Michel Barnier craint un accord « difficile » sur le Brexit

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« Nous ne mettons pas la pression. C'est le gouvernement britannique qui met la pression du temps sur ces négociations », a déclaré Michel Barnier auprès de journalistes.
« Nous ne mettons pas la pression. C'est le gouvernement britannique qui met la pression du temps sur ces négociations », a déclaré Michel Barnier auprès de journalistes. (Crédits : Reuters)
L’UE et le Royaume-Uni se sont accordés sur le mandat de négociation du futur partenariat. La douloureuse bataille des normes réglementaires est sur le point de commencer. Un article de notre partenaire Euractiv.

L'Union européenne va chercher à négocier « un partenariat juste et équilibré avec un cadre de gouvernance solide », a affirmé le chef des négociations pour l'UE, Michel Barnier. Les négociations seront toutefois « complexes, exigeantes et difficiles ».

« Nous sommes prêts à proposer un accord commercial des plus ambitieux au Royaume-Uni », a déclaré le haut responsable. « Mais le Royaume-Uni ne peut pas s'attendre à un accès de grande qualité au marché unique s'il n'est pas prêt à accepter les garanties que la concurrence reste ouverte, juste et libre. »

Le mandat accordé par les ministres lors du Conseil des affaires générales est semblable à l'ébauche présentée par la Commission européenne au début du mois.

L'UE demande au Royaume-Uni de maintenir des normes élevées communes, qui au fil du temps continueront à correspondre aux normes de l'Union comme point de référence. En ce qui concerne la pêche, les dispositions « devraient s'appuyer sur les conditions d'accès réciproque existantes, les parts de quotas et l'activité traditionnelle de la flotte de l'Union. »

Lire aussi : Accord post-Brexit: les questions qui fâchent

Aucune référence n'est faite à la recherche d'un accord sur l'équivalence réglementaire pour les services financiers d'ici à juin 2020, ainsi qu'un régime d'équivalence pour la protection des données d'ici à la fin de l'année.

Le délicat sujet des normes réglementaires

À Londres, le gouvernement de Boris Johnson a approuvé son propre mandat, qui sera officiellement publié le 27 février.

Les ministres britanniques ont répété à l'envi que le pays allait maintenir des « normes élevées » dans toute une série de secteurs, y compris la politique de concurrence, l'agriculture, les normes sociales, environnementales et de travail, mais n'accepterait pas d'être lié aux normes réglementaires de l'UE. Le premier cycle de négociation devrait avoir lieu à Bruxelles lundi 2 mars, et un second sera organisé à Londres à la fin du même mois.

Lire aussi : Londres refuse que l'UE lui impose ses règles dans la relation post-Brexit

Les premières rencontres risquent de se focaliser sur les principaux désaccords entre l'UE et le Royaume-Uni en termes de normes réglementaires, c'est-à-dire des conditions de concurrence équitables et la pêche.

Dans le même temps, le syndicat national des agriculteurs (National Farmers Union - NFU) a appelé le gouvernement à Londres à ne pas affaiblir les normes agricoles européennes pour obtenir un accord commercial avec les États-Unis.

Washington voit en effet l'accord britannique comme une opportunité d'accroître ses exportations agricoles, y compris son poulet chloré, pierre d'achoppement lors des négociations avec Bruxelles.

« Nous ne pouvons pas laisser les normes élevées de l'agriculture britannique se faire rabaisser par des importations de biens que nos agriculteurs n'auraient pas le droit de produire ici », s'est insurgée la présidente du NFU, Minette Batters.

« Signer un accord commercial qui ouvre nos frigos à de la nourriture qu'il serait illégal de produire ici serait signe de décadence morale », a-t-elle ajouté.

Calendrier très serré

Les diverses positions de négociations, associées à un calendrier très serré - les négociateurs ont dix mois pour approuver et ratifier un accord commercial avant que la période de transition post-Brexit ne se termine le 31 décembre - augmentent les chances d'un scénario sans accord, très risqué tant pour les entreprises que pour les individus.

Lire aussi : Brexit: à la recherche d'un impossible accord commercial

« Nous ne mettons pas la pression. C'est le gouvernement britannique qui met la pression du temps sur ces négociations », a expliqué Michel Barnier aux journalistes.

Un rapport publié le 25 février par la Conférence de l'ONU sur le commerce et le développement (UNCTAD) met en garde les deux parties contre un choc économique suite aux pertes commerciales post-Brexit.

Il prévoit une baisse de 9 % des exportations britanniques dans l'UE à cause des mesures non tarifaires, et ce même si un accord de libre-échange standard éliminant les droits de douane et les quotas est approuvé.

« Une potentielle hausse des droits de douane entre le Royaume-Uni et l'Union européenne et une hausse des coûts liés au commerce à cause des mesures non tarifaires pourraient provoquer une baisse de 14 % des exportations britanniques vers l'UE », indique le document.

Les exportations en provenance des pays en développement vers le Royaume-Uni, et dans une moindre mesure vers l'Union européenne, « pourraient quant à elle augmenter si le Royaume-Uni ne revoit pas à la hausse ses droits de douane pour les pays tiers ».

« Les dégâts potentiels risquent d'être majeurs », craint Ralf Peters, auteur de l'étude de l'UNCTAD, « Brexit beyond tariffs ».

Le CETA comme source d'inspiration

Ce dernier fait référence à l'accord commercial entre l'UE et le Canada (CETA), duquel le Royaume-Uni veut s'inspirer pour ses futures relations commerciales.

Le CETA est avant tout un exemple de difficulté à harmoniser les normes réglementaires. « Le CETA possède un comité de discussion sur les nouvelles réglementations et la reconnaissance mutuelle, mais cela prend beaucoup de temps, et le temps n'est pas du côté du Royaume-Uni et de l'UE », assure Ralf Peters.

Selon lui, les équipes de l'UE et du Royaume-Uni pourraient chercher à donner la priorité à certains secteurs, notamment les machines, ainsi que les produits médicaux et pharmaceutiques qui ont des « mesures non tarifaires assez exigeantes ».

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Par Benjamin Fox, Euractiv.com (traduit par Marion Candau)

(Article publié le mardi 26 février 2020 à 10h33)

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a écrit le 27/02/2020 à 22:22 :
Bojo est bien gentil , il croit que dans le futur l'UE devrait aligner ses normes sur celles du Royaume-uni! La méthode Trump et la loi du plus fort, ça peut marcher quand on est effectivement le plus fort ... Mais bon, le Royaume-uni ce n'est pas les USA...
a écrit le 27/02/2020 à 17:29 :
B Johnson, sauve nous. Allo Barnier ? La Commission européenne, qui étudie en ce moment le prochain budget de l'Union, a proposé que celui de la politique agricole commune (PAC) passe de 408 milliards d'euros sur la période 2014-2020 à 365 milliards sur la période 2021-2027, explique le journaliste Julien Cholin, présent en plateau. Il y a deux explications. La première, c'est le Brexit. Le départ du Royaume-Uni est un manque à gagner. Pour le reste, c'est un choix de la Commission.
Nos agriculteurs apprécieront. Résumons : La France va payer plus et recevoir moins et nos pertes vont encore augmenter. Merci l'UE.
a écrit le 27/02/2020 à 17:12 :
Il est vrai qu' à comparer M Barnier et M Johnson, on voit très vite qui affiche un profil de vainqueur !
a écrit le 27/02/2020 à 15:26 :
Voilà où l'aveuglement des anglais les a mené :
- Ils viennent de s'engager sur le paiement de leur contribution résiduelle au budget européen, ce que Bruxelles voulait à tout prix obtenir.
- Ils abordent une négociation qu'ils imaginent "entre égaux", ce qui ne peut évidemment pas être le cas alors que le PIB européen représente 4 à 5 fois celui du R-U, en se fixant eux-même des contraintes de temps qui ne feront qu’aggraver la situation de faiblesse dans laquelle ils se trouvent.
a écrit le 27/02/2020 à 13:11 :
Barnier ne parle même pas anglais, l'avoir choisi comme négociateur montre à quel point l'UE est dirigée par une colonie de ploutocrates incompétents
Réponse de le 27/02/2020 à 22:02 :
D'une c'est faux et de deux il va falloir changer de pseudo.
a écrit le 27/02/2020 à 11:52 :
La seule manière de négocier avec Londres, c'est que l'UE prenne enfin des initiatives.
Harmonisation fiscale et baisse des impôts pour les sociétés et les particuliers.
Harmonisation de la législation du travail.
Relance budgétaire avec en priorité des investissements sur le numérique et toutes les nouvelles technologies.
Favoriser la création de groupes industriels et financiers capables de concurrencer la Chine et les USA.
Autant de sujets prioritaires qui pourraient , s'ils étaient réalisés , rendre l'UE plus attrayante et dynamique pour ses citoyens.
a écrit le 27/02/2020 à 11:28 :
Ah, avec les anglais il va falloir bosser, cela va les changer de leurs petites connivences entre fonctionnaires prébendiers.
a écrit le 27/02/2020 à 11:01 :
Barnier doit se bouger et ne plus permettre de lâcher l' argent qui nous manque à l' UE contre du vent.

Car la sortie anglaise impacte directement la PAC ou Politique Agricole Commune des dépendants à l' UE. De surcroît, nombre d'États européens veulent aussi couper les subventions européennes versées à nos agriculteurs par le budget européen (en fait, par la France qui est contributrice nette) pour compenser le trou exorbitant causé par la sortie anglaise..

En résumé, le gouvernement français demande aux agriculteurs au bord de la misère de se serrer toujours plus la ceinture pour financer, par exemple, des infrastructures flambant neuves en Europe de l'Est ou bien encore des subventions à l'Albanie et à la Macédoine du nord – pays connus pour être gangrenés par les mafias.

Combien de temps les Français vont-ils encore supporter cette situation, surtout si on la compare à celle des Britanniques ?

Tandis que les Français vont contribuer toujours plus au budget européen dans les années qui viennent pour en recevoir toujours moins, nos voisins d'outre-Manche, eux, vont récupérer 12 milliards d'euros de plus à dépenser chaque année, notamment pour leurs agriculteurs, et ce grâce au Brexit. Rassurez-vous, ça va bien se passer. UPR, Frexit, vite ..
a écrit le 27/02/2020 à 10:37 :
Bref, il n'y a pas que les eurolâtres béats qui prévoient maintenant que le brexit sera économiquement sanglant.... surtout pour l'économie britannique dont les débouchés vont se tarir... alors que le Royaume-Uni doit importer massivement rien que pour se nourrir. Bref, tout se passe comme on pouvait l'attendre. La GB exporte 194 milliards d'€ vers l'UE par an, une baisse escomptée de 14%, ça fait un peu moins de 30 milliards de PIB perdus... 3 fois le montant de la cotisation nette de la GB à l'UE...
a écrit le 27/02/2020 à 8:32 :
L'UE avec son dumping fiscal et social afin de faire plaisir à la finance européenne n'a de ce fait aucune marge pour négocier, ne pouvant pas reprocher aux autres ce qu'ils font eux-mêmes.

Bref c'est bibi qui avait encore raison mais c'était facile hein je l'avais bien dit ça aussi, l'européiste étant un dangereux "rêveur", un grand mythomane s'il en est. Le dormeur devant à tout prix se réveiller afin d'éviter le naufrage qui ne va pas tarder.

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