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Entreprises & FinanceAgroalimentaire & Biens de consommation & Luxe

Blé, orge, betterave, maïs... Risque de pénurie accru en France à cause de la sécheresse

Coline Vazquez

Publié le 10 mai 2022 à 09:48 - Mis à jour le 12 mai 2022 à 08:26

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La France connaît actuellement une vague de chaleur au moment où les céréales sont particulièrement gourmandes en eau pour se développer. Une situation qui fait craindre au monde agricole des récoltes en berne. Face à ce constat, la FNSEA réclame une véritable stratégie de stockage d'eau. Explications.

C'est un printemps particulièrement chaud que connaissent les Français. "Un épisode de chaleur" qui, sans être inédit, est "remarquable par sa précocité, sa durabilité et son étendue géographique", souligne Météo France. En ce début de semaine, le mercure frôle par certains endroits les 30°C entraînant un manque d'eau. Entre septembre et avril 2022, le déficit de précipitations est estimé à 19%, et le déficit de recharge des nappes phréatiques est de 20%, touchant particulièrement le Grand-Est, le nord de la Nouvelle Aquitaine et l'ensemble du Sud-Est, selon le ministère de la Transition écologique. Une véritable inquiétude pour le monde agricole dans la mesure où la sécheresse met en péril les récoltes, en particulier celles de blé, en pleine croissance.

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"Il y aura un impact sur la production des céréales", a alerté le ministère de l'Agriculture lundi, ajoutant toutefois qu'il "est encore beaucoup trop tôt pour avoir une évaluation précise". "Les cultures d'hiver, comme le blé ou l'orge, qui sont aujourd'hui en phase de développement, commencent à connaître des situations qui vont affecter les rendements", a-t-on également indiqué à l'issue de réunions des ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique avec les agences de l'eau et les professionnels du monde agricole.

Même inquiétude du côté de la Fédération nationale des syndicats exploitants agricoles (FNSEA) qui dresse un constat alarmiste :"Aucune région n'est épargnée. Chaque jour qui passe, on voit des sols se craqueler. Hier, j'étais chez un agriculteur du Puy-de-Dôme, il arrose son blé. Si cela continue comme ça, ceux qui ont la possibilité d'irriguer vont s'en sortir, les autres auront des baisses de rendement dramatiques", a ainsi déploré sa présidente, Christiane Lambert. "Depuis octobre-novembre, il y a d'énormes sécheresses au Portugal et en Espagne, qui remontent en Occitanie et en Provence et le long de la vallée du Rhône. Ce qui est inhabituel en cette saison, c'est que la sécheresse touche le nord de la Loire", a-t-elle détaillé.

Plusieurs cultures en péril

Or, c'est à cette période de l'année que le blé qui a atteint sa taille adulte et dont l'épi s'est développé entame le "stade du grossissement du grain", comme l'explique Joël Limouzin, en charge des situations d'urgence à la FNSEA. Un phénomène pour lequel l'eau est cruciale pour permettre à l'engrais, dont a besoin la plante pour produire un grain de qualité, de monter dans la tige. En conséquence, les grains se flétriront faisant planer le risque d'"une perte de rendement qui peut aller jusqu'à 40% si le temps reste sec pendant plusieurs semaines", avertit Joël Limouzin, qui s'inquiète notamment pour les grandes plaines céréalières de Beauce et de Bourgogne.

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Le blé n'est pas le seul concerné. Si le manque d'eau venait à perdurer, il pourrait également affecter les cultures de printemps dont le tournesol, la betterave et le maïs, indique le ministère. Les fourrages pourraient eux aussi être menacés. Les pousses d'herbes ralentissent alors qu'elles étaient jusqu'à présent plutôt meilleures que d'habitude.

Economiser et récupérer l'eau

Face à cette situation critique, l'une des solutions consiste à restreindre l'utilisation de l'eau. Quinze départements sont actuellement déjà soumis à des restrictions allant de "l'incitation des particuliers et des professionnels à faire des économies d'eau" au stade d'alerte renforcée qui implique une "réduction des prélèvements à des fins agricoles supérieure ou égale à 50% (ou interdiction supérieure ou égale à 3,5 jours par semaine)", une "limitation plus forte des prélèvements pour l'arrosage des jardins, espaces verts, golfs, lavage des voitures,... jusqu'à l'interdiction de certains prélèvements", indique le site du ministère de la Transition écologique, Propluvia. Les départements de l'Ain, de la Vienne ou encore de la Charente-Maritime sont notamment concernés par le stade d'alerte renforcée. Ces mesures sont prises au fur et à mesure de l'évolution de la situation au niveau départemental par les préfets.

Si c'est l'une des solutions pour lutter contre la sécheresse ce n'est pas la principale réponse, selon la FNSEA qui plaide pour un stockage de l'eau. Le gouvernement a d'ailleurs annoncé fin avril que les agences de l'eau pourraient dépenser 100 millions d'euros supplémentaires pour aider les filières agricoles à s'adapter ou créer des retenues d'eau. Une étape encore insuffisante. "Ce que nous dénonçons, c'est la gestion catastrophique de l'eau depuis plus de quinze ans. Nous stockons seulement 1,5% de l'eau qui tombe à l'automne et au début de l'hiver alors qu'en Espagne, ils sont à 17 ou 18%", déplore Luc Smessart, vice-président de la FNSEA. "Ce qu'il faut c'est une continuité et une cohérence avec un vrai projet stratégique", poursuit-il, regrettant les oppositions associations écologiques et de certains syndicats paysans contre le stockage de l'eau. Il met en garde : "Si nous ne pouvons plus produire en France, il y en a d'autres qui le feront pour nous et on voit bien que nous avons délégué à d'autres pays comme l'Ukraine ou la Russie la production d'une partie de notre alimentation ce qui provoque des pénuries" et des hausses de prix. Et d'ajouter : "Nous devons accorder autant d'importance à la souveraineté de l'eau qu'à celle alimentaire ou énergétique".

D'autres solutions sont également à chercher dans les progrès de la génétique qui permet de créer des variétés plus résistantes à la sécheresse. Les agriculteurs tentent par ailleurs d'adapter leurs méthodes de travail aux évolutions climatiques notamment en récoltant plus tôt lorsque cela est possible.

"Il y a péril mais tout n'est pas perdu"

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Conscient des difficultés du monde agricole, le gouvernement a annoncé, lundi à l'issue des réunions des ministères concernés, que le guichet ouvert en avril pour aider les agriculteurs à faire face au changement climatique et initialement doté de 20 millions d'euros, allait être abondé "de 20 millions supplémentaires". Une aide bienvenue mais, pour Luc Smessaert, il est encore "trop tôt pour faire le bilan à court terme". "Il y a péril mais tout n'est pas perdu non plus. Si on a de très gros orages à court terme, une partie peut encore être rattrapée. Mais si nous n'avons pas de pluie, nous aurons besoin d'un accompagnement beaucoup plus fort que ces 20 millions", prédit-il.

Avec AFP

Coline Vazquez

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