En Argentine, des mesures d'austérité pour répondre à la crise du peso

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Cette crise ranime les souvenirs douloureux de celle des années 2001-2002 qui avait plongé plusieurs millions d'Argentins dans la pauvreté.
Cette crise ranime les souvenirs douloureux de celle des années 2001-2002 qui avait plongé plusieurs millions d'Argentins dans la pauvreté. (Crédits : Reuters)
Pour stabiliser l'économie et lutter contre le déficit budgétaire, le président argentin Mauricio Macri a annoncé le 3 septembre un plan d'austérité comprenant la suppression d'une dizaine de ministères et l'augmentation des taxes à l'exportation. Grâce à ces mesures, le gouvernement vise l'équilibre budgétaire en 2019.

L'Argentine va devoir encore se serrer la ceinture. Dans un pays où le peso a perdu plus de la moitié de sa valeur sur l'année face au dollar, le président Mauricio Macri a annoncé un plan d'austérité drastique, visant à réduire massivement les dépenses publiques en supprimant des ministères et en taxant les exportations, entre autres.

Ces annonces ont été faites avant la tenue à Washington, ce 4 septembre, d'une réunion entre Nicolas Dujovne, le ministre de l'Économie argentin, et les représentants du Fond monétaire international (FMI) pour négocier le calendrier des versements prévus dans le cadre d'un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans à l'Argentine.

Objectif : un déficit public à 0% du PIB en 2019

Le ministre de l'Économie a ainsi fixé l'équilibre budgétaire comme objectif dès 2019 (c'est-à-dire un déficit public proche de 0% du PIB), alors que l'accord avec le FMI conclu en juin prévoyait de le réduire à 2,7% du PIB cette année, puis à 1,3% en 2019, et de parvenir à l'équilibre en 2020. Le déficit est passé de 6% en 2015 à 3,9% en 2017. L'effort reste donc colossal.

Pour ce faire, il prévoit, entre autres, le retour d'une taxation à la source des exportations et une réduction des investissements et des subventions de la part de l'État, dont la suppression de 12 ministères (sur 22) déjà annoncée par le président de la République.

"L'Argentine traîne depuis 70 ans un déficit chronique. En réduisant le déficit budgétaire, la nécessité d'émettre de la dette diminue. L'unique manière de construire un pays stable et d'éradiquer la pauvreté, est d'assainir nos comptes publics", a souligné le ministre de l'Économie, reconnaissant que "des erreurs" avaient été commises.

Pour le politologue Sergio Berenzstein, "tout ce qui n'a pas été fait de manière programmée et censée va devoir se faire dans l'urgence". Le gouvernement avait déjà pris des mesures de rigueur budgétaire en réduisant les subventions de l'État aux factures de gaz et d'électricité, le nombre d'employés du secteur public et en renonçant à lancer des grands chantiers d'infrastructures.

"On surmontera la crise en prenant soin des plus nécessiteux"

Pour amortir le choc, le président de centre droit a par ailleurs promis, dans un message adressé aux Argentins depuis la Casa Rosada - le siège de l'exécutif -, de renforcer les allocations et les programmes alimentaires, et de plafonner le prix de certains produits de base. L'idée est de "prendre soin des plus nécessiteux" face à une pauvreté "qui va augmenter" sous l'effet d'une inflation supérieure à 30%.

"Nous devons faire face à un problème de base : ne pas dépenser plus que ce que nous avons, nous devons tous faire des efforts pour équilibrer les comptes de l'Etat. Nous allons demander à ceux qui en ont la plus grande capacité de contribuer, ceux qui exportent (...) Nous savons qu'avec cette dépréciation du peso, le pauvreté va augmenter (...) On surmontera cette crise en prenant soin des plus nécessiteux."

Une économie au ralenti, avec une inflation de 30%

Pour Edward Glossop, économiste de l'institut britannique Capital Economics, les mesures annoncées "vont accélérer le programme d'austérité, mais elles ne répondent pas suffisamment aux attentes."

"L'attention se porte désormais sur la réunion avec le FMI qui pourrait demander des coupes budgétaires plus agressives".

En plus de la crise monétaire et de l'inflation élevée, l'économie tourne au ralenti. Le gouvernement prévoit une récession en 2018, avec un recul du PIB de 1%, après une croissance de près de 3% en 2017. L'inflation devrait dépasser les 30% en 2018. D'après ING Economics, si avec ces annonces, l'Argentine n'arrive pas à stopper la chute de la monnaie, "il sera nécessaire d'envisager d'autres options plus drastiques, comme par exemple le contrôle des capitaux".

L'action que le gouvernement "a été contraint d'adopter pour contrer la crise monétaire pourrait approfondir la récession, le PIB pourrait reculer de 2% en 2018", avertit ING.

Le spectre la crise des années 2001-2002 couve : elle avait plongé plusieurs millions d'Argentins dans la pauvreté. La baisse du pouvoir d'achat est généralisée dans ce pays de 41 millions d'habitants, où les mécanismes de revalorisation des salaires ont dans la plupart des cas un temps de retard sur l'inflation. Une grève générale est annoncée pour le 25 septembre.

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 04/09/2018 à 10:21 :
Ailleurs :

Les touristes habitués à visiter la Suède ont été surpris à plus d’un titre, cet été. A l’instar de la canicule ayant sévi en France une bonne partie du temps, les températures de cette destination septentrionale y ont en effet flirté avec les standards méditerranéens. Par ailleurs, la devise suédoise a continué de s’affaiblir, dernièrement. Elle s’est en effet dépréciée de plus de 4% face à l’euro depuis son pic du 15 juin, portant ainsi à presque 8% sa chute depuis début janvier. Et ce, après s’être déjà dépréciée de près de 17% face à la monnaie unique entre le pic d’août 2012 et fin 2017.
La fragilité de la couronne suédoise s’explique en partie par des données conjoncturelles sur l’inflation plus faibles que prévu,
a écrit le 04/09/2018 à 9:53 :
Voilà, où les soldats néolibéraux, comme le mac en france, imposent tous la même dictature oligarchique à savoir: "Nous sommes incompétents à pouvoir diriger un pays du coup nous vous faisons payer notre incompétence !"

Elle est pas belle la vie !? C'est au moins une autocratie.

Comment s'étonner qu'avec des "adversaires" aussi peu éclairés Trump et les états unis exultent en ce moment ?

Notre profonde faiblesse liée à la compromission généralisée entre politiciens et hommes d'affaires fait déjà la plus grande force des américains.

Vite un frexit.

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