Le gouverneur par intérim de la région de Koursk (Russie) a déploré, ce lundi, 12 civils morts et plus de 120.000 personnes évacuées en raison de l'offensive de l'armée ukrainienne. L'Ukraine veut déplacer la guerre sur le terrain russe pour tenter de contrôler certains territoires qui pourraient lui servir lors de discussions politiques en cas de négociations de paix.
[Article publié dimanche 11 août à 14h57 et mis à jour le lundi 12 août à 18h48]
C'est une offensive ukrainienne qui a surpris la Russie. L'Ukraine a revendiqué ce lundi le contrôle de 1.000 kilomètres carrés de territoire russe dans la région frontalière de Koursk, où ses forces sont toujours à l'offensive près d'une semaine après y avoir lancé une incursion armée.
« Nous continuons à mener des opérations offensives dans la région de Koursk. A l'heure actuelle, nous contrôlons environ 1.000 km2 du territoire de la Fédération de Russie », a déclaré le commandant de l'armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, lors d'une réunion avec le président Volodymyr Zelensky.
L'opération ukrainienne, que l'armée russe essaie de repousser depuis six jours, s'étend sur une zone de 12 kilomètres de profondeur et 40 kilomètres de largeur, avait auparavant déclaré le gouverneur par intérim, Alexeï Smirnov. Les forces ukrainiennes occupent 28 localités dans la zone, selon les Russes.
Selon Alexeï Smirnov, quelque 121.000 personnes ont été évacuées de la région en raison de l'offensive militaire ukrainienne. « A ce jour, 121.000 » personnes « sont parties ou ont été évacuées » de la région de Koursk, a précisé Alexeï Smirnov, lors d'une réunion présidée par Vladimir Poutine, retransmise à la télévision russe. Il a aussi fait état d'un lourd bilan humain : 12 civils ont été tués et 121 blessés « dont dix enfants ». L'Ukraine, pour sa part, a demandé l'évacuation d'au moins 20.000 civils de la région de Soumy.
La Russie a également annoncé, ce lundi, l'évacuation des habitants d'un district dans la région de Belgorod, frontalière de l'Ukraine. « La matinée s'annonce alarmante chez nous : il y a des activités ennemies à la frontière du district de Krasnoïaroujski », a déclaré dans une vidéo sur Telegram le gouverneur de la région de Belgorod, Viatcheslav Gladkov.
Dans la nuit de dimanche à lundi, les forces russes ont par ailleurs « détruit » un total de 18 drones d'attaque ukrainiens dans trois régions de l'Ouest russe (Koursk, Belgorod et Voronej), selon un communiqué du ministère de la Défense diffusé sur Telegram et qui ne fait pas mention d'éventuels dégâts ou blessés.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
« La tâche principale du ministère de la Défense est sans aucun doute d'expulser l'ennemi de nos territoires », a déclaré Vladimir Poutine, lundi, lors d'une réunion diffusée à la télévision russe aux côtés de responsables des forces de sécurité.
Dans un communiqué, l'armée russe a indiqué, dimanche, avoir empêché « des tentatives de percées » de « groupes mobiles de blindés » ennemis près des localités de Tolpino, de Jouravli et d'Obchtchi Kolodez, situées à environ 30 kilomètres à vol d'oiseau de l'Ukraine. Selon cette source, ces avancées ont été arrêtées, lors des dernières 24 heures, par des frappes aériennes, de drones et d'artillerie et l'envoi de réserves du groupement « Nord », déployé dans la région ukrainienne de Kharkiv.
L'armée russe affirme également avoir frappé avec des missiles l'artillerie des troupes ukrainiennes près des localités de Soudja, Korenevo, Staraïa Sorotchitsa et Borki, ainsi qu'avoir empêché une percée dans le district de Belovski, plus à l'est.
Attaque surprise de l'Ukraine
Face à cette attaque surprise, la Russie a dépêché des renforts et instauré un régime « antiterroriste » dans trois régions frontalières de l'Ukraine, dont celle de Koursk. L'incursion vise à « étirer » les forces de Moscou et à « déstabiliser » la Russie, selon un haut responsable ukrainien interrogé samedi soir par l'AFP. D'après cette source, « des milliers » de soldats ukrainiens participent à cette offensive.
Et après des jours de silence sur l'opération, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, en a pour la première fois reconnu l'existence dans son allocution quotidienne samedi soir, expliquant que Kiev cherchait à « déplacer la guerre sur le territoire de l'agresseur ».
La Russie prépare sa riposte
L'attaque a « pris les Russes au dépourvu » et « a vraiment renforcé notre moral, celui de l'armée ukrainienne, de l'Etat et de la société » épuisés par deux ans et demi d'invasion, a expliqué un responsable ukrainien.
Tôt ou tard, la Russie va « arrêter » les unités ukrainiennes dans la région de Koursk mais, si « au bout d'un certain temps, elle n'arrive pas à reprendre ces territoires, ils pourront être utilisés à des fins politiques », par exemple, lors de négociations de paix, a-t-il jugé. Il a affirmé que la Russie préparait une attaque massive de missiles contre des « centres de décision » en Ukraine pour riposter à cette offensive.
Les alliés occidentaux de l'Ukraine ont été prévenus de l'incursion, a-t-il par ailleurs assuré. « Vu que l'armement occidental est activement utilisé » dans cette opération, « nos partenaires occidentaux ont indirectement participé à sa planification », a-t-il dit.
Ce responsable a par ailleurs affirmé que les militaires engagés dans cette incursion respectaient le droit humanitaire international et qu'ils n'avaient pas l'intention d'annexer les zones qu'ils occupent actuellement.
La Chine appelle à la désescalade
Pékin a appelé, ce lundi, à la désescalade au moment où l'Ukraine mène ces derniers jours une opération d'envergure dans la région frontalière russe de Koursk, qui semble avoir pris au dépourvu le Kremlin.
« La Chine appelle toutes les parties à [...] la désescalade », a indiqué le ministère chinois des Affaires étrangères, soulignant dans un communiqué la nécessité pour chaque partie au combat de« ne pas étendre le champ de bataille, ne pas intensifier les combats et ne pas jeter d'huile sur le feu ».
Pékin plaide régulièrement pour l'arrêt des combats en Ukraine. Cette position est controversée car cela reviendrait, selon les Occidentaux, à permettre à la Russie de consolider ses gains territoriaux.
Un incendie s'est déclaré, dimanche soir, dans le système de refroidissement de la centrale nucléaire ukrainienne à l'arrêt de Zaporijia, occupée par les forces armées russes. Kiev et Moscou se sont accusés mutuellement d'en être responsable.
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a indiqué qu'il n'y avait « pas d'impact sur la sûreté nucléaire », tout en dénonçant une nouvelle fois des « attaques irresponsables qui (...) augmentent le danger d'un accident nucléaire ». Le responsable de l'administration mise en place par les Russes dans la région, Vladimir Rogov, a indiqué tôt ce lundi que l'incendie avait été « complètement éteint ».