leur donner de mauvaises idées, mais on pourrait imaginer une application qui permettrait de faire travailler n'importe quelle personne dans d'autres activités de l'artisanat ou du secteur libéral, agricole, etc. !

Cette situation ne peut pas durer. Je ne comprends pas comment le gouvernement pourrait autoriser de telles pratiques. Soit il les cautionne, ce qui est grave car c'est en contradiction complète avec notre modèle de société. Soit il n'a pas pris la mesure des enjeux.

On peut toujours demander aux Français, aux institutions, aux réseaux consulaires de faire des efforts et de réduire leurs dépenses. Mais ces efforts ne serviront à rien si l'on laisse des entreprises comme Uber se comporter comme des pirates.

Justement, l'Assemblée permanente des chambres de métiers est-elle financièrement touchée par la réforme des réseaux consulaires ?

Bien entendu. Pour la première fois, en 2014, le réseau des chambres de métiers va  afficher une situation budgétaire déficitaire malgré la mutualisation des fonctions support et la facturation de services aux entreprises. Nous vivons en plein paradoxe, puisque nous ne pouvons pas maintenir au même niveau tous les efforts par ailleurs attendus, notamment pour le développement de l'apprentissage, qui, je le rappelle, fait partie des priorités du gouvernement pour lutter contre le chômage des jeunes.

Quelle est la situation économique de l'artisanat ?

La crise ne se conjugue toujours pas au passé. C'est particulièrement le cas dans le bâtiment, frappé par la chute des commandes, notamment publiques, et la concurrence déloyale des microsociaux et des salariés détachés. Dans ce secteur, même des entreprises jusqu'ici solides et qui étaient passées entre les gouttes depuis 2008 se trouvent dans l'impasse financière.

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Commentaires
a écrit le 04/07/2015 à 12:44 :
Considérer la problématique Uber comme essentiellement fiscale élude la vrai question : comment être leader dans le numérique en france alors que ce secteur est archi dominé par les USA depuis 40 ans?
Les ubers ne s'arrêteront pas et le village gaulois sera intégré à l'empire romain même si nos élites autoproclamés nous affirment le contraire .
Quant au modèle français reposant sur les 30 glorieuses et une fonction publique obèse, il va exploser lorsque les citoyens réaliseront que leur monnaie ne vaut plus rien avec ce type de gestion ... et on basculera sur une refonte de l'état par le secteur privé et non l'inverse ...
Les grecs commencent à le comprendre , les politiciens sont de dangereux démagogues ....et l'état un bien piètre gestionnaire .
Réponse de le 28/07/2015 à 14:20 :
Donc il vaut mieux capituler tout de suite ?
Quel courage ?!!

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