Ukraine : la France en première ligne pour encadrer un accord de cessez-le-feu
latribune.fr
Emmanuel Macron s'exprimera cet après-midi devant « les chefs d'état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités » et qu'il a conviés à Paris.
LTD/STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
Ukraine : la France en première ligne pour encadrer un accord de cessez-le-feu
La France intensifie ses consultations avec ses partenaires européens cette semaine afin de définir les garanties de sécurité à fournir à l'Ukraine en cas de cessez-le-feu. Dans un contexte marqué par un rapprochement entre Washington et Moscou, Paris cherche également à renforcer la défense du continent.
[Article publié le mardi 11 mars 2025 à 7h19, mis à jour à 12h12] Une sortie de crise en Ukraine est-elle envisageable ? Alors que les combats se poursuivent, Paris intensifie ses efforts pour poser les bases d'un cessez-le-feu encadré. Emmanuel Macron s'exprimera cet après-midi devant « les chefs d'état-major des pays qui souhaitent prendre leurs responsabilités » et qu'il a conviés dans la capitale française. Cette réunion réunira des responsables militaires de 30 pays, membres de l'UE et/ou de l'OTAN, dont le Royaume-Uni et la Turquie. Selon l'état-major des Armées, elle se tiendra « en étroite coordination » avec le commandement militaire de l'OTAN, également impliqué dans cette initiative.
Cette rencontre intervient alors qu'une délégation ukrainienne retrouve des représentants américains en Arabie saoudite pour discuter des moyens de mettre fin à la guerre, trois ans après le début du conflit. Ces discussions à Djeddah marquent la première rencontre de ce niveau entre responsables ukrainiens et américains depuis la visite difficile de Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche fin février.
Dans ce contexte, cette réunion à Paris est « importante » car elle « vient poser une première pierre sur ces garanties de sécurité », a mis en avant ce mardi le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu. « Il s'agit simplement de se projeter et de réfléchir à ce que doit être l'armée ukrainienne à l'avenir, et donc repartir du principe que la première des garanties de sécurité reste l'armée ukrainienne, que nous refuserons toute forme de démilitarisation de l'Ukraine », a-t-il déclaré en ouvrant le Forum de défense et de sécurité de Paris (PDSF).
Une trêve partielle comme premier pas
Afin d'avancer sur un éventuel accord, l'Ukraine arrive à Djeddah avec une proposition : une « trêve dans les airs » et « en mer » avec Moscou, a indiqué lundi à l'AFP un haut responsable ukrainien sous couvert d'anonymat. « Ce sont des options de cessez-le-feu faciles à mettre en place et à surveiller. Il est possible de commencer par elles », a-t-il précisé. Mais Moscou rejette ce scénario car le conflit finirait, selon la diplomatie russe, par reprendre.
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, également arrivé lundi dans la ville saoudienne, a de son côté dit avoir bon espoir que la suspension de l'aide militaire américaine à Kiev soit résolue. Il a aussi jugé prometteuse l'idée d'un cessez-le-feu partiel : « Je ne dis pas que cela seul sera suffisant, mais c'est le genre de concession nécessaire afin de mettre fin au conflit », a-t-il dit à des journalistes peu avant son arrivée à Jeddah.
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L'idée d'envoyer des forces européennes en Ukraine gagne du terrain. Soutenue par Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan, elle est toutefois jugée « absolument inacceptable » par Moscou, qui y voit un risque de reprise du conflit. Paris et Londres jouent un rôle clé dans ces discussions. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, organisera samedi une réunion virtuelle avec les dirigeants des pays prêts à s'engager pour empêcher une escalade en Ukraine en cas de cessez-le-feu.
Avant toute décision, il reste à définir précisément les contours de cette éventuelle mission. Dans La Tribune Dimanche, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a précisé les pistes envisagées : « Troupes de paix à des fins d'observation, de réassurance ou de déconfliction... La réunion des chefs d'état-major mardi nourrira cette réflexion ».
Mercredi, le ministre français réunira ensuite ses homologues du groupe E5 (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Pologne), ainsi que des représentants de l'Union européenne et de l'OTAN. Le ministre ukrainien de la Défense interviendra en visioconférence. Les discussions porteront notamment sur l'aide militaire à Kiev, alors que les États-Unis ont suspendu une partie de leur soutien, et sur le « réarmement nécessaire de l'Europe et de nos pays respectifs », selon l'entourage de Lecornu. L'Union européenne a d'ores et déjà validé un plan visant à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros sur quatre ans pour renforcer ses capacités de défense et soutenir l'Ukraine.
Une attaque massive de drones ukrainiens a visé Moscou cette nuit
En France, où la situation budgétaire est tendue, le financement de la Défense devra être revu à la hausse. Sébastien Lecornu évoque un « horizon autour de 100 milliards d'euros par an », soit le double des 50,5 milliards prévus en 2025. Pour rallier les députés et sénateurs à cette hausse et les informer des négociations en cours, le ministre des Armées rencontrera jeudi les présidents des groupes parlementaires. Vendredi, Emmanuel Macron réunira également les industriels français de la défense, invités à intensifier leur production face à la demande croissante depuis le début du conflit en 2022.
Pendant que les tractations se multiplient, les combats continuent. Une attaque massive de drones ukrainiens a visé Moscou dans la nuit de lundi à mardi, selon le maire de la capitale russe, Sergueï Sobianine. « La défense antiaérienne du ministère de la Défense continue de repousser une attaque massive de drones ennemis visant Moscou », a-t-il déclaré sur Telegram. Cette attaque aurait fait, selon les autorités russes, trois morts et 18 blessés. Si l'Ukraine et la Russie envoient quotidiennement des dizaines de drones vers leurs territoires respectifs, la capitale russe est elle-même rarement touchée. L'attaque a également visé les régions de Briansk et de Belgorod, également frontalières de l'Ukraine, ainsi que celles de Riazan, de Kalouga, de Voronej et de Nijni Novgorod.
Kiev est à la peine sur le front. Durant le week-end, la Russie a revendiqué d'importantes avancées dans sa région de Koursk et même une poussée dans la région ukrainienne de Soumy, une première depuis 2022. Lundi, le commandant en chef de l'armée ukrainienne a annoncé que Kiev allait « renforcer » son contingent militaire combattant dans la région russe de Koursk.