Brexit : les négociations dans l'impasse, le ton monte

 |   |  714  mots
Michel Barnier (à dr.), négociateur en chef de l'Union européenne (UE), et son homologue britannique, David Frost (à g.), le 2 mars 2020 à Bruxelles.
Michel Barnier (à dr.), négociateur en chef de l'Union européenne (UE), et son homologue britannique, David Frost (à g.), le 2 mars 2020 à Bruxelles. (Crédits : Reuters)
Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE, estime que, sur les sujets les plus "difficiles", "aucun progrès n'a été possible". Son homologue britannique, David Frost, a lui fustigé le "peu de progrès" accomplis. Parmi les pierres d'achoppement, figure la forme de l'accord. Les Européens réclament un accord large et ambitieux sur l'ensemble de la relation, quand le Royaume-Uni ne demande rien de plus qu'un accord classique de libre-échange.

Britanniques et Européens ont de nouveau fait part de leur "déception" ce vendredi, à l'issue d'un troisième cycle de discussions cette semaine sur la relation post-Brexit, des négociations de plus en plus tendues et à l'issue très incertaine.

En dehors de "quelques ouvertures modestes, aucun progrès n'a été possible sur les autres sujets, les plus difficiles", a déclaré le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Il a jugé ce round "décevant".

Son homologue britannique David Frost a lui fustigé le "peu de progrès" accomplis et réclamé "un changement d'approche de l'UE" avant le prochain cycle de discussions le 1er juin.

"Rien de très nouveau sous le soleil", résume une source proche des discussions à l'issue de cette semaine. À l'exception, peut-être, du ton des échanges, cette fois-ci plus "fermes, parfois un peu virils".

"Le ton s'est haussé un peu plus cette session", abonde une source européenne, qui évoque une semaine "frustrante".

Lire aussi : Relation post-Brexit : discussions sous tension entre Londres et UE

"On fait du sur place et le temps passe", faute de "vision commune sur ce qu'on est en train d'essayer de faire", explique-t-elle.

Les précédents échanges, fin avril, s'étaient déjà achevés sur un constat d'échec, laissant planer une forte incertitude sur la capacité de Londres et Bruxelles à s'entendre, comme prévu, d'ici la fin de l'année.

Les Britanniques, qui ont formellement quitté l'UE le 31 janvier, sont entrés, jusqu'à la fin de l'année, dans une période de transition, pendant laquelle ils continuent d'appliquer les normes de l'UE.

Les négociateurs doivent théoriquement décider en juin s'ils prolongent ou non cette période, afin de se laisser plus de temps pour négocier.

Mais Londres rejette catégoriquement cette idée, même si l'épidémie de coronavirus a chamboulé le calendrier des discussions, ainsi que leur forme: exclusivement par visioconférence.

"Mauvaise foi"

"Ils ont l'air convaincus qu'on peut faire sans [extension], donc on va faire sans. Mais c'est un peu une aberration", commente la source européenne, pour qui les Britanniques font preuve d'une "mauvaise foi couplée avec un aveuglement économique".

Une extension "ne ferait que prolonger [...] l'incertitude des entreprises" et impliquerait "de nouveaux versements au budget de l'UE", avait rappelé un porte-parole britannique en début de semaine.

Autre point de discorde: la forme de l'accord. Les Européens réclament un accord large et ambitieux sur l'ensemble de la relation, quand le Royaume-Uni ne demande rien de plus qu'un accord classique de libre-échange - du même type que celui conclu par l'UE avec le Canada -, autour duquel pourraient ensuite être négociés plusieurs petits textes sectoriels.

Pour David Frost, des tels accords pourraient d'ailleurs "être conclus sans difficultés majeures dans le temps disponible".

Mais l'UE ne serait prête à accepter un accord commercial avec le Royaume-Uni que s'il était assorti de garanties en matière de concurrence au niveau social, environnemental ou fiscal (le "level playing field", Ndlr), afin d'éviter qu'une économie dérégulée ne surgisse à sa porte. Ce dont les Britanniques ne veulent pas entendre parler.

Cette demande européenne constitue même, selon David Frost, "le principal obstacle" à un accord, car Londres n'entend pas être lié à l'avenir "au droit ou aux normes de l'UE".

"L'UE demande beaucoup plus au Royaume-Uni qu'aux autres pays souverains avec lesquels elle a conclu des accords", a encore insisté jeudi un porte-parole du gouvernement britannique.

En matière de pêche, une question ultra-sensible sur laquelle les négociateurs se sont engagés à s'entendre avant juillet, le Royaume-Uni a transmis cette semaine un texte résumant sa position: une renégociation annuelle des quotas de pêche dans ses eaux, ce que l'UE rejette.

Lire aussi : Accord post-Brexit: les questions qui fâchent

"Nous ne pouvons pas convenir d'arrangements qui sont manifestement déséquilibrés et contraires aux intérêts du secteur de la pêche britannique", a insisté David Frost.

En dépit de ces impasses, la prochaine session de négociations est, pour l'instant, toujours prévue le 1er juin.

Par Clément Zampa avec Germain Moyon à Londres

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/05/2020 à 16:21 :
"Londres n'entend pas être lié à l'avenir "au droit ou aux normes de l'UE"." non mais ce qui ne correspond pas à nos normes ne rentre pas en UE (mais peut-être ira aux USA), pour le moment les GB les connaissent étant encore dans le "système". Des élevages en Amérique du Sud ont été mis en place (parait-il) pour élever dans les règles UE, pour pouvoir exporter, vu que les pratiques locales ne conviennent pas (des éleveurs canadiens se plaignent que la viande de leurs bêtes ne peut être exportée, ne correspond pas aux "normes" (fichues normes ?), eux la mangent bien...).
L'UE part sur des bases trop ambitieuses, les GB ne veulent, comme dans la passé, que le commerce, le business, tout le reste c'est de leur ressort (mais certains normes semblent avoir amélioré les choses chez eux, ça sera terminé, mais c'est leur choix).
a écrit le 16/05/2020 à 8:10 :
Pourquoi négocier ? fermez la frontière et on verra bien !
a écrit le 15/05/2020 à 19:17 :
Quoiqu'on en dise l'euro est un atout majeur pour lancer un plan de relance ou s'endetter sans trop fragiliser la monnaie, la livre n'a pas cette force. Après les négociations sur le Brexit n'est pas la priorité pour l'UE, bientôt ça sera chaud pour le RU.
a écrit le 15/05/2020 à 18:19 :
Le monde est dans la concurrence, loyale ou pas, ce sont les frontières qui ont pour rôles de réguler et non l'ouverture a tout vent... et le labyrinthe courants d'air!
a écrit le 15/05/2020 à 17:52 :
bojo veut un acces complet a 400 millions de consommateurs solvables ou il pourra se poser a l'entree du marche, sans respecter aucune regle, mais en attirant tout le monde avec une concurrence deloyale
et pour ca il joue la montre
il va se prendre les pieds dans le tapis, ca va lui coller une baffe
Réponse de le 15/05/2020 à 21:27 :
pas sur .....
a écrit le 15/05/2020 à 16:27 :
Dans le contexte économique nouveau issu du COVID-19, je ne vois pas ce que Michel BARNIER pourrait négocier avec le britannique, autrement qu'un simple accord de libre échange. A part l'Allemagne et encore, les économies des 19 de la zone euro sont au point mort et même en larges déficits, le R.U. avec sa monnaie et une large liberté d'action en matière économique et fiscale, se sortira mieux et plus vite de cette crise économique et financière, qu'une U.E. qui n'a à aucun moment été capable d'avoir une ligne de conduite commune ces deux derniers mois. Pour preuve encore plus accablante la ligne de l'Allemagne dixit "les Allemands ne veulent pas payer les déficits des Pays du Sud": quoi de plus parlant sur une U.E. déclinante et donc incapable de proposer quoi que ce soit au Royaume Uni.
Réponse de le 15/05/2020 à 17:55 :
exact
bojo veut s'en sortir plus vite en pompant les autres
le pb c'est que personne ne veut avoir plus de pbs, tout en aidant les pays en difficultes pour que ca serve les interets de quelqu'un qui ne respecte aucune regle.........
varoufakis, brillant matheux specialiste en theorie des jeux avait demontre des trucs, mais quand il a confronte sa theorie a la realite, la grece s'est rendue compte qu'une negociation c'est tres complique... bojo va decouvrir la meme chose
Réponse de le 16/05/2020 à 8:13 :
Mdr la GB a vu son PIB s'écrouler de 20 % avec la chute de la livre, le mieux c'est de ne pas négocier et attendre qu'ils supplient !
a écrit le 15/05/2020 à 15:43 :
D'un côté un gouvernement élu démocratiquement de l'autre une dictature financière rétrograde et vu que nous autres démocrates, sauf nos politiciens germains qui se sont assis sur notre volonté de refuser le traité constitutionnel, nous ne pouvons que chaleureusement, pleinement et entièrement soutenir les anglais.

Merci beaucoup à l'UE de me faire aimer ce pays que je méprisais régulièrement autrefois, machinalement certainement, grâce à la haine européiste viscérale envers la liberté cela m'a incité à mieux me pencher sur le fonctionnement intéressant de la démocratie du Royaume Uni, ma fille d'ailleurs était dépitée d'avoir à apprendre la civilisation britannique je lui ai dis comme ô combien elle se trompait.
Réponse de le 16/05/2020 à 14:20 :
Angleterre: un pays ou un tiers des enfants a Londres ne peut pas acheter des chaussures faute des moyens. Ou les foos banks sont debordes et ont commence leurs operations une decennie avant la France. Ou les banques demandent tous les interets de 40% sur les decouverts. Ou avant ca Wonga a fait ses pay day loans pour des annees, de plusieurs MILLE POURCENT et je n'exaggere pas, avant finalement une poignee des deputes de conscience a ferme ses portes. Ou le prix d'immobilier a flambe par 20 fois depuis 1997 (entree de Blair) et aucun jeune sous l'age de 35 ne peut pretendre a acheter une maison non plus - dans le secteur de location les loyers sont £1000 par mois pour un seule chambre. Ou les etudiants doivent payer £50,000 ou plus pour un diplome maintenant et les interets s'accumulent sur les prets meme pendant leurs etudes. Et je gratte le surface. Un pays terrible.
Réponse de le 18/05/2020 à 14:55 :
@ multipseudos: ON est d'accord le bilan est dramatique d'où l'urgence de sortir de l'UE. Tu ne fais qu'énumérer le bilan des politiques de thatcher et blair sous néolibéralisme européen là, merci de me donner raison donc mais je n'en ai pas besoin.

Toutes ces réponses faciles à contrer c'est vraiment pénible.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :