L'Australie dégèle ses relations avec la Chine, après l'échec des négociations avec l'UE

Dans le détail, les deux dirigeants se sont rencontrés à Pékin à l'occasion d'une visite de quatre jours d'Anthony Albanese en Chine. Xi Jinping a déclaré à ce dernier que Pékin espère « développer pleinement le potentiel du traité de libre-échange entre la Chine et l'Australie et entreprendre une coopération dans de nouveaux domaines dont le changement climatique et l'économie verte ».
« Les échanges commerciaux sont plus libres et cela bénéficie à nos deux pays », a souligné l'Australien.
« Les échanges commerciaux sont plus libres et cela bénéficie à nos deux pays », a souligné l'Australien. (Crédits : STRINGER)

Le président chinois Xi Jinping a assuré que la Chine et l'Australie peuvent devenir des « partenaires de confiance », en recevant ce lundi 6 novembre à Pékin le Premier ministre australien, Anthony Albanese. Une rencontre symbolique du dégel des relations diplomatiques après des années de tensions qui ont freiné les échanges commerciaux.

Lire aussiLe G7 inquiet face aux restrictions commerciales de Moscou et de Pékin

Les deux nations « n'ont pas de griefs historiques ou de contentieux ni de conflits d'intérêts fondamentaux. Et elles peuvent vraiment devenir des partenaires de confiance et réussir ensemble », a déclaré le chef de l'Etat chinois, selon des propos rapportés par la télévision d'Etat CCTV.

Dans le détail, les deux dirigeants se sont rencontrés à Pékin à l'occasion d'une visite de quatre jours d'Anthony Albanese en Chine. Xi Jinping a déclaré à Anthony Albanese que Pékin espère « développer pleinement le potentiel du traité de libre-échange entre la Chine et l'Australie et entreprendre une coopération dans de nouveaux domaines dont le changement climatique et l'économie verte ».

« Alors que certains s'efforcent de causer des troubles dans la région Asie Pacifique, nous devons tout d'abord rester vigilants, et ensuite les combattre », a affirmé le dirigeant chinois.

Des échanges « plus libres »

Au début de sa rencontre avec Xi Jinping, Anthony Albanese, premier dirigeant australien à se rendre en Chine depuis plus de sept ans, a salué l'évolution « incontestablement très positive » des relations bilatérales, selon des propos retransmis par la télévision publique australienne ABC.

« Les échanges commerciaux sont plus libres et cela bénéficie à nos deux pays », a souligné l'Australien.

« Nous pouvons bien évidemment saisir l'occasion aujourd'hui de voir comment renforcer la coopération » entre la Chine et l'Australie, a-t-il déclaré.

Pour rappel, le géant asiatique est le principal partenaire économique de Canberra. Les liens bilatéraux s'étaient toutefois fortement dégradés ces dernières années. En 2018, le gouvernement australien avait exclu le groupe privé chinois Huawei du réseau 5G du pays. En 2020, il avait demandé une enquête internationale sur les origines du Covid-19. Une initiative que Pékin avait jugée politiquement motivée, car émanant d'un proche partenaire des Etats-Unis.

Lire aussiHuawei fait de la résistance

Des différends persistants

Les relations s'étaient également tendues en raison de différends sur de supposées opérations d'influence chinoises en Australie. En réponse, la Chine avait alors imposé des droits de douane élevés sur des exportations australiennes clés, telles que l'orge, le bœuf et le vin. Pékin avait également cessé d'acheter en Australie d'importantes quantités de matières premières, dont le charbon. Résultat, le pays-continent s'était retrouvé privé de milliards de dollars de revenus.

Nombre des restrictions au commerce ont toutefois été progressivement levées depuis le retour des travaillistes et d'Anthony Albanese au pouvoir en mai 2022. Malgré le dégel, le Premier ministre australien avait précisé le mois dernier que les deux pays n'étaient pas alignés sur le plan stratégique et qu'ils avaient une histoire et des valeurs différentes.

« Nous devons coopérer avec la Chine quand nous le pouvons » et « être en désaccord quand c'est nécessaire », a-t-il nuancé ce lundi à la presse.

La Chine critique par ailleurs vivement le pacte de sécurité Aukus, signé par l'Australie avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui ne cache pas sa volonté de contrer l'influence chinoise en Asie-Pacifique. Ce pacte comprend notamment la livraison à Canberra de sous-marins à propulsion nucléaire. Pékin y voit une menace pour sa sécurité, mais aussi un accord qui contrevient aux règles de non-prolifération nucléaire.

Pékin redore son image

Les réunions de cette semaine permettront aussi à Pékin de se présenter comme un « partenaire bienveillant » accueillant un ami revenant dans le droit chemin, a estimé Courtney Fung, analyste d'Asia Society Australia, un groupe de réflexion dédié à l'Asie.

« La Chine ne voudra pas s'attarder sur les critiques concernant sa coercition économique ou sa diplomatie des otages », a expliqué l'analyste à l'AFP.

La Chine a libéré le mois dernier la journaliste australienne Cheng Lei, qui travaillait pour la télévision publique chinoise anglophone CGTN et qui était détenue depuis plus de trois ans sous l'accusation de « divulgation de secrets d'Etat à l'étranger ». Sa libération a ravivé les espoirs des fils de l'écrivain australien Yang Jun, emprisonné en Chine depuis 2019. Ils ont demandé mercredi au Premier ministre australien d'évoquer le sort de leur père lors de son voyage à Pékin. La Chine va vouloir présenter cette visite d'Anthony Albanese comme une reconnaissance par l'Australie de ses erreurs passées, juge Yun Sun, chercheuse au Stimson Center, établi à Washington.

Les négociations avec l'UE au point mort

Ces discussions entre Pékin et Canberra interviennent alors que les négociations entre l'Union européenne et l'Australie, elles, ont échoué à déboucher sur un accord de libre-échange la semaine dernière, malgré l'espoir d'une conclusion rapide, ont indiqué Bruxelles et Canberra. Lundi dernier, le ministre australien de l'Agriculture, Murray Watt, a indiqué que les négociateurs de l'UE n'avaient pas fait évoluer leur position lors du dernier cycle de négociations, organisé en marge d'une réunion du G7 au Japon.

Il est même allé jusqu'à suggérer que le gouvernement australien pourrait ne pas revenir à la table des négociations avant les élections législatives de 2025. L'Union européenne s'était pourtant montrée optimiste quant à la conclusion d'un accord au G7 d'Osaka, mais l'Australie a « présenté des revendications agricoles qui ne reflétaient pas les récentes négociations », avait indiqué un porte-parole de la Commission européenne.

Les négociations entre l'UE et l'Australie sur un accord de libre-échange duraient depuis 2018. Les deux parties peinent notamment à se mettre d'accord sur l'ouverture du marché européen aux exportations australiennes de viande ovine, de bœuf et de sucre.

L'Australie exposée au ralentissement économique de l'Empire du Milieu

L'activité économique de l'Australie mesurée par l'évolution du PIB a progressé davantage qu'attendu au deuxième trimestre, selon les chiffres officiels publiés début septembre. Le PIB a avancé de 2,1% sur un an, légèrement moins qu'au premier trimestre mais plus que les prévisions de 1,8%. Par rapport au premier trimestre, il a crû de 0,4%, ce qui est conforme aux prévisions et davantage que les expansions observées en Allemagne, en France et au Royaume-Uni.

Bien que l'Australie soit dans une position de « force relative », le trésorier (ministre) Jim Chalmers a averti qu'elle restait vulnérable alors que la Chine - partenaire commercial clé du pays - est aux prises avec son propre ralentissement économique. « Il s'agit d'un résultat stable, mais nous savons que les ménages sont sous la pression de la hausse du coût de la vie et de la hausse des taux d'intérêt », avait-il ainsi déclaré lors de la présentation des comptes nationaux du pays.

Jim Chalmers a prévenu que l'activité économique allait probablement « ralentir considérablement » au cours de l'année à venir, faisant écho à un message similaire lancé plus tôt cette semaine par la banque centrale du pays, qui a augmenté les coûts d'emprunt 12 fois depuis l'année dernière.

(Avec AFP)

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 07/11/2023 à 13:38
Signaler
Pour mieux connaître la Chine, lisez les trois récits de Jean Tuan : "Un siècle chinois" (chez CLC Éditions) évoque le parcours de son père chinois arrivé en France en 1929, leur voyage en Chine en 1967 lors de la Révolution culturelle et les incroya...

à écrit le 06/11/2023 à 23:09
Signaler
Eh ben qu’elle hypocrisie… ces australiens pas mieux que les ricains british et hollandais . Y a que le commerce - de quelques uns - qui priment sur le reste de la population Je n achèterai jamais de leurs produits …

à écrit le 06/11/2023 à 18:08
Signaler
Ils n'ont pas voulu nos sous-marins , on n'a pas besoin de leur viande. L'élevage Français fourni une super bonne viande qui ne voyage pas, la leur commencera par faire 17000 km.

à écrit le 06/11/2023 à 17:58
Signaler
Rien de très surprenant, compte tenu des relations étroites existant entre plusieurs responsables politiques de la gauche australienne et le gouvernement chinois.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.