Ces jours-ci, au café-bar Avenida, niché dans une ruelle de Monterroso, les conversations tournent autour d'un seul et même sujet : ces 125 migrants, originaires du Mali mais aussi du Sénégal et de Guinée, qui logent depuis un mois dans le seul hôtel que compte le bourg. Forcément, pour les 3 600 habitants de ce village rural de Galice, voir débarquer chez eux ces hommes âgés de 20 à 40 ans qui, six mois plus tôt, avaient accosté aux Canaries à bord de pirogues parties d'Afrique subsaharienne, a été un petit choc.
L'effet de surprise passé, ces demandeurs d'asile sont finalement bien acceptés. Certains dans le village les considèrent même comme une chance. Ici, la moyenne d'âge frôle les 50 ans et le manque de main-d'œuvre est criant, notamment dans le secteur agricole et les services. « C'est bien qu'ils soient là, et s'ils travaillent c'est encore mieux, affirme Paulina en sirotant son café au lait. Même si seulement la moitié d'entre eux décident de rester, ça va nous faire du bien. » José Ramón, accoudé au comptoir, aimerait aussi que ces nouveaux venus se sédentarisent. Le garagiste avoue qu'il aurait bien besoin d'un coup de main pour les vidanges. Mais il doute que cela arrive : « Dès qu'ils auront des papiers, prophétise-t‑il, ils vont filer vers le nord, vers la France, ne serait-ce que pour la langue. »