La Tribune - Quelle est la principale cause du risque de pénuries au niveau mondial : la guerre en Ukraine, qui empêche l'exportation des céréales stockées dans le pays et met en danger les productions à venir, comme l'affirment les dirigeants occidentaux, ou les sanctions prononcées par l'Occident contre la Russie, comme l'affirme le président russe Poutine ?
Diane Mordacq - Les deux facteurs contribuent sans doute à une réduction des quantités de produits agricoles et alimentaires sur le marché, mais c'est difficile d'identifier une cause principale. Ce qui est sûr, c'est que 25 millions de tonnes de céréales destinées à être exportées sont toujours bloquées en Ukraine, et qu'on ne sait pas si ces 25 millions de tonnes, qui devraient ressortir dans environ un mois de la nouvelle campagne agricole, pourront quitter le pays.
Du côté russe, les sanctions occidentales, ainsi que les effets de la guerre sur le budget du pays, causent un manque de liquidités qui affecte les chaînes d'approvisionnement et les exportations. Mais il ne faut pas oublier que l'accusation "d'affamer le monde" a déjà été utilisée contre les Occidentaux par la Russie lors de la guerre en Syrie. Or, il a finalement été prouvé que c'était le gouvernement syrien, avec le support russe, qui limitait les ressources alimentaires accessibles à la population, en s'opposant par exemple à l'ouverture de corridors humanitaires destinés à fournir de la nourriture. L'objectif était de permettre ensuite à la Russie, lorsqu'elle distribuait l'aide alimentaire, de se mettre en scène en tant que libératrice du peuple affamé par l'Occident. Il faut donc être très vigilant sur les montages qui peuvent être faits et sur comment l'arme alimentaire - puisque l'alimentation devient de plus en plus une arme à part entière - peut être utilisée. En outre, on ne dispose pas de données fiables sur les stocks russes, car ce sont des informations stratégiques que les pays ont parfois intérêt à ne pas dévoiler.