Le président américain s’en est de nouveau pris jeudi au patron de la banque centrale américaine (Fed), Jerome Powell, qui refuse de baisser les taux d’intérêt de l’institution, affirmant : « Il partira si je lui demande. »
[Article publié le 9 décembre 2024 et mis à jour le 18 avril 2025]
Donald Trump peut-il vraiment virer Jerome Powell ? C'est du moins son ambition. Le principal conseiller économique de la Maison-Blanche dit à des journalistes, Kevin Hassett, a, en effet, fait savoir, ce vendredi, que le président américain et son gouvernement étudiaient la possibilité de limoger le président de la Banque centrale américaine (Fed). Ils « continueront à se pencher sur la question », a-t-il précisé.
Jeudi déjà, Donald Trump avait assuré qu'il pouvait forcer au départ le chef de la Fed. « Il partira si je lui demande, il sera parti », avait-il dit à des journalistes dans le Bureau ovale, à côté de la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni. « Je ne suis pas content de lui. Je lui ai fait savoir et si je veux qu'il parte, il partira vite fait, croyez-moi ».
« Il est plus que temps que le mandat de Powell se termine », avait-il écrit sur sa plateforme Truth Social jeudi, alors que le second mandat du président de la Réserve fédérale américaine doit s'achever en mai 2026.
Mais Donald Trump peut-il vraiment limoger Jerome Powell ? Rien n'est moins sûr. Pour tenter de le destituer, le président américain devrait entamer une longue procédure et prouver que ce dernier a commis une faute grave.
« La loi est assez floue sur ce sujet. En effet, le Federal Reserve Act spécifie qu'un président peut révoquer un gouverneur (ce qui pourrait inclure le président de la Fed) pour une "cause" et non pour des différends politiques », expliquait en novembre John Plassard, économiste chez la banque Mirabaud, dans une tribune pour Les affaires.
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« L'interprétation de "for cause" est sujette à de multiples interprétations », ajoutait-il, précisant que, « selon les derniers rapports d'experts », cette notion sous-entendrait « des malversations dans l'exercice de ses fonctions, la divulgation non autorisée de renseignements confidentiels, un comportement personnel inapproprié (harcèlement sexuel par exemple) ou l'omission de s'acquitter des fonctions de son poste ».
Ce ne serait toutefois pas la première fois que Donald Trump met à la porte des dirigeants d'institutions indépendantes. Comme le rappelle Le Monde, le président de la Cour suprême, John Roberts, a autorisé début avril les licenciements des dirigeants du National Labor Relations Board (relations du travail) et du Merit Systems Protection Board (protection des fonctionnaires fédéraux) par l'administration Trump, le temps que leurs recours soient examinés devant les tribunaux. « Je ne pense pas que cette décision s'appliquera à la Fed, mais je ne sais pas », a lui-même réagi Jerome Powell le 16 avril, selon Zonebourse. « C'est une situation que nous suivons de près », a-t-il dit.
Pour rappel, Jerome Powell avait été choisi en 2012 par l'ancien président démocrate Barack Obama pour entrer au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale... Avant d'être promu président en 2017 par Donald Trump, lui-même. Mais depuis, les relations entre les deux hommes se sont détériorées. Lors de son premier mandat déjà, Donald Trump avait, en effet, rompu avec l'usage et commenté les décisions de l'institution.
Donald Trump veut continuer à essayer d'influencer la Fed
À défaut de pouvoir limoger Jerome Powell, Donald Trump entend bien influer sur la politique monétaire de ce dernier. Il aurait « dû baisser les taux d'intérêt depuis longtemps déjà, comme la BCE », la Banque centrale européenne, estimait ainsi le milliardaire cette semaine, l'encourageant à « le faire maintenant ».
Interrogé en octobre à l'Economic Club of Chicago pour savoir s'il maintiendrait le patron de la Fed pour un nouveau mandat, Donald Trump n'avait pas répondu directement à la question, mais avait clairement indiqué qu'il continuerait à essayer d'influencer la Fed, qui prend ses décisions indépendamment de la Maison-Blanche. « Je ne pense pas que je devrais être autorisé à l'ordonner, mais je pense que j'ai le droit de faire des commentaires sur la hausse ou la baisse des taux d'intérêt », avait déclaré le candidat républicain.
En réponse, Jerome Powell avait affirmé en novembre que les décisions de la Fed « ne peuvent être renversées par aucune autre partie du gouvernement hormis le Congrès », avant de déclarer qu'il ne démissionnerait pas, si le nouveau président lui demandait. Quelques jours avant, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion de la Fed, il avait sèchement répondu « non » à une journaliste qui lui demandait s'il envisageait de démissionner. Et avait rappelé que le forcer à partir était « interdit par la loi ».