Deux entreprises finlandaises auraient fait entrer illégalement 3.500 drones en Russie

Deux entreprises finlandaises sont suspectées d'avoir exporté des drones et d'autres produits militaires estimés à plus de trois millions d'euros vers la Russie bélligérante, selon les douanes du pays. Ces livraisons, qui auraient transité par un pays tiers, vont à l'encontre des sanctions européennes imposées à Moscou en représailles de son offensive en Ukraine.
Les drones sont largement employés par la Russie en Ukraine, notamment pour la reconnaissance et la livraison d'explosifs.
Les drones sont largement employés par la Russie en Ukraine, notamment pour la reconnaissance et la livraison d'explosifs. (Crédits : STRINGER)

À la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Union européenne a imposé douze paquets de sanctions à l'État russe. Et notamment l'interdiction d'exporter vers Moscou des technologies et des équipements militaires qui l'aideraient à poursuivre sa guerre. Mais force est de constater que ces mesures ne sont pas toujours respectées. Deux entreprises finlandaises sont en effet suspectées d'avoir envoyé en Russie des drones et d'autres produits militaires, estimés à plus de trois millions d'euros. L'une a supervisé l'achat des produits visés par les sanctions, et l'autre a acheminé les marchandises vers la Russie, selon les douanes finlandaises.

« Il y a en tout six suspects (...) dont l'un est détenu depuis septembre », a déclaré l'agence des douanes finlandaises dans un communiqué ce mardi 5 novembre.

Dans le détail, quelque 3.500 drones auraient ainsi été livrés en Russie. Ces engins sont largement employés par Moscou en Ukraine, notamment pour la reconnaissance et la livraison d'explosifs. Les produits exportés comprenaient aussi des microcontrôleurs, des semi-conducteurs et du matériel de défense conçu pour arrêter les drones. Une enquête sera confiée à un procureur courant décembre.

Transit par un pays tiers

Vraisemblablement, les marchandises envoyées n'ont pas fait directement le voyage entre la Finlande et la Russie. Les autorités soupçonnent que l'exportation avait été approuvée pour un autre pays, mais que le matériel avait fini par être introduit en Russie. Pour ce qui est de l'équipement anti-drone par exemple, l'autorisation avait été donnée pour le Kazakhstan. Ce dernier a annoncé mi-octobre avoir interdit l'exportation d'une centaine de produits vers la Russie, dont des drones et des composants électroniques.

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Cette façon de procéder n'est en tout cas pas nouvelle. Depuis que l'UE a imposé des sanctions à la Russie en représailles de son offensive à l'Ukraine, les exportations mondiales vers les pays d'Asie centrale ont fortement augmenté, laissant supposer que des marchandises sensibles sont transférées via des pays tiers vers la Russie. C'est d'ailleurs pourquoi, dans son paquet de sanctions du mois de juin, les Vingt-Sept ont cherché à réprimer la réexportation via des pays tiers de technologies susceptibles d'être utilisées sur le champ de bataille, telles que les puces électroniques.

Ce n'est d'ailleurs pas la première affaire d'exportation de composants illégaux vers la Russie. Début novembre par exemple, six Russes ont été inculpés aux États-Unis pour ce motif, entre autres. « Ces accusés ont bâti un montage sophistiqué, en violation de sanctions américaines, afin d'alimenter l'effort de guerre de la Russie » en Ukraine, avait dénoncé le procureur fédéral pour le district oriental de New York, Breon Peace. Dans les deux cas, des sociétés basées à Brooklyn avaient servi aux accusés pour se procurer et exporter illégalement des composants électroniques à destination de la Russie.

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Vraie fausse résilience

La Russie ne compte pas uniquement sur ces livraisons. Elle a elle-même progressivement orientée son économie ces derniers mois vers l'effort de guerre. Elle a pour cela considérablement augmenté la production nationale d'armes et de munitions, ce qui a notamment permis au secteur de l'industrie lourde, et de tous ses composants annexes, de récupérer d'importants financements et de commandes de l'État.

D'ailleurs, malgré les sanctions européennes et américaines, le pays arrive à maintenir son économie. La croissance de son produit intérieur brut (PIB) s'est affiché à +5,5% sur un an au troisième trimestre 2023, selon l'estimation publiée mi-novembre par l'agence nationale des statistiques Rosstat, alors qu'elle avait baissé de -3,5% à la même période un an plus tôt.

Reste que si le président Vladimir Poutine répète que la Russie a tenu face aux sanctions, le coût pour l'économie et les finances russes est particulièrement élevé. Depuis plusieurs mois, l'inflation - qui avait flambé l'an passé - est de nouveau à la hausse (+6,7% en octobre) et les autorités ont du mal à l'endiguer. Le taux directeur de la Banque centrale russe a été relevé quatre fois en quelques mois. Parallèlement, les autorités russes ont stabilisé le rouble à un niveau faible, autour de 1 dollar pour 90 roubles, conséquence de l'effet des lourdes sanctions et de rentrées budgétaires en nette baisse issues de la vente des hydrocarbures.

(Avec AFP)

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Commentaires 7
à écrit le 07/12/2023 à 8:45
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Sanctions maximales pour ces chefs d entreprise

à écrit le 06/12/2023 à 14:49
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Finlande: business as usual!

à écrit le 05/12/2023 à 18:42
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L'Europe est vraiment risible, avec son douzième "paquet" de sanctions. Elle pourra en rajouter un treizième, un quatorzième et même un quinzième... La résilience de la Russie a toujours été légendaire.

le 05/12/2023 à 19:21
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@Franck1953 - Le verre est sans doute à moitié vide, mais les sanctions sont un poison à long terme qui dégrade insidieusement l'économie Russe qui est passée en économie de guerre et cela a un coût qui finira par impacter la population Russe qui se ...

le 06/12/2023 à 11:20
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Et vous vous pathétique. Soutenez votre pays ou l Europe si vous yvvivezcvraiment au lieu de soutenir un régime autocratique qui assassine ses opposants … peut être votre rêve .. la Finlande devrait liquides les sociétés incriminées et l’être des d...

le 06/12/2023 à 14:03
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Tellement légendaire que l'URSS s'est effondrée ...

à écrit le 05/12/2023 à 17:20
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C'est rassurant : il reste encore des capacités de production de guerre à l'Ouest. Qui s'agite beaucoup, mais n'arrive pas à fournir l'Ukraine en munitions : on est en plein délire surréaliste.

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