Hommes d'affaires et dirigeants d'entreprises du monde entier se retrouvent à partir de ce mardi en Arabie saoudite pour un important forum d'investisseurs. Les autorités saoudiennes veulent en profiter pour mettre en avant leur ambitieux programme de réformes et attirer de nouveaux investissements. Mais les craintes d'un embrasement du conflit au Moyen-Orient risquent de monopoliser l'attention.
[Article publié le mardi 29 octobre 2024 à 9h48, mis à jour à 17h06] On le surnomme le « Davos du désert », en référence au forum économique mondial qui se tient chaque mois de janvier en Suisse. Le Future Investment Initiative (FII) s'ouvre ce mardi, non pas dans le décor des montagnes alpines mais dans celui des dunes de sable de la capitale de l'Arabie saoudite, Ryad. Pendant trois jours, des hommes d'affaires et dirigeants d'entreprises du monde entier vont s'y retrouver pour parler business. Plus de 7.000 personnes sont attendues pour cette huitième édition. Dont le patron de TikTok, Shou Zi Chew, ou les dirigeants de Citigroup et de Goldman Sachs, pour ne citer qu'eux.
Comme l'année précédente, les travaux devraient être dominés par le conflit au Moyen-Orient. « La nature prolongée de la guerre Israël-Gaza, la nouvelle invasion du Liban, et les inquiétudes sur une escalade du conflit à l'échelle régionale » seront au cœur des discussions, a affirmé à l'AFP Robert Mogielnicki, du groupe de réflexion Arab Gulf States Institute, basé à Washington. En 2023, le FII s'était tenu quelques semaines après l'attaque du Hamas en Israël du 7 octobre, qui a déclenché la guerre à Gaza. Les intervenants avaient alors mis en garde contre les conséquences économiques d'une expansion du conflit.
Une prévision confirmée lors de l'ouverture des échanges, où le contexte géopolitique régional a été évoqué. Le Golfe représentait « une lumière dans la région » mais les guerres en cours freinent la croissance, a déclaré le président de la Banque islamique de développement, Mohammed al-Jasser. « Le potentiel (...) est en train de s'évaporer avec tous ces conflits et ce niveau d'incertitude », a-t-il ajouté.
Le ministre de l'Investissement de l'Arabie saoudite, Khaled al-Falih, a lui affirmé que le royaume était inévitablement affecté par les hostilités dans la région. Y compris les attaques des rebelles Houthis du Yémen contre des navires en mer Rouge. « Nous ressentons la douleur qui se manifeste à un niveau humain, et nous constatons les perturbations en mer Rouge », a-t-il précisé.
Reste que l'organisateur de ce forum, le célèbre publicitaire Richard Attias, compte recentrer les échanges sur le cœur du FII. La réunion n'est pas censée se concentrer sur la « politique » mais plutôt sur des investissements d'envergure « pour construire un monde meilleur », rappelle-t-il.
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« Nous sommes une plateforme indépendante et nous ne voulons pas être, excusez-moi l'expression, pollués par des événements politiques », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Ryad mi-octobre.
Et d'ajouter : « Je fais la programmation d'événements depuis 35 ans et j'ai appris une chose : le spectacle doit continuer ». Il a d'ailleurs par le passé organisé le Forum économique mondial de Davos.
Montrer les avancées de Neom...
D'autant que l'un des objectifs du FII depuis sa première édition en 2017 est de servir de vitrine à l'ambitieux programme de réformes « Vision 2030 » de l'Arabie saoudite. Ce plan vise à diversifier l'économie du pays, fondée sur les énergies fossiles, en faisant du tourisme un pilier de son développement. Il est porté par le prince héritier et dirigeant de facto du pays, Mohammed ben Salmane (MBS).
Les autorités saoudiennes vont ainsi profiter de la tenue du forum pour mettre en avant les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ce programme. Notamment Neom, une mégapole futuriste qui doit être dotée d'une station de ski et de deux gratte-ciels. En construction dans le nord-ouest du pays, il a été annoncé dimanche l'ouverture de sa première « vitrine physique ». À savoir Sindalah, une station balnéaire de luxe sur la mer Rouge. Elle «offre aux visiteurs un "premier aperçu" de ce que réserve l'avenir de notre vaste portefeuille de destinations et de développement », a mis en avant son directeur, Nadhmi al-Nasr.
Avec notamment sa marina prévue pour accueillir une flottille de yachts, Sindalah s'étend sur 840.000 mètres carrés. La station balnéaire pourra accueillir jusqu'à 2.400 visiteurs par jour d'ici 2028, précise un communiqué.
Cette ouverture anticipée du premier projet de Neom« vise probablement à embarrasser ses détracteurs, en affirmant au monde que l'Arabie saoudite avance. C'est un message à l'intention des sceptiques », explique à l'AFP Jim Krane de l'université Rice, située au Texas aux États-Unis.
« Il y avait tellement de scepticisme concernant Neom dans les médias occidentaux que les Saoudiens devaient faire quelque chose pour montrer leur sérieux », appuie-t-il.
...et attirer les investisseurs
La pièce maîtresse de Neom reste toutefois The Line. Ce bâtiment aux deux façades en miroir est prévu pour s'étendre sur 170 kilomètres à travers le désert depuis le golfe d'Aqaba. Lorsqu'il l'avait dévoilé en 2022, le prince héritier avait annoncé qu'il abriterait plus d'un million d'habitants en 2030 et neuf millions en 2045. Mais les promoteurs auraient révisé leurs ambitions à la baisse, comme l'a indiqué au printemps dernier l'agence de presse Bloomberg. Ils estiment finalement que 300.000 habitants y vivront à cette date. Et à peine 2,4 kilomètres du projet sera construit d'ici la fin de la décennie.
Les autorités saoudiennes n'ont pas officiellement reconnues ces allégations. Mais le ministre des Finances, Mohammed al-Jadaan, avait indiqué en mai que les « chocs », y compris la guerre à Gaza, avaient poussé les responsables de Vision 2030 à « réévaluer » certains de ses aspects. Quelques mois plus tôt, en décembre, il avait déjà prévenu que le calendrier de certains projets majeurs serait repoussé au-delà de 2030, sans préciser lesquels. Tout en affirmant que d'autres seraient accélérés. Les plans de Neom comprennent en outre une ville industrielle, des ports et des développements touristiques. Il est également prévu d'accueillir les Jeux asiatiques d'hiver en 2029 dans une station de montagne appelée Trojena.
Tout cela a un coût. En 2022, MBS avait déclaré que la première phase de Neom devrait coûter 1,2 trillion de riyals (environ 300 milliards d'euros) d'ici 2030. La moitié de cette somme devrait provenir du Fonds public d'investissement du pays. Et donc le reste d'autres sources. Et quoi de mieux que la venue de milliers de personnes pour le FII pour tenter d'aller chercher de nouveaux investisseurs.
Le fonds saoudien compte réduire ses investissements à l'international
Le Fonds d'investissement public (PIF) d'Arabie saoudite détient actuellement plus de 900 milliards de dollars d'actifs. Une somme qu'il utilise en investissant massivement dans les mégaprojets du pays, comme Neom, mais aussi dans le sport ou les jeux vidéo, un peu partout dans le monde. Du moins jusqu'à maintenant.
Son gouverneur, Yasir al-Rumayyan a indiqué ce mardi que le fonds avait pour ambition de réduire d'environ un tiers la part de ses investissements internationaux. Celle-ci est, de ses dires, passée de moins de 2% à 30% en dix ans. « Notre objectif est désormais de la ramener entre 18 et 20% », a-t-il affirmé.