Corée du Nord : que peut encore faire l'ONU ?

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un près d'un missile, dans une photo non datée publiée par l'agence de presse nord-coréenne le 22 mai 2017.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un près d'un missile, dans une photo non datée publiée par l'agence de presse nord-coréenne le 22 mai 2017. (Crédits : Reuters/KCNA KCNA)
Pyongyang a réalisé, dimanche 21 mai, un nouveau tir de missile balistique - le onzième depuis le début de l'année. Et ce malgré les sanctions imposées par le Conseil de sécurité de l'ONU, qui se réunira d'urgence mardi.

[Papier publié le 23/05 à 08h21, mis à jour à 11h37]

Dix ans, six résolutions. Depuis 2006, la Corée du Nord est visée par les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU. Objectif affiché: empêcher le développement d'un programme nucléaire, visant notamment à construire des missiles capables d'atteindre les Etats-Unis... En vain ? Pyongyang a revendiqué début janvier avoir "acquis le statut de puissance nucléaire". Et le régime communiste s'est livré dimanche à son onzième tir de missile balistique depuis le début de l'année.

Selon l'armée sud-coréenne, le missile a parcouru environ 500 kilomètres, atteignant une altitude de 560 km, avant de s'abîmer au large de la côte orientale de la Corée du Nord, rapporte Reuters. Un tir "dangereux et irresponsable" selon la Corée du Sud, qui cherche à renouer le dialogue avec son voisin depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président Moon Jae-In il y a deux semaines. L'armée sud-coréenne a annoncé ce mardi avoir tiré des coups de feu de sommation après le survol par un objet non identifié d'un secteur proche de la DMZ, la zone démilitarisée qui marque la frontière avec la Corée du Nord, rapporte l'agence de presse sud-coréenne Yonhap. Des analyses sont en cours pour tenter d'identifier cet objet volant.

> Lire aussi: Renouer avec la Corée du Nord, le défi du nouveau président sud-coréen

A la demande des Etats-Unis, du Japon et de la Corée du Sud, une réunion d'urgence se déroulera mardi à huis clos à New York - une semaine jour pour jour après un premier meeting. Nikki Haley, l'ambassadrice américaine aux Nations Unies, a martelé la semaine passée: "Nous devons tous envoyer un signal à la Corée du Nord: 'Assez'. On ne joue pas, l'heure est grave", rapporte le Wall Street Journal. Les Etats-Unis et la Chine prépareraient une nouvelle résolution de mesures punitives contre le régime de Kim Jong-Un, selon Nikki Haley.

Réduire les débouchés économiques de la Corée du Nord

Le Conseil de sécurité de l'ONU a dénoncé le "comportement hautement déstabilisateur" de la dictature, ainsi que "l'attitude délibérément provocatrice qu'elle affiche à l'égard du Conseil en organisant ces tirs", rapporte un communiqué de presse de l'organe... Car il multiplie les résolutions et les communiqués pour s'opposer aux actions militaires de la Corée du Nord. A la suite du premier essai nucléaire nord-coréen en 2006, le Conseil de sécurité de l'ONU instaure les premiers embargos sur "les armes et matériels connexes""les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles" et "les produits de luxe". Les Etats membres sont aussi appelés à "l'inspection de toute cargaison à destination ou en provenance de Corée du Nord".

Dernières sanctions en date: deux résolutions adoptées en mars et novembre 2016, suite à des essais nucléaires nord-coréens. Afin de baisser la capacité de financements des programmes nucléaires et balistiques, ces résolutions s'attaquent à la vente de charbon et autres minerais - la principale source de revenus externes de la Corée du Nord. Le plafond des exportations de charbon nord-coréennes est établi à 400,9 millions de dollars par an - soit environ 7,5 millions de tonnes - depuis le 1er janvier 2017. C'est une réduction de 62% par rapport à 2015. Selon des diplomates interrogés par Reutersune telle restriction pourrait générer une perte de revenus entre 700 et 800 millions de dollars par rapport aux ventes de l'année dernière.

Le rôle controversé de la Chine

Si cette dernière résolution a été votée par Pékin, principal allié économique du régime communiste, la pression exercée par la Chine reste relative. En 2016, le pays a importé 22,5 millions de tonnes de charbon nord-coréen (une hausse de 15% sur un an) pour un montant total avoisinant 1,19 milliard de dollars, selon les douanes chinoises. Pékin a pourtant annoncé mi-février vouloir "cesser momentanément ses importations de charbon" jusqu'au 31 décembre 2017... Ce qui n'a pas empêché la Chine de faire gonfler la totalité de ses importations en provenance de Corée du Nord de presque 20% au premier trimestre (vêtements, fruits de mer, poissons...)

Un panel d'experts de l'ONU affirmaient, fin février, que la Chine permet tacitement à la Corée du Nord de commercer avec "l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient" - contournant ainsi les sanctions imposées par les Nations Unies, rapportait Le Monde. La Chine sert de "zone de transit pour des produits commerciaux ou des transactions financières grâce à des sociétés-écrans", précise auprès du journal Le Monde George Lopez, qui a siégé au comité des sanctions de l'ONU en 2010 et 2011. Ainsi, la Corée du Nord entretiendrait des relations avec "l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient". Aucune preuve n'indique que le gouvernement chinois soutient activement ces contournements, selon Foreign Policy, qui a initialement dévoilé ce rapport confidentiel. Mais un ancien expert du comité de sanctions juge peu probable l'absence d'un rôle joué par Pékin. Mi-avril, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lu Kang ne s'en cachait pas: "Cela ne fait pas débat que [la Chine et la Corée du Nord] maintiendront des relations commerciales normales, tout en s'assurant que nous respectons les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU."

> Lire aussi: Corée du Nord-Etats-Unis : une guerre est-elle possible ?

(Avec agences)

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