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Au Bangladesh, la colère des ouvriers des usines textiles ne retombe pas

latribune.fr

Publié le 02 novembre 2023 à 15:55 - Mis à jour le 02 novembre 2023 à 16:06

Le textile est une industrie clé du Bangladesh, deuxième exportateur mondial de vêtements, derrière la Chine.

Le textile est une industrie clé du Bangladesh, deuxième exportateur mondial de vêtements, derrière la Chine.

Reuters

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18 juillet 2026

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Dans ce pays pauvre d'Asie du Sud, les ouvriers du textile réclament des augmentations de salaires face à l'inflation. Des manifestations ont lieu depuis plusieurs jours et deux ouvriers ont d'ores et déjà perdu la vie. De nombreuses usines restent fermées.

Des centaines d'usines de confection au Bangladesh ont fermé en raison de violentes manifestations regroupant des milliers d'ouvriers du textile, qui durent depuis plusieurs jours et qui ont fait deux morts parmi les manifestants. Les ouvriers exigent que leur salaire mensuel minimum soit multiplié par trois. Dans la capitale Dacca, ainsi que dans plusieurs villes industrielles de sa périphérie, des dizaines d'usines ont été saccagées par les ouvriers en colère, et des centaines ont fermé, selon les autorités, qui ont aussi fait état jeudi d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre.

Lire aussi« Fast fashion » : les pays de l'UE veulent interdire la destruction de vêtements invendus

« Jusqu'à 50 usines ont été saccagées et vandalisées, dont quatre ou cinq incendiées », a déclaré à l'AFP Sarwar Alam, le chef de la police de Gazipur (nord de Dacca). Et « quand une usine est saccagée, les voisins préfèrent ne pas laisser les leurs ouvertes », a-t-il poursuivi. Même son de cloche à Ashulia, dans le nord de Dacca, où au moins 50 « très grandes usines » employant plus de 15.000 ouvriers ont été fermées, a indiqué le chef adjoint de la police, Mahmud Naser.

Une industrie clé pour le pays mais des salaires trop bas

Le textile est une industrie clé du Bangladesh, deuxième exportateur mondial de vêtements, derrière la Chine. Ses 3.500 usines fournissent des marques occidentales telles que Gap, H&M ou encore Levi Strauss. Mais les conditions de travail sont dures pour beaucoup des quatre millions de travailleurs du secteur, majoritairement des femmes, avec un salaire mensuel minimum de 8.300 takas (70 euros). Les manifestations ont éclaté le week-end dernier après que la puissante organisation des fabricants textile a proposé une augmentation de 25% du salaire minimum, alors que les syndicats réclamaient un quasi triplement du salaire minimum à 23.000 takas (190 euros).

L'industrie textile représente 85% des 55 milliards de dollars d'exportations annuelles de ce pays pauvre d'Asie du Sud et a fortement contribué à la croissance des revenus de la population. Mais les protestations salariales constituent un défi majeur pour le gouvernement de la Première ministre Sheikh Hasina, au pouvoir depuis une quinzaine d'années.

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« Les travailleurs ont été durement touchés par la crise du coût de la vie », a déclaré Taslima Akter, présidente du syndicat Garment Sramik Samhati. Du fait de l'inflation et de la dépréciation de la monnaie locale, les ouvriers gagneraient moins en termes réels que ce qu'ils touchaient en 2017 avec l'augmentation proposée, a-t-elle noté. De grandes marques, dont Adidas, Hugo Boss ou encore Puma, ont toutefois écrit au début du mois à la Première ministre Sheikh Hasina, ayant « remarqué » que les salaires nets mensuels moyens n'avaient « pas été ajustés depuis 2019 alors que l'inflation a considérablement augmenté au cours de cette période ».

« Avec l'inflation, comment puis-je survivre avec une femme et un enfant? »

Dix ans après la tragédie du Rana Plaza, une usine textile qui s'était effondrée à Dacca en 2013, tuant plus de 1.100 ouvriers, les salaires et la sécurité ont été améliorés dans les usines, reconnaissent les syndicats, mais ces progrès sont largement insuffisants. « Après dix ans de travail, mon salaire (mensuel) est toujours de 10.600 takas (96 dollars). Avec l'inflation, comment puis-je survivre avec une femme et un enfant ? J'ai besoin d'un prêt chaque mois car mon salaire ne suffit pas à nourrir ma famille », a confié à l'AFP Nayeem Islam, un ouvrier de 28 ans.

«Nous fabriquons des vêtements chers, ils sont vendus à des prix plus élevés à l'étranger » par les propriétaires d'usine, qui « gagnent beaucoup d'argent ». « Pourquoi ne peuvent-ils pas nous verser un meilleur salaire ?», s'interroge de son côté Nasima, une ouvrière de 30 ans.

Une répression violente

Outre les usines fermées, plusieurs milliers d'ouvriers ont aussi bloqué jeudi les routes des quartiers industriels autour de Dacca. Mais la répression des manifestants se veut dure. A Mirpur (ouest de Dacca), des policiers anti-émeute ont tiré des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour disperser environ 5.000 ouvriers qui bloquaient une route, a constaté un correspondant de l'AFP.  A Gazipur, des policiers ont dispersé un millier d'ouvriers, selon un responsable de la police, Abou Siddique.

Des troupes paramilitaires des garde-frontières (BGB) ont également été déployées pour « prévenir la violence » dans les zones les plus touchées, a déclaré à l'AFP un lieutenant-colonel du BGB, Zahid Parvez. Le réseau mondial de défense des droits des ouvriers, Clean Clothes Campaign, a dès lors « condamné fermement la violente répression » des manifestants de la confection, accusant la plupart des marques clientes d'avoir refusé de soutenir publiquement leurs revendications.

Des élections prévues fin janvier

Mais au-delà des salaires, des enjeux et stratégies politiques se cacheraient derrière ces manifestations. Selon le commissaire adjoint de la police métropolitaine de Dacca, Nazmul Hasan, ses services soupçonnent le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP, opposition) d'inciter à ces manifestations au moment où de violents rassemblements antigouvernementaux secouent le pays pour exiger la démission de Sheikh Hasina avant les élections prévues fin janvier.

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Récemment, le principal dirigeant de l'opposition bangladaise et plus de 100 cadres de son parti ont été inculpés dimanche du meurtre d'un policier tué au cours de l'une des manifestations contre la Première ministre à l'approche des élections législatives. « Au moins 164 membres du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), dont (son chef) Mirza Fakhrul Islam Alamgir, ont été accusés du meurtre du policier » et inculpés, a déclaré un responsable de la police, Salahuddin Mia.

(Avec AFP)

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