GRAND ENTRETIEN. L'eurodéputé Europe Écologie-Les Verts (EELV) entend confirmer la percée européenne des écologistes lors du scrutin des municipales de mars 2020. Il explique pourquoi l'échelon local est un niveau privilégié pour appliquer les propositions concrètes qu'il défend. Et, face au Rassemblement National et au parti présidentiel LREM, il veut que les écologistes soient une alternative.LA TRIBUNE - Selon divers sondages, le succès obtenu par votre liste lors des élections européennes pourrait se répéter lors des élections municipales. Les écologistes sont-ils en train de devenir une alternative à LREM et au RN?
YANNICK JADOT - C'est notre volonté. Et c'est une nécessité absolue d'offrir une espérance, un projet mobilisateur et des solutions concrètes face aux crises écologique, sociale et démocratique qui nous percutent et fracturent nos sociétés. Le Rassemblement national se construit sur la peur et la haine. Le projet du Président Macron et de sa majorité se résume à sauver les meubles du vieux monde. Sa stratégie électorale, c'est le vote « contre » l'extrême droite, un vote de résignation. Il faut en finir avec ce couple maudit qui menace notre vivre ensemble et la démocratie.
Les 3 millions de voix obtenues lors des élections européennes, un score inédit pour une liste écologiste, nous obligent à nous donner tous les moyens pour transformer la politique à l'échelle de l'Europe, que ce soit en matière d'environnement, de justice sociale, de dynamique économique, de défense des droits humains. Nous devons aussi nous donner tous les moyens de gagner à l'échelle locale, celle de la vie quotidienne de nos concitoyens. Après tout, c'est la vocation de l'écologie de construire une communauté de destin sur le climat, la biodiversité, la solidarité, à l'échelle internationale. Et de redonner le contrôle de leur vie à nos concitoyens que ce soit en matière de logement, de déplacements, d'alimentation, d'agriculture, d'urbanisme, ou encore de services publics de la santé, de l'éducation, de la culture. C'est essentiel pour se sentir bien dans le territoire où l'on vit.
Alors, la question n'est pas de savoir dans quel camp politique se trouve l'écologie, mais de comprendre que c'est autour de la question écologique que doit se recomposer le paysage politique. Or nombreux sont ceux qui nient ces enjeux parmi lesquels des populistes d'extrême droite comme Donald Trump, Jair Bolsonaro, Marine Le Pen. Mais ceux qui dans nos pays aujourd'hui gouvernent sont également dans une forme de déni. Ils font de l'écologie des discours, des slogans, des promesses, des processus de concertation ad nauseam, mais refusent d'agir à la hauteur des enjeux. Ils considèrent qu'un peu de croissance ici, un peu de technologie là permettront de résoudre les problèmes sans engager de rupture. Nous, nous voulons fédérer et mobiliser les Français autour du seul projet de civilisation qui vaille, l'écologie, parce qu'elle offre un avenir à nos enfants et nous réconcilie, parce qu'elle affronte les défis du climat et du vivant qui sont des enjeux vitaux au sens propre du terme.
Dominique Pialot et Robert Jules