ENTRETIEN - Spécialiste de la mondialisation, l'économiste Benjamin Bürbaumer décrypte les ressorts de l'affrontement entre la Chine et les Etats-Unis dans son dernier ouvrage consacré aux deux grandes puissances planétaires. Face à Washington, la Chine capitaliste a développé un réseau crucial de nouvelles infrastructures technologiques, monétaires et physiques capables de faire tanguer la supervision américaine de l'économie mondiale. Prise en étau, l'Europe pourrait apparaître comme la grande perdante de cette vaste bataille économique.
LA TRIBUNE - Cette semaine, le président américain Joe Biden a annoncé vouloir tripler les droits de douane sur l'acier et l'aluminium chinois dénonçant une concurrence « injuste » pour les travailleurs américains, un nouvel appel du pied aux ouvriers en pleine campagne électorale. Quel regard portez-vous sur cette annonce ?
BENJAMIN BURBAUMER - L'acier et l'aluminium chinois représentent respectivement 2,1 et 3,6 % des importations américaines de ces biens. La marginalité industrielle de l'annonce contraste avec son potentiel politique. A l'instar de son opposition à l'acquisition de US Steel par Nippon Steel, Biden multiplie les messages envers l'Amérique industrielle. Qu'il espère ainsi marquer des points électoraux, au risque de tendre un peu plus les relations transpacifiques, est révélateur du rôle clé de la Chine dans le devenir du monde.
En pleine campagne présidentielle, la bataille entre les Etats-Unis et la Chine est au centre des débats. Quels sont les principaux ressorts de cet affrontement selon vous ?
La mondialisation est secouée par une tempête. Du FMI au Forum de Davos en passant par les chefs d'entreprise ou les consommateurs, tout le monde le constate. On a vu la bataille autour des semi-conducteurs, les sanctions économiques, la guerre commerciale, la course à l'armement dans l'Indo-Pacifique. Cette série de phénomènes est étroitement liée à la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis.
Dans votre ouvrage Chine/Etats-Unis, le capitalisme contre la mondialisation, paru ce 18 avril, vous dites que le système capitaliste actuel contribue à bouleverser la mondialisation. Pourquoi ?
Le fonctionnement du capitalisme mine celui de la mondialisation. Cela paraît contre-intuitif. Les explications souvent avancées évoquent la présence de décideurs plus protectionnistes et nationalistes comme Xi Jinping ou Donald Trump. Mais, on ne reste qu'à la surface quand on dit cela, car les troubles les précèdent. En réalité, le bouleversement de la mondialisation est, en effet, étroitement lié au fonctionnement de l'économie mondiale. La mondialisation a été victime de son succès.
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