Crise alimentaire mondiale : tout comprendre en 5 questions

Les alertes de la communauté internationale sur les risques de crise alimentaire mondiale liée à la guerre en Ukraine se multiplient. Alors que l'Ukraine et la Russie sont de gros producteurs et exportateurs mondiaux de céréales, notamment de blé, Moscou utilise les denrées alimentaires pour faire pression sur les Occidentaux. Derrière cette bataille diplomatique autour des céréales, dont les prix flambent sur les marchés, privant des pays importateurs de ces denrées, que se passe-t-il réellement ? Crise alimentaire : de quoi parle-t-on ? Eléments de réponse.

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« 11 à 19 millions de personnes de plus sont menacés de famine sur la période 2022-2023 », estime la FAO.
« 11 à 19 millions de personnes de plus sont menacés de famine sur la période 2022-2023 », estime la FAO. (Crédits : Reuters)

La guerre en Ukraine a placé fin février la planète « sous le spectre de pénuries alimentaires mondiales » alertait le 18 mai le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Depuis, les cris d'alarme de l'ONU, qui craint « un ouragan de famines », essentiellement dans des pays africains qui importaient plus de la moitié de leur blé d'Ukraine ou de Russie, se multiplient. Samedi dernier, l'Union européenne, accusant la Russie de mettre la planète en danger de famine, s'est dit prête à travailler avec l'Onu «pour prévenir tout impact indésirable de nos sanctions sur la sécurité alimentaire mondiale ». La Commission européenne a proposé mardi une enveloppe supplémentaire de 600 millions d'euros aux pays d'Afrique, des Caraïbes et de l'océan Pacifique qui pâtissent de la flambée des prix des céréales liée à la guerre en Ukraine. Ce chèque viendrait s'ajouter à une enveloppe d'un milliard d'euros, déjà promis par les Vingt-sept pour lutter contre les risques de famine en Afrique. Vendredi, une conférence internationale sur la crise alimentaire va se tenir à Berlin, en présence notamment du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

Dernière cette bataille diplomatique qui se joue entre la Russie et les Occidentaux, que se passe-t-il réellement ? Crise alimentaire : de quoi parle-t-on ?

Combien de personnes sont concernées par le risque de famine ?

Aujourd'hui, plus de 200 millions de personnes sont confrontées à une faim aiguë dans le monde, d'après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Et d'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) la situation ne va pas aller en s'arrangeant. « 11 à 19 millions de personnes de plus sont menacés de famine sur la période 2022-2023 », estime la FAO.

Quels sont les pays les plus touchés par la faim ?

D'après un rapport publié début juin par la FAO et du PAM (Programme alimentaire mondial des Nations Unies), les pays où la situation est la plus critique sont : l'Éthiopie, le Nigéria, le Soudan du Sud et le Yémen, avec l'Afghanistan et la Somalie. Les conditions d'accès à une alimentation saine y sont « catastrophiques ». En République démocratique du Congo, à Haïti, au Sahel, au Soudan et en Syrie la situation est jugée également « très préoccupante » par ces deux organisations, avec « des conditions critiques qui se détériorent ». Autres « points chauds de la faim » : le Kenya, le Sri Lanka, les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Cabo Verde et Guinée), ainsi que l'Angola, le Liban, Madagascar et le Mozambique et maintenant l'Ukraine et le Zimbabwe.

Quelles sont les raisons de ces situations de « crise alimentaire » ?

La famine ou le risque de famine dans ces pays sont liés à des causes multiples et diverses : situations de guerre (comme en Syrie, en Ukraine par exemple), problèmes climatiques, comme la sécheresse qui touche les pays de la corne de l'Afrique (Ethiopie, Soudan, Somalie, Kenya...). Ou encore une mauvaise gouvernance et des politiques agricoles défaillantes, voir absentes qui rendent certains de ces pays très dépendants aux importations. Alors que la Russie et l'Ukraine sont de gros producteurs et exportateurs de blé dans le monde, le conflit en Ukraine est venu accentuer une situation déjà tendue sur les marchés, où les prix montaient déjà avant la guerre.

Quelle est la responsabilité de la guerre en Ukraine dans cette « crise alimentaire » ?

 « La crise alimentaire mondiale n'est pas liée directement à la guerre en Ukraine, mais à la situation des marchés mondiaux », explique Philippe Chalmin, professeur à Paris Dauphine et spécialiste des marchés des matières premières.

« La situation est grave mais le lien de cause à effet entre la guerre en Ukraine et la crise alimentaire est exagéré. Certes le prix du blé a augmenté. Mais en même temps, le prix du riz a diminué l'an dernier. Or le riz est une denrée importante dans certaines zones du monde », nuance-t-il.

La guerre en Ukraine a donc plutôt accentué une situation déjà tendue sur les marchés mondiaux des céréales, maïs et blé surtout. Les prix des matières agricoles étaient déjà à la hausse avant février. Le prix du blé, base de l'alimentation, était à 200 euros la tonne en juillet 2021 et est passé à 400 euros la tonne en mai 2022. Cette hausse du prix du blé a été provoquée par une séries de circonstances : la sécheresse au Canada l'été dernier et les intempéries en Europe qui ont conduit à de mauvaises récoltes. A cela, il faut ajouter le fait que la Chine a triplé ses importations en céréales en 2021 par rapport à 2019. «Résultat, on se retrouve dans une situation de déséquilibre entre l'offre et la demande », explique Arthur Portier, consultant chez Agritel, cabinet de conseil spécialisé dans les marchés des matières premières dans le secteur agricole.

Concrètement, la crise en Ukraine a eu pour effet de renchérir les prix de certaines céréales (le prix du blé a pris en un an 150 dollars la tonne). Ce qui pose des problèmes financiers à des pays fortement dépendants des importations et qui ne peuvent plus payer. Aujourd'hui, ces pays « tirent la langue car la facture devient difficile à supporter », résume Philippe Chalmin.

Quelles solutions ?

 En raison des problèmes logistiques liés directement au conflit russo-ukrainien (infrastructures détruites, ports bloqués), les pays qui achetaient leur blé à la Russie ou à l'Ukraine doivent trouver d'autres sources d'approvisionnement. « Ainsi la Tunisie, le Maroc, le Pakistan, l'Irak, l'Iran, le Bengladesh, gros importateurs de blé, doivent se tourner vers la France, les Pays-Balte, l'Argentine, l'Australie ou encore les Etats-Unis », détaille Arthur Portier. La situation est plus ou moins simple selon les pays. « L'Algérie et le Nigeria qui ont des ressources pétrolières et gazières peuvent réussir à acheter du blé. Mais pour d'autres pays, comme la Tunisie et à l'Egypte, qui n'ont pas la même manne financière, sont contraints de faire du rationnement et se trouvent confrontés à des problèmes d'approvisionnement », explique-t-il.

L'enveloppe des européens pour aider les pays dépendants et impactés par la hausse de prix sur les marchés suffira-t-elle ? « Ces mesures ne sont pas viables sur le long terme », juge l'expert d'Agritel. Alors que les Nations unies et certains pays poussent aussi pour que soit ouvert un corridor maritime permettant aux exportations ukrainiennes de reprendre, « ça ne résoudra pas crise alimentaire d'un certain nombre de pays qui ont pris l'habitude mauvaise d'importer», renchérit Philippe Chalmin. D'après les deux experts, la solution la plus viable à long terme, mais qui n'empêchera pas des famines à court terme, serait d'aider les pays qui ne sont plus autosuffisants, à le redevenir...

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Commentaires 3
à écrit le 24/06/2022 à 23:38
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Il faudrait un parti des citoyens qui refusent de gober toutes ces foutaises de dirigeants.L'occasion donnée par cette guerre était trop belle pour ne pas la louper .Une aubaine pour faire disparaitre leurs malversations dans cette pelote de mensonge...

à écrit le 24/06/2022 à 14:32
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la solution est tres simple c'est les usa qui spécule sur tout les produits pour renflouer leur pays faire le maximum de profit immiter par l' occident mais qui a sa population qui subit la plus grosse escrocquerie du siecle diriger entre menteur, ...

à écrit le 24/06/2022 à 8:00
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Et sinon, peut-être qu'un jour, il faudrait revoir le système d'allocations familiales ? Parce qu'inciter les gens à faire plus d'enfants, je ne voit pas l'intérêt dans un monde où nous sommes huit milliards, et où la famine guette

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