Croissance : l'OCDE revoit à la baisse ses prévisions de croissance

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De nouvelles restrictions aux échanges mettraient à mal l’emploi et les niveaux de vie, en particulier pour les ménages à faible revenu, prévient l'OCDE.
"De nouvelles restrictions aux échanges mettraient à mal l’emploi et les niveaux de vie, en particulier pour les ménages à faible revenu", prévient l'OCDE. (Crédits : Reuters/Brendan McDermid)
L'OCDE a alerté ce jeudi 20 septembre que la croissance mondiale pourrait avoir atteint un pic en 2018 dans un contexte de tensions commerciales accrues et d'incertitudes significatives sur les marchés émergents.

Les risques se multiplient pour l'économie mondiale. Après une année 2017 exceptionnelle, les prévisionnistes de l'OCDE sont nettement moins confiants. "La croissance du PIB mondial est restée solide au premier semestre 2018, mais l'on voit à certains signes que l'expansion a peut-être atteint un plafond", explique l'institution. Pour la nouvelle chef économiste Laurence Boone nommée le 6 juin dernier, « le paysage a changé par rapport aux dernières prévisions avec plusieurs risques. On observe des divergences à travers le monde », a-t-elle insisté lors de la conférence de presse de rentrée ce jeudi matin.

L'embellie économique mondiale pourrait être de courte durée dans un contexte de tensions accrues au niveau des relations commerciales internationales.

Une croissance revue à la baisse

Si les experts de l'OCDE s'attendent toujours à ce que le rythme de croissance de l'économie mondiale atteigne en 2018 et 2019 son plus haut niveau depuis 2011, ils ne tablent plus que sur une progression de l'activité de 3,7% cette année et l'an prochain dans leurs perspectives économiques intermédiaires.

Dans leurs précédentes projections, les économistes anticipaient une accélération à 3,8% en 2018 et 3,9% en 2019. Laurence Boone a mis l'accent sur les fortes divergences entre les régions qui commencent à apparaître.

« Des écarts de plus en plus marqués se font jour entre les pays et entre les secteurs, à la différence de l'expansion généralisée observée à la fin de 2017. » Au niveau du chômage, « il devrait continuer à baisser mais beaucoup de personnes restent en dehors du marché du travail », a ajouté Laurence Boone.

La politique commerciale de Trump alimente les inquiétudes

Les révisions à la baisse concernent la plupart des pays du G20. Pour les États-Unis, l'organisation a maintenu sa prévision de croissance à 3% pour 2018 et a révisé à la baisse de 0,1 point pour 2019 (2,7% contre 2,8% en mai). La politique fiscale de Donald Trump et l'accélération des dépenses publiques américaines devraient soutenir la croissance à court terme outre-Atlantique par une demande intérieure soutenue et une production pétrolière record. En revanche, le relèvement des droits de douane et les nombreuses incertitudes relatives aux décisions intempestives du chef d'État américain pourraient atténuer la hausse de l'investissement. La normalisation de la politique monétaire menée par la Fed devrait se poursuivre, prévoit l'OCDE.

Pour la Chine, les prévisionnistes anticipent un lent ralentissement de la croissance qui devrait passer sous la barre des 6,5% en 2019 contre 6,7% en 2018. Ce coup de frein peut s'expliquer par un affaiblissement de l'investissement dans les infrastructures et un ralentissement de la hausse du crédit. Au niveau des tensions commerciales, les effets ont été, pour l'instant, modestes en raison notamment de la dépréciation de la monnaie qui a permis d'atténuer le relèvement des droits de douanes.

La croissance marque le pas en zone euro

En zone euro, la croissance du PIB a déjà ralenti au cours du premier semestre 2018 et ce ralentissement devrait se poursuivre dans les mois à venir. Les prévisionnistes expliquent ce coup de frein par un fléchissement de la demande extérieure qui a eu des répercussions sur l'ensemble de l'industrie. La croissance devrait s'élever à 2% en 2018 contre 2,5% en 2017 et 1,9% en 2019. La demande intérieure devrait encore être dynamique grâce à une politique monétaire accommodante, une politique budgétaire "modérément expansionniste", de  "fortes créations d'emploi" et des conditions de financement favorables.

À l'intérieur de la zone monétaire, la croissance de l'Allemagne devrait également ralentir passant de 2,5% en 2017 à 1,9% en 2018 et 1,8% en 2019. Pour l'OCDE, cette croissance devrait quand même rester "solide, l'assouplissement budgétaire et le renforcement de la consommation des ménages compensant l'effet de l'affaiblissement de la demande extérieure."  Du côté de la France, l'institution a révisé à la baisse ses prévisions de croissance passant de 1,9% en mai dernier à 1,6% pour 2018 et 1,8% en 2019 (contre 1,9% précédemment). L'OCDE s'aligne ainsi sur les dernières projections de l'Insee et de la Banque de France. En dépit de ces révisions à la baisse, l'organisation basée à Paris note que "l'impact des réformes récentes du système fiscal
et du marché du travail améliorent les perspectives d'emploi et soutiennent l'investissement."

En revanche, l'OCDE est nettement moins optimiste pour l'Italie. La péninsule, qui traverse actuellement une situation politique incertaine, "devrait enregistrer une croissance en repli". La croissance de l'activité devrait atteindre 1,2% en 2018 (1,4% selon les prévisions de mai) et 1,1% en 2019. La hausse des taux d'intérêt et le ralentissement des créations d'emploi devraient peser sur la consommation des ménages.

Inquiétudes chez les émergents

La multiplication des tensions dans les pays émergents suscitent de vives inquiétudes chez les économistes actuellement. En Argentine, les projections de croissance se sont fortement dégradées ces derniers mois. Après une croissance à 2,9% en 2017,  l'économie argentine pourrait connaître la récession cette année (-2,9%). L'accélération sensible de l'austérité budgétaire et le durcissement de la politique monétaire pourraient avoir des conséquences très néfastes sur la demande intérieure. La dépréciation du peso pourrait profiter aux exportateurs, mais le PIB devrait tout de même reculer cette année et stagner en 2019. Pour l'avenir, les experts demeurent pessimistes.

"En cas de poursuite de la volatilité des taux de change et d'échec du rétablissement de la confiance, les résultats pourraient même être encore plus médiocres."

Au Brésil, la crise politique et la corruption que traverse actuellement le pays semblent miner la confiance des milieux économiques. Le rythme de la reprise a clairement ralenti même si l'OCDE anticipe une croissance supérieure en 2018 (1,2%) par rapport à 2019 (1%). L'issue de l'élection présidentielle, qui doit se tenir le 7 octobre prochain, devrait être déterminante pour l'avenir économique de ce pays.

Le protectionnisme pèse

L'escalade des tensions commerciales entre les États-Unis, la Chine et l'Union européenne préoccupe les économistes du château de la Muette (siège de l'OCDE). Si jusqu'à présent, l'impact direct des restrictions commerciales a été relativement limité, des changements nets ont été observés dans les échanges extérieurs du commerce mondial et sur les prix dans certains secteurs (acier, automobiles). Pour l'OCDE, une intensification de ces restrictions dans un futur proche aurait des conséquences désastreuses sur les relations commerciales :

"Un regain général de tensions commerciales, telles qu'en produirait l'application plus large de mesures tarifaires dans les secteurs faisant habituellement l'objet de différends commerciaux, aurait des effets néfastes majeurs sur les échanges internationaux et porteraient un coup à la production et au revenu des ménages dans les économies imposant ces mesures restrictives."

Des facteurs de vulnérabilité

Dix ans après la chute de Lehman Brothers, l'OCDE souligne que si les banques sont mieux capitalisées, il reste tout de même de forts niveaux d'endettement à la fois dans le secteur public et le secteur privé.

« Les réformes ont renforcé le système bancaire mais les risques se sont déplacés vers des institutions non-bancaires qui sont moins étroitement régulées », a-t-elle prévenu.

Le niveau de vie par habitant dans la majorité des économies avancées et émergentes n'a toujours pas retrouvé son niveau d'avant crise.

Lire aussi : Banques : les créances douteuses restent un problème en zone euro

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Commentaires
a écrit le 20/09/2018 à 19:53 :
Y'a quand même un vrai problème franco français apparu au cours du quinquennat de Hollande et qui se poursuit avec Macron : les reprises y sont plus tardives que dans les pays comparables, les ralentissements plus précoces et les hauts de cycle moins élevés qu'ailleurs...
Réponse de le 21/09/2018 à 7:44 :
Cher Bruno, c'est lié au prix de l'énergie; il faudra bien le reconnaitre. Voir (et appliquer) la note n°6 du CAE, page 12. Merci.
Réponse de le 21/09/2018 à 11:08 :
@Gépé : effectivement le prix de l'énergie est très élevé en France en raison d'une véritable boulimie fiscale à prétexte environnemental. Les USA, où l'énergie est moins chère, parvient à de meilleurs résultats en termes de croissance...
Réponse de le 21/09/2018 à 13:34 :
Cher Bruno, je pense au contraire que l'énergie est très bon marché comparé au cout du travail. Il faut établir une comparaison avec les pays européens, la Suède et l'Allemagne en particulier. Il faut répartir les charges sociales sur le travail et sur l'énergie (note n°6). Ceux qui sont favorables à cette thèse ne s'expriment pas ou ne sont pas compris. Voyez les écrits de JM Jancovici.
Réponse de le 21/09/2018 à 21:04 :
@Gépé : en Allemagne seule l'électricité est plus chère qu'en France, du fait du choix de l'arrêt du nucléaire et d'investissements colossaux sur le renouvelable qu'il faut bien financer. Les énergies fossiles, le gaz (en particulier pour les entreprises), le charbon, les carburants y sont nettement moins chers qu'en France. A propos, le gaz pour les industriels en France est le second le plus cher de l'UE après la Suède. On ne peut pas dire que l'énergie très chère que nous subissons en France nous apporte le moindre bénéfice économique. Et si vraiment vous trouvez le prix du travail trop élevé par rapport à celui de l'énergie en France, peut être est-ce du côté du prix du travail qu'il y a quelque chose à faire. Rien ne justifie que le coût du travail en France soit supérieur à ce qu'il est en Allemagne (d'environ 10%), ni en Italie (d'environ 25%), ni en Espagne (de 50%) voire même en République tchèque (+270%). Pas étonnant que la production française se cantonne désormais de plus en plus au seul secteur du luxe, c'est à dire de produits qui dégagent une marge énorme.
a écrit le 20/09/2018 à 16:16 :
3.7% à savoir les crèves la faim d'europe de l'est, entre autres bien sûr, qui grace au travail détaché peuvent venir concurrencer des salariés européens pour 300 euros par mois.

C'est bien les gars mais je vous la laisse votre "croissance"...

"L'escalade des tensions commerciales entre les États-Unis, la Chine et l'Union européenne préoccupe les économistes du château de la Muette"

Non c'est le protectionisme de TRump (attention mot tabou en néolibéralisme car dedans ya "protection" !) qui inquiète les néolibéraux et même les libéraux, comme si la Chine était crédible en tant que marché globalisé.

Au secours.

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