Face au risque de récession, la Banque centrale russe abaisse fortement son taux directeur
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L’institution estime que « l’économie continue de revenir à une trajectoire de croissance équilibrée ».
SHAMIL ZHUMATOV
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L’institution estime que « l’économie continue de revenir à une trajectoire de croissance équilibrée ».
SHAMIL ZHUMATOV
L'économie de guerre, mise en place par le Kremlin, est-elle en train de se fragiliser davantage que prévu ? Malgré une inflation persistante, la Banque centrale russe (BCR) a abaissé vendredi à 18% son taux directeur, de deux points. Il s'agit de sa baisse la plus marquée depuis 2022, face à des craintes grandissantes d'un ralentissement de l'économie du pays.
L'inflexion de la BCR est d'autant plus notable que celle-ci est fervente défenseuse de la rigueur monétaire et du maintien de taux élevés. Ce que rejette une partie du gouvernement. Cet abaissement marque l'ascendant pris par le Kremlin, inquiet de maintenir la croissance et les investissements pour son projet à long terme de conquêtes territoriales.
« Les pressions inflationnistes actuelles, y compris les pressions sous-jacentes (celles des prix les plus volatils, ndlr), diminuent plus rapidement que prévu. La croissance de la demande intérieure ralentit », a justifié la BCR dans un communiqué annonçant sa décision.
Autrement dit, l'institution accepte de maintenir les investissements et la consommation, tandis que l'économie russe est sous le coup de 18 paquets de sanctions qui visent de plus en plus à rogner les revenus pétroliers et gaziers du Kremlin. Fin juin, l'UE s'est mise d'accord pour abaisser à 47,6 dollars le baril du plafond du prix du pétrole russe mis en place par le G7.
« Le rebond artificiel post-2022 est désormais terminé, avec un ralentissement économique perceptible dès la fin 2024 et une contraction attendue au début 2025 », ont observé dans une note début juillet des experts de l'institut Bruegel, enseignants notamment à Kiev en Ukraine, laquelle subit l'offensive russe.
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Dans leur note, ils constatent que si le PIB russe est toujours en croissance, les marges de manœuvre financières se réduisent : le stock de liquidités du fonds souverain est inférieur au déficit anticipé, et la dépendance à la dette domestique s'accroît faute d'investisseurs étrangers.
« L'économie civile souffre d'une panne d'investissement, aggravée par des nationalisations, la fuite des capitaux étrangers et le manque d'intérêt d'investisseurs nouveaux, même chinois », écrivent-ils.
La BCR est donc prise entre le marteau d'une hausse des taux, pour éteindre l'inflation et la consommation en berne, et l'enclume de l'investissement où l'argent emprunté coûte plus cher.
L'abaissement des taux est un tournant car la BCR avait, à l'inverse, relevé son taux directeur à un très haut niveau, à 21%, en octobre dernier et l'avait maintenu à ce niveau jusqu'au mois dernier, lorsqu'elle l'avait ramené à 20%.
Mais les taux d'intérêt exorbitants ont durement touché les entreprises sur fond de pénuries de main d'oeuvre. Certains des plus grands chefs d'entreprises du pays font pression sur la Banque centrale pour qu'elle assouplisse sa politique monétaire.
Le régulateur prévoit toutefois que les taux d'intérêts resteront élevés en 2025, ne prévoyant une baisse de l'inflation à son objectif de 4% qu'à partir de 2026.
L'institution a aussi estimé que « l'économie continue de revenir à une trajectoire de croissance équilibrée ».
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En dépit des sanctions occidentales la visant, la Russie a affiché une forte croissance économique en 2024, principalement grâce aux dépenses massives de l'État en matière de défense, qui devraient encore augmenter de près de 30% en 2025.
(Avec agences)
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