Insécurité alimentaire: l'UE s'attend à un afflux massif de réfugiés à ses frontières
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Frontex, l'agence européenne chargée du contrôle des frontières de l'Union européenne, a lancé hier, lundi, un avertissement très clair: avec la crise alimentaire mondiale qui s'est largement aggravée depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Union européenne doit s'attendre à affronter une nouvelle crise migratoire massive. Et elle sera bien différente de la récente vague de réfugiés ukrainiens pour laquelle l'agence s'était bien préparée, a expliqué sa directrice par intérim, Aija Kalnaja, la crise alimentaire touchant bien d'autres régions du monde.
Pour rappel, après des décennies de baisse, la faim dans le monde progresse à nouveau depuis l'année 2014 et s'accélère depuis trois ans. Les causes de l'insécurité alimentaire mondiales sont multiples: les phénomènes climatiques extrêmes (incendies, pluies diluviennes) qui affectent les rendements agricoles, mais également les crises économiques en cascade (comme au Sri Lanka), les crises sanitaires comme la pandémie de Covid, et les conflits armés comme celui qui se déroule en Ukraine.
Dans ce pays, un des plus gros exportateurs mondiaux de céréales, on voit s'accumuler les perturbations sur les semailles, les récoltes mais aussi sur l'acheminement des céréales, avec le blocage russe des ports ukrainiens sur la mer Noire (environ 20 millions de tonnes de céréales y sont bloquées). Moscou affirme qu'elle autorisera les navires ukrainiens chargés de produits alimentaires à appareiller si l'armée ukrainienne démine ses ports, ce que Kiev, qui craint pour la sécurité de ses côtes de la mer Noire, refuse d'envisager. Une situation qui a aggravé la flambée des prix sur les marchés mondiaux.
Lundi également, à Bruxelles, la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson embrayait sur le même ton que la directrice par intérim de Frontex, expliquant que l'Union européenne se prépare à une probable vague d'arrivées de réfugiés pour les mêmes raisons évoquées plus tôt dans la matinée par Frontex et précisant que l'Union veut éviter une « crise à ses frontières ». Lors de cette conférence de presse donnée à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'Intérieur à Prague, la commissaire suédoise a aussi posé les premiers jalons d'une prise en compte du problème à la racine :
Elle reconnaît qu'il s'agit « bien sûr » d'un « énorme défi », pour en préciser aussitôt le point saillant, notamment, qu'il sera difficile de s'y préparer car « personne ne peut prédire » actuellement le nombre d'arrivées. Et elle appelle les Etats-membres à se saisir du problème au plus tôt, à anticiper, pour conjurer cette imprévisibilité :
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Et ajoute que le travail a déjà commencé, la Commission et les Etats-membres s'activant à élaborer des « plans de contingence » pour faire face à ces arrivées de réfugiés.
« Mais bien sûr nous essayons d'éviter cela, en nous mettant en contact avec des pays partenaires », a poursuivi la commissaire, qui doit signer vendredi à Bruxelles un « partenariat de lutte contre le trafic » de migrants avec le ministre nigérien de l'Intérieur Hamadou Adamou Souley.
Le Haut Commissaire aux réfugiés de l'ONU Filippo Grandi a également averti en juin que sans réponse à la crise alimentaire provoquée par la Russie, le record de 100 millions de personnes déplacées dans le monde allait encore grossir, évoquant « un grand nombre ».
La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine le 24 février a provoqué une vague de réfugiés en provenance de ce pays -sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale- qui a poussé l'UE à leur octroyer un statut de protection temporaire inédit.
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Un total de 6,7 millions d'Ukrainiens sont entrés dans l'UE depuis le début de l'offensive, mais quelque 3 millions sont rentrés dans leur pays, selon Ylva Johansson qui a estimé à « entre 3,2 et 3,7 millions » le nombre de réfugiés ukrainiens se trouvant actuellement dans l'UE. Parmi les pays d'accueil, la Pologne est le pays d'UE qui en a pris en charge le plus (1,2 millions) en valeur absolue, tandis que la République tchèque est le pays qui en accueille le plus par rapport au nombre d'habitants (près de 400.000).
(avec AFP)
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