Avec le conflit au Cachemire, l'Inde et le Pakistan jouent gros au niveau économique

La nuit dernière, l’Inde et le Pakistan se sont mutuellement bombardés, faisant au moins 26 morts côté pakistanais et 12, côté indien.
ADNAN ABIDI

La nuit dernière, l’Inde et le Pakistan se sont mutuellement bombardés, faisant au moins 26 morts côté pakistanais et 12, côté indien.
ADNAN ABIDI
L'Inde a mené des frappes aériennes au Pakistan, au cours de la nuit dernière. Les échanges de tirs ont causé la mort d'au moins 26 personnes du côté pakistanais et 12 du côté indien. Cet incident tragique représente l'affrontement militaire le plus sérieux entre ces deux puissances nucléaires depuis vingt ans.
Tout est parti d'un attentat le 22 avril, perpétré par une faction armée pakistanaise à Pahalgam, en territoire indien. Bilan : 26 touristes indiens tués. Derrière, une soudaine montée en tension entre les deux « frères ennemis », issus de la partition en deux de l'ex-colonie britannique en 1947.

Le risque de « guerre totale » entre les deux nations, pour reprendre les mots de la Turquie ce mercredi, est réel. Avec derrière, « des conséquences négatives inévitables, mais de formes différentes pour les deux États », confirme Jean-Joseph Boillot, chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
D'après l'économiste spécialiste de la région, l'Inde peut voir augmenter « sa prime de risque pays ». Conséquence : certains investisseurs vont « réfléchir à deux fois » avant d'investir sur place, voire « geler » certains investissements. In fine, « cela va compromettre la position de l'Inde comme substitut du made in China ».
Un statut qu'elle tente de renforcer depuis plusieurs années en proposant aux grandes entreprises étrangères occidentales de la tech, des sites de fabrication clés en main, avec une main-d'œuvre qualifiée, mais bon marché. Le récent déplacement des sites chinois d'Apple en Inde, à cause des droits de douane américains, est une bonne illustration du fonctionnement de cette politique de New Delhi.
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D'ailleurs, si la Bourse de Bombay semble, pour l'heure, garder son calme — rassurée par l'accord de libre-échange signé avec le Royaume-Uni — la roupie indienne chute de 0,6 % face au dollar ce mercredi. Aussi, la volatilité des principaux titres indiens « s'est accrue sur le marché indien », selon le média financier Investir. En outre, le chercheur de l'Iris fait aussi remarquer que les taux d'intérêt de la dette indienne « se sont tendus » depuis le début de ce nouveau cycle de tension. « Heureusement, l'Inde a une économie résiliente, ce qui va l'aider à tenir, en tout cas pour le moment », ajoute Jean-Joseph Boillot.
Mais la donne est tout à fait différente pour le Pakistan, souligne l'économiste, « car le pays est encore aujourd'hui en quasi-faillite budgétaire ». D'ailleurs en 2023, la république islamique a été sauvée in extremis par un programme d'aide du Fonds monétaire international (FMI), le 25e depuis 1958, de 7 milliards de dollars.
Étant plus fragile, la crise actuelle va encore plus aggraver la dette du pays. Selon une note du Trésor, fin 2024, la dette publique pakistanaise s'établissait « à 130 milliards de dollars, dont 86 milliards de dette domestique et 44 de dette externe ». Notamment vis-à-vis de la Chine, grand prêteur financier et investisseur au Pakistan.
Autre risque, cette fois-ci valable pour les deux pays : l'instabilité politique interne que ce conflit risque de produire, avec derrière une incertitude économique, mauvaise pour les affaires. L'économiste explique : « Des deux côtés, les dirigeants jouent sur la fibre patriotique pour mobiliser les citoyens. Mais j'observe que cela ne resserre pas les rangs. Plusieurs partis d'opposition au Pakistan et en Inde ne veulent pas de guerre entre voisins. »
Enfin, cet autre problème économique de taille pend au nez du Pakistan. Comme mesure de rétorsion suite à l'attentat, l'Inde a suspendu arbitrairement le « traité bilatéral des eaux de l'Indus ». Une mesure qualifiée par l'exécutif pakistanais comme un « acte de guerre ». Acté en 1960 sous l'égide de la Banque mondiale, le traité régule le contrôle du bassin de l'Indus, un fleuve qui part des montagnes himalayennes de Chine, traverse l'Inde et finit sa course au Pakistan, soit six cours d'eau. La partie indienne de l'Indus, qui passe par le Cachemire, ainsi que deux autres affluents, capte 80 % du volume total de l'eau.
« Or, 99 % de l'agriculture pakistanaise a besoin de l'Indus, c'est 25 % du PIB du pays, rappelle le chercheur. C'est un gros problème si l'Inde entrave l'acheminement de l'eau au Pakistan. Mais il faut rappeler aussi qu'elle n'a pas toutes les infrastructures pour faire un blocage à 100 %. »
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A contrario, ajoute l'économiste, l'Inde possède de nombreux barrages hydroélectriques sur l'Indus, y compris en zone pakistanaise. Le conflit pourrait inciter les autorités pakistanaises à bloquer le fonctionnement de ces ouvrages. Une situation qui serait problématique pour l'Inde, qui a besoin d'utiliser la pleine puissance de ces barrages pour fournir l'électricité à son immense territoire.