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Bangladesh : Muhammad Yunus prend la tête du gouvernement

latribune.fr

Publié le 08 août 2024 à 16:34 - Mis à jour le 08 août 2024 à 18:35

De retour au Bangladesh, Muhammad Yunus doit prendre la tête du gouvernement.

De retour au Bangladesh, Muhammad Yunus doit prendre la tête du gouvernement.

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Le prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, a atterri, ce jeudi, au Bangladesh où il va former un gouvernement intérimaire destiné à mener « un processus démocratique » vers des élections, après l'éviction de l'ancienne dirigeante, Sheikh Hasina, en fuite à l'étranger.

[Article publié le jeudi 08 août 2024 à 12h38 et mis à jour à 20h35] Il était attendu par tout un peuple. De retour d'exil, l'économiste Muhammad Yunus a prêté serment en tant que chef du gouvernement intérimaire du Bangladesh ce jeudi. « Je défendrai, soutiendrai et protégerai la Constitution », a-t-il déclaré au cours de la cérémonie de prestation de serment, ajoutant qu'il remplirait ses fonctions « avec sincérité ».

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Officiellement, les fonctions de cet économiste âgé de 84 ans, seront celles de « conseiller en chef » du gouvernement. Etaient présents à ses côtés des responsables politiques, des personnalités de la société civile, des généraux et des diplomates. Une douzaine de membres du nouveau gouvernement, qui sont officiellement des « conseillers » et non des ministres, ont également prêté serment.

Des manifestants au gouvernement

Parmi eux, Nahid Islam et Asif Mahmud, les principaux dirigeants du mouvement estudiantin qui a déclenché les manifestations. Touhid Hossain, un ancien ministre des Affaires étrangères, et Hassan Ariff, un ex-procureur général, ainsi que Syeda Rizwana Hasan, une avocate spécialisée dans les questions environnementales, et Asif Nazrul, un éminent professeur de droit et écrivain, ont eux aussi prêté serment. De même Adilur Rahman Khan, un militant des droits de l'homme condamné à deux ans de prison sous le long règne de la Première ministre destituée.

Le chef de l'armée, le général Waker-Uz-Zaman, s'est, de son côté, dit « certain », dans un discours télévisé à la nation, que Muhammad Yunus serait « capable de mener un beau processus démocratique » en faveur de la population. Le Premier ministre indien Modi adresse, lui, ses « meilleurs voeux » à Yunus.

Agé de 84 ans, le prix Nobel de la Paix, qui avait lancé « un vibrant appel au calme » à ses compatriotes mardi soir, a atterri, comme prévu, peu après 10h (heure de Paris) à Dacca, la capitale du Bangladesh, après être parti mercredi de Paris et avoir fait une escale à Dubaï.

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« Le Bangladesh s'est créé un nouveau jour de victoire. Le Bangladesh a une deuxième indépendance », a-t-il aussi aussitôt déclaré devant la presse évoquant un« jour glorieux ».

Dès son arrivée, il a aussi promis de rétablir « la loi et l'ordre ». « Nous ne pouvons pas avancer si nous ne réglons pas la situation en matière de loi et d'ordre », a martelé l'économiste. « Si vous me faites confiance, veillez à ce qu'il n'y ait aucune attaque contre qui que ce soit, où que ce soit dans le pays », a-t-il ajouté.

Le retour de Muhammad Yunus au Bangladesh a été facilité par son acquittement, ce mercredi, dans un procès en appel pour infraction au droit du travail. Sa condamnation à six mois de prison en première instance en janvier, la seule prononcée contre lui sur plus de 100 procédures pénales le visant, était considérée comme politique par ses défenseurs. Il avait alors choisi de quitter le pays.

Le Parlement dissous par le président Shahabuddin

La décision de « former un gouvernement intérimaire (...) avec Yunus comme chef » a été prise à l'occasion d'une rencontre entre le président Mohammed Shahabuddin, de hauts dignitaires de l'armée et des responsables du collectif Etudiants contre la discrimination, le principal mouvement à l'origine des manifestations déclenchées début juillet, a annoncé, ce mercredi, la présidence bangladaise.

Le président Shahabuddin a dissous, mardi, le Parlement, comme le réclamaient les étudiants protestataires et le BNP, un jour après avoir ordonné la libération des personnes arrêtées pendant les manifestations et des prisonniers politiques.

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De son côté, Muhammad Yunus a promis, cette semaine, dans le magazine britannique The Economist, qu'il ferait tout pour que des « élections libres et équitables soient organisées dans les prochains mois », mais qu'il fallait que les jeunes « ne soient pas obsédés par les règlements de comptes, comme l'ont été trop de nos gouvernements précédents ».

Tarique Rahman, président par intérim du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), principal mouvement d'opposition à Sheikh Hasina, a aussi appelé, mercredi, à l'organisation d'un scrutin « le plus vite possible », dans un discours vidéo adressé de son exil londonien à une immense foule dans la capitale Dacca.

Plus de 400 morts pendant les manifestations

Les manifestations au Bangladesh ont commencé début juillet après la réintroduction d'un régime réservant près d'un tiers des emplois dans la fonction publique aux descendants d'anciens combattants de la guerre d'indépendance. Le gouvernement Hasina avait été accusé par les organisations de défense des droits humains de mettre à son service les institutions pour asseoir son emprise et éradiquer toute dissidence.

Des millions de Bangladais étaient descendus lundi dans les rues de Dacca. Les manifestants avaient envahi le Parlement, incendié des chaînes de télévision progouvernementales et brisé des statues du père de la Première ministre déchue, Sheikh Mujibur Rahman, le héros de l'indépendance. Les bureaux de la Ligue Awami, le parti de Sheikh Hasina, ont été incendiés et pillés à travers le pays. Des commerces et des maisons appartenant à des hindous - un groupe considéré par certains comme proche de l'ancienne dirigeante -, ont également été attaqués, selon des témoins.

Au moins 432 personnes ont été tuées durant le mouvement de contestation, dont au moins 122 lundi, la journée la plus meurtrière, selon un décompte de l'AFP reposant sur des sources policières, gouvernementales et médicales.

Des centaines de réfugiés à la frontière

Depuis ces événements, « plusieurs centaines de ressortissants bangladais, pour la plupart hindous, se sont rassemblés en différents endroits le long de la frontière » avec l'Inde, a déclaré Amit Kumar Tyagi, inspecteur général adjoint de la Force de sécurité frontalière (BSF) de l'Inde.

Au niveau du district indien de Jalpaiguri, plus de 600 Bangladais se sont rassemblés dans le no man's land, a détaillé le responsable de la BSF. « Comme il n'y a pas de clôture ici, le personnel de la BSF a formé un bouclier humain pour les tenir à distance », a-t-il déclaré à l'AFP.

Le retour de Yunus crée l'apaisement

L'annonce du retour au pays de celui qui est souvent surnommé le « banquier des pauvres » et qui s'était attiré l'inimitié de Sheik Hassina qui l'accusait de « sucer le sang des pauvres » semble avoir créé un certain apaisement dans la société bangladaise.

En témoigne, les premières déclarations du nouveau chef de la police, Mainul Islam, qui a promis, ce mercredi, une enquête « impartiale » sur les manifestations meurtrières et présenté ses excuses pour la conduite de ses prédécesseurs, limogés par le président. Il a demandé aux policiers, en grève depuis mardi pour protester contre les attaques les visant, de reprendre le travail jeudi. L'armée a elle aussi procédé à plusieurs remaniements parmi ses hauts gradés, notamment en rétrogradant certains d'entre eux jugés proches de Sheik Hasina. L'ancienne cheffe du gouvernement, qui avait remporté en janvier un cinquième mandat à l'issue d'élections sans véritable opposition, a été désavouée par l'armée et a dû s'enfuir, lundi, vers l'Inde en hélicoptère.

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A l'étranger aussi, sa nomination fédère. Jeudi dans la soirée, l'UE s'est dite « impatiente de travailler » avec avec le gouvernement intérimaire. Tandis que le porte-parole du département d'Etat Matthew Miller a déclaré à la presse : « Nous nous réjouissons des appels du Dr Yunus à mettre fin aux violences récentes et nous nous tenons prêts à travailler avec le gouvernement intérimaire et le Dr Yunus au moment où ils tracent un avenir démocratique pour le peuple du Bangladesh. »

(Avec AFP)

latribune.fr

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