Réunis à Lisbonne en 2010, les membres de l'Otan annoncent s'entendre sur une mesure prévue de longue date : un désengagement progressif d'Afghanistan, où ils ont engagé depuis 2001. Quelques mois plus tôt, presque comme un dernier geste pour tenter de retenir les Occidentaux, on annonçait à Kaboul avoir découvert d'immenses gisements de lithium. Des membres du Pentagone, secondés par des géologues américains rédigent alors une note qualifiant même le pays en guerre « d'Arabie saoudite du lithium ». Il faut en moyenne quinze ans pour ouvrir une mine. Quinze ans plus tard, en 2025 donc, aucune n'a vu le jour en Afghanistan. Pire, aucun projet n'est clairement engagé.
Cette histoire sonne comme un mauvais présage pour l'Ukraine, mais également pour les États-Unis dont la propension à vouloir faire des deals autour des matières premières n'est plus à démontrer. Du légendaire « Pacte du Quincy » avec l'Arabie saoudite et son pétrole, aux négociations commerciales avec l'Europe en échange d'importations de soja américain, les matières premières jouent un rôle majeur dans la géopolitique de Washington. En signant, hier, avec Kiev un accord sur les ressources ukrainiennes, Donald Trump le démontre à nouveau. Cet accord acte la création d'un fonds d'investissement commun aux deux pays, et permettra aux entreprises américaines une certaine primauté lors des ventes de concessions en Ukraine. Surtout, il entérine un « engagement économique durable des États-Unis » dans le pays d'Europe de l'Est.
Quand Washington et Kiev apposent leur signature en souriant, certains visages étrangers sont plus interloqués. « Y a-t-il des gisements identifiés mais pas encore communiqués ? », s'interroge un négociant européen. La question fait écho aux nombreux doutes et mystères qui entourent le sous-sol ukrainien. Malgré les très nombreuses estimations avancées, l'Ukraine ne regorge pas de terres rares et les métaux critiques présents ne sont pas à coup sûr exploitables.