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Paiement du gaz russe en roubles : le géant italien Eni se plie aux exigences de Poutine

latribune.fr

Publié le 17 mai 2022 à 15:00 - Mis à jour le 17 mai 2022 à 15:02

Grtgaz appelle a remplir les stockages souterrains de gaz

Photo d'illustration

THOMAS PETER

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Détenu à plus de 30% par l'Etat italien, le géant énergétique Eni a annoncé mardi sa décision d'ouvrir un compte en euros et un autre en roubles auprès de Gazprombank afin d'honorer ses paiements de fourniture de gaz russe dus "dans les prochains jours", se pliant ainsi aux exigences de Moscou. Le groupe italien, contrôlé à 30,3% par l'Etat, semble ainsi prendre le contrepied des recommandations de la Commission européenne, selon laquelle l'ouverture d'un compte en roubles constituerait une violation des sanctions et entraînerait des procédures d'infraction de la part de Bruxelles.

La Russie gagne son bras de fer avec l'Italie. Ce mardi, Eni, le groupe énergétique italien détenu à 30,3% par l'Etat italien, a annoncé sa décision d'ouvrir un compte en euros et un autre en roubles auprès de Gazprombank afin d'honorer ses paiements de fourniture de gaz russe livrables "dans les prochains jours". Une exigence de Vladimir Poutine.

"L'obligation de paiement peut être remplie par le transfert d'euros" et la nouvelle procédure "ne devrait pas être incompatible avec les sanctions existantes" à l'égard de Moscou imposées par la Commission européenne, assure Eni. Pour rappel, le gaz russe représente 40% des besoins en gaz de l'Italie.

Un contrepied aux recommandations de Bruxelles

Pas sûr que cela passe. Bruxelles estime en effet que l'ouverture d'un compte en roubles constitue une violation des sanctions et entraînerait des procédures d'infraction de la part de Bruxelles.

"Tout ce qui va au-delà des orientations" données par la Commission aux Etats membres "contreviendrait aux sanctions", avait déclaré son porte-parole Eric Mamer quelques heures avant l'annonce d'Eni.

Ces indications consistent à "ouvrir un compte en devises prévu par le contrat, de faire un paiement dans cette devise et de faire une déclaration en disant que cela clôt le paiement pour la livraison de gaz concernée", a-t-il précisé.

Selon Eni, les autorités russes ont confirmé que "la facturation et le paiement continueront d'avoir lieu en euros" - la devise convenue par les contrats -, et "un opérateur de la Bourse de Moscou effectuera la conversion en roubles dans les 48 heures sans intervention de la Banque centrale de Russie".

Un décret du Kremlin a introduit une nouvelle procédure de paiement en deux phases, avec d'abord un versement sur un compte de Gazprombank en euros ou dollars, puis la conversion en roubles sur un second compte ouvert auprès du même établissement. Dans un premier temps, ce mécanisme de conversion supposait une transaction avec la Banque centrale russe, que le régime des sanctions de l'UE interdit.

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Lire aussi 6 mnPoutine crée une usine à gaz pour faire payer ses clients en roubles

Rupture des contrats

Cette annonce intervient alors que la Russie a récemment coupé ses livraisons de gaz à la Pologne et la Bulgarie, en raison de leur refus de payer avec la devise russe. Alors que Bruxelles refuse les paiements en roubles, la Commission européenne et la présidence française du Conseil ont averti début mai que les pays de l'UE devaient se préparer à une rupture dans ses approvisionnements. A leurs yeux, payer en roubles constitue "une modification unilatérale et injustifiée des contrats et il est légitime de la rejeter", avait déclaré la commissaire à l'Énergie Kadri Simson.

"97% des contrats (conclus par les entreprises européennes) spécifient la devise pour le paiement et il s'agit soit de l'euro, soit du dollar américain", avait-elle précisé.

Kadri Simson avait par ailleurs affirmé ne pas avoir connaissance d'ouverture de comptes en roubles. "Des paiements sont prévus pour la mi-mai et la majorité des entreprises respecteront les règles des contrats", avait-elle assuré.

Représailles de Moscou contre la Pologne et la Bulgarie

Plusieurs Etats membres avaient demandé des clarifications sur le paiement en roubles par le biais de l'ouverture d'un compte spécial. La Pologne et la Bulgarie avaient réglé leurs achats dans la devise prévue dans leurs contrats avec Gazprom, le géant gazier russe, et ont refusé d'ouvrir un second compte en roubles. La compagnie gazière russe a en rétorsion suspendu ses livraisons, considérant que le règlement n'avait pas été effectué.

Divergences européennes sur un embargo sur le pétrole russe

Les divergences européennes concernent également le pétrole. Ce lundi, le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a déploré le blocage de l'embargo pétrolier européen par la Hongrie, mais il s'est dit confiant dans son adoption et a appelé les  Etats membres de l'UE à "tuer les exportations russes" pour empêcher Poutine de financer la guerre contre son pays.

"Le sixième paquet de sanctions de l'UE doit inclure un embargo pétrolier et je suis désolé que cette décision tarde a être adoptée", a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion à Bruxelles avec ses homologues de l'UE.

"Un seul pays continue de bloquer", a-t-il souligné. "Mais il ne m'appartient pas de dire au Premier ministre hongrois Viktor Orban comment il doit agir", a poursuivi Dmytro Kouleba.

La Hongrie a chiffré lundi à 15-18 milliards d'euros le coût d'un arrêt de ses achats de pétrole russe pour expliquer sa demande d'exemption des approvisionnements par oléoduc du projet d'embargo pétrolier de l'UE.

Pour Vladimir Poutine, il est impossible pour certains pays européens d'abandonner rapidement le pétrole russe, comme le souhaite l'Union européenne.

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"Il est évident que certains États de l'Union européenne, dont la part des hydrocarbures russes dans le bilan énergétique est particulièrement élevée, ne seront pas en mesure de le faire avant longtemps, de se passer de notre pétrole", a déclaré le chef du Kremlin, ajoutant qu'en abandonnant les approvisionnements énergétiques russes, l'Europe risquait d'acquitter les tarifs les plus chers au monde à long terme, tandis que la compétitivité de son industrie serait sapée.

latribune.fr

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