Le gouvernement travailliste négocie un accord de libre-échange avec les États-Unis pour éviter les surtaxes de Trump, mais il doit faire face à des demandes américaines de concessions sur les normes alimentaires et la liberté d’expression.
Le gouvernement travailliste mène actuellement d'âpres négociations avec l'administration Trump, dans l'espoir d'obtenir un accord de libre-échange et d'échapper ainsi aux droits de douane instaurés par le président américain. Quoique relativement épargné par rapport à ses voisins européens, le Royaume-Uni verra tout de même l'intégralité de ses exportations vers les États-Unis taxées à hauteur de 10 %, un taux qui passera à 25 % pour le marché automobile.
Les conséquences pourraient être désastreuses pour l'économie britannique, qui connaît déjà une croissance molle et dont les États-Unis sont le premier partenaire commercial : 21,7 % des exportations britanniques partent pour les États-Unis. Les deux pays se sont rapprochés depuis le Brexit, alors que le Royaume-Uni cherchait à compenser la décélération de ses échanges avec l'UE. Les exportations britanniques vers les États-Unis ont crû de 70 % entre 2016 et 2023, 1,5 fois plus vite qu'avec l'UE.
Poulet au chlore et bœuf aux hormones
Mais la perspective d'un accord de libre-échange transatlantique ne fait pas que des heureux. La crainte de voir certaines barrières non tarifaires abaissées pour plaire à l'administration Trump agite notamment les agriculteurs et consommateurs britanniques, qui craignent de voir leur marché envahi par l'agriculture intensive américaine, célèbre pour ses dérives comme le poulet au chlore et le bœuf aux hormones.
Le gouvernement américain s'est plaint à plusieurs reprises que les pays européens utilisaient les règles sanitaires pour faire du protectionnisme déguisé (ce qui ne manque pas de sel étant donné que c'est exactement ce que font les États-Unis).
«La signature de cet accord serait un cauchemar. Le gouvernement américain veut la suppression de régulations mises en place pour protéger notre santé. Une mise en compétition avec l'agriculture intensive américaine serait le dernier clou dans le cercueil de l'agriculture britannique, déjà ébranlée par le Brexit et la signature d'un accord de libre-échange avec l'Australie. Nous sommes pour notre part une agriculture traditionnelle, de petite taille et soumise à des règles environnementales très strictes», confie Liz Webster. Propriétaire avec son mari d'un élevage de vaches dans le Wiltshire, elle a créé en 2020 l'associationSave British Foodpour défendre les intérêts des agriculteurs après la sortie de l'UE.
Le gouvernement britannique marche sur des œufs alors que les agriculteurs britanniques sont déjà fort remontés contre l'abandon d'une exonération des droits de succession sur leurs biens et propriétés dont ils bénéficiaient jusqu'à présent. Les exploitations agricoles seront désormais soumises à un taux d'imposition de 20%, une mesure visant à équilibrer le budget de l'État. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu et l'accord de libre-échange transatlantique pourrait donner un nouveau coup de fouet à la mobilisation.
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