France, Allemagne, Espagne, Pologne...l’inflation accélère en Europe

Dans la zone euro, l'inflation a inscrit un nouveau record en mai à 8,1% sur fond de hausse ininterrompue des prix de l'énergie et des produits alimentaires, selon une première estimation publiée mardi par Eurostat. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne plaide pour une hausse graduelle des taux et les états dégainent leurs mesures anti-inflation.
(Crédits : Ralph Orlowski)

[Article publié le 30 mai 2022 à 18h30 et mis à jour le 31 mai à 14h00]

Poussée par la guerre en Ukraine qui accroît les prix de l'énergie et le coût des denrées alimentaires, ainsi que les tensions provoquées par le redémarrage de l'activité économique après la crise du Covid-19, l'inflation progresse un peu partout en Europe. Dans la zone euro, l'indice des prix à la consommation affiche une hausse de 8,1% sur un an après 7,4% en avril, selon une première estimation publiée mardi par Eurostat.

Cette inflation est poussée par l'envolée des prix de l'énergie qui a progressé sur un an 39,2% par rapport à mai 2021. La hausse continue de se propager aux autres catégories de prix : ceux de l'alimentation, de l'alcool et du tabac ont augmenté de 7,5% en un an, ceux des biens industriels hors énergie de 4,2% et ceux des services de 3,5%, précise Eurostat. Le taux d'inflation hors énergie et produits alimentaires non transformés, le plus surveillé par la Banque centrale européenne (BCE), atteint 4,4% sur un an après 3,9% le mois dernier.

Si l'on prend les pays un par un, l'inflation accélère partout. A des rythmes plus ou moins forts. En mai, la France a connu une nouvelle accélération de l'inflation, à 5,2% sur un an, dépassant la barre des 5% pour la première fois depuis septembre 1985, selon une première estimation dévoilée mardi par l'Insee. Les prix sont en hausse sur tous les postes de consommation recensés par l'Institut national de la statistique, avec notamment une nouvelle poussée dans l'énergie.

Cette tendance inflationniste n'est pas propre à l'hexagone. Nos voisins aussi connaissent une flambée des prix. Plus spectaculaire en Pologne, les prix à la consommation ont encore augmenté en mai, à 13,9% sur un an, après 12,3% en avril, atteignant le plus haut taux d'inflation depuis 1997, a annoncé mardi l'Office national des statistiques (GUS). En Allemagne, l'indice des prix à la consommation a atteint un nouveau record en mai, à 7,9% sur un an. L'indicateur a gagné 0,5 point par rapport à avril, et se hisse ainsi à son plus haut niveau depuis la Réunification du pays en 1990. Pour trouver un chiffre d'inflation aussi élevé, il faut remonter à janvier 1952, à l'époque de l'Allemagne de l'Ouest. En Espagne, l'inflation est également repartie à la hausse au mois de mai pour atteindre 8,7% sur un an, soit 0,4 point de plus qu'en avril, selon une estimation publiée lundi par l'Institut national de la statistique (INE). Cette nouvelle hausse survient alors qu'un léger ralentissement avait été observé en avril (8,3%), laissant espérer un début de modération après un pic à 9,8% atteint en mars, le niveau le plus élevé en Espagne depuis 37 ans. En Italie, les prix à la consommation ont augmenté de 6,9% en mai sur un an, toujours tirés par les coûts de l'énergie, selon des chiffres provisoires publiés mardi par l'Institut national des statistiques (Istat). C'est son plus haut niveau depuis mars 1986. Au Royaume-Uni, l'inflation avait atteint en avril son niveau le plus haut en 40 ans, à 9% sur un an.

« Nous rentrons dans une période nouvelle : l'inflation ne sera plus aussi basse que dans les années passées », a d'ailleurs prévenu le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, lors d'un point presse lundi.

La BCE plaide pour une hausse graduelle des taux

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne (BCE) plaide pour une hausse graduelle des taux. Le taux de référence de la BCE est actuellement fixé à -0,5%, niveau auquel il campe depuis 2019. Il s'agit du taux d'intérêt que paient les banques qui confient une partie de leur dépôts dormants aux banques centrales de la zone euro. Cette politique, entamée en 2014, visait à soutenir le crédit aux ménages et aux entreprises pour stimuler l'activité économique et, in fine les prix.

Mais face à cette inflation record, sortir des taux négatifs en septembre « est logique », estime Philip Lane chef économiste de la BCE, qui s'exprimait lundi dans les colonnes du quotidien économique espagnol Cinco Días. D'après lui, un rythme « de référence » pour y parvenir consisterait en deux hausses de « 25 points de base » chacune, en juillet et en septembre, a-t-il déclaré confirmant ainsi la perspective récemment dessinée par la présidente de l'institution, Christine Lagarde. «Sur la base des perspectives actuelles, nous devrions être en mesure de sortir des taux d'intérêt négatifs d'ici la fin du troisième trimestre», soit en septembre, avait écrit cette dernière dans une note de blog publiée la semaine dernière sur le site internet de la BCE.

Lire aussi : Taux négatifs en Europe : Christine Lagarde, la patronne de la BCE, siffle la fin de la partie

 Aux Etats-Unis, la banque centrale (Fed) est plus offensive. Alors qu'elle relève habituellement ses taux directeurs par tranches d'un quart de point de pourcentage, début mai, elle a eu recours à une forte hausse d'un demi-point, pour la première fois depuis 2000/ L'objectif : juguler l'inflation record, qui s'affichait à 8,3% sur un an en avril. Lundi, lors d'un discours virtuel devant l'Université Goethe de Francfort, en Allemagne, Christophe Waller, un responsable de la Fed a anticipé plusieurs hausses des taux directeurs d'un demi-point d'ici la fin de l'année, « jusqu'à ce que l'inflation soit revenue proche de notre cible de 2% ». Il estime cela possible sans faire grimper le chômage.

Les taux, qui se situent dans une fourchette de 0,75 à 1,00%, devraient, selon lui, être relevés d'ici la fin de l'année jusqu'à dépasser le niveau dit «neutre», considéré comme compris entre 2,00 et 3,00% environ. Il a ainsi dit être sur la même ligne que les attentes des marchés, évoquant des taux en hausse de 2,5 points au total sur l'année, passant de la fourchette de 0 à 0,25% dans laquelle ils se trouvaient jusqu'en mars, à 2,5-2,75%. «Si nous devons faire plus, nous le ferons», a-t-il encore assuré. Et de souligner : un tel mouvement doit permettre de réduire «la demande de produits et de main-d'œuvre, (l'aligner) davantage sur l'offre et (aider) ainsi à maîtriser l'inflation».

Lire aussi : Après la flambée des prix, vers un reflux de l'inflation aux Etats-Unis ?

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Les politiques de lutte anti-inflation des états européens

Parallèlement à la politique des banques centrales, les états déploient des mesures pour lutter contre cette poussée inflationniste. Tour d'horizon.

  • Allemagne

 En mars, Berlin a décidé de doubler les aides publiques au chauffage, débloquées début février au profit des ménages les plus vulnérables. Un programme d'aides supplémentaires de plusieurs milliards d'euros vient d'être voté au parlement. Il prévoit la mise en place d'un ticket donnant accès à tous les transports en commun du pays cet été, pour 9 euros par mois. Le paquet de mesures comprend également pour tous les salariés imposables un versement exceptionnel de 300 euros. En juillet, les familles avec enfants recevront en outre 100 euros supplémentaires via l'allocation familiale, et les chômeurs une allocation exceptionnelle allant jusqu'à 200 euros. La taxe sur les carburants sera par ailleurs baissée entre juin et août au minimum européen, soit une réduction de 14 à 30 centimes par litre. Enfin, le seuil d'imposition, ou abattement de base, a été augmenté, de même que l'indemnité kilométrique.

  • France

Un « bouclier tarifaire », comprenant un gel des tarifs de gaz et d'électricité, a été mis en place au début du printemps, et d'autres mesures sont annoncées par le nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne, dans le cadre d'un budget rectificatif devant être présenté après les législatives de juin. Il devrait comprendre une revalorisation des retraites et minima sociaux, des augmentations générales pour les fonctionnaires, une baisse des cotisations des indépendants et un chèque alimentaire pour les ménages les plus modestes. Le bouclier tarifaire devrait aussi être prolongé jusqu'à la fin d'année, tandis que Paris réfléchit à un « dispositif pérenne et mieux ciblé » que la remise (jusqu'à 18 centimes) sur les prix du carburant.

Lire aussi : Facture d'électricité : « aucun rattrapage en 2023 » rassure Bruno Le Maire

  • Italie

Près de 30 milliards d'euros ont été débloqués depuis le début d'année par le gouvernement. De premières mesures, d'un montant de 5,5 milliards d'euros, ont été annoncées dès mi-février et complétées le mois suivant par l'annonce d'une baisse d'environ 30 centimes par litre des taxes sur les carburants, ainsi que par l'instauration d'une taxe de 10% sur les « surprofits » des sociétés du secteur de l'énergie. Cette taxe a été portée à 25% début mai, dans le cadre d'une nouvelle enveloppe de 14 milliards d'euros comprenant un bonus de 200 euros pour 28 millions d'Italiens ayant des revenus inférieurs à 35.000 euros annuels. La réduction des taxes sur les carburants a en outre été prolongée.

  • Espagne

Madrid a annoncé fin mars un plan de six milliards d'euros d'aides directes pour les ménages et les entreprises. Entré en vigueur le 1er avril et prévu jusqu'au 30 juin, il comprend une subvention de 20 centimes d'euros par litre de carburant, financée à hauteur de 15 centimes d'euros par l'Etat et de 5 centimes par les compagnies pétrolières. Il inclut aussi une limitation à 2% des hausses de loyers et une hausse de 15% du montant du revenu minimum vital. L'Espagne et le Portugal voisin ont par ailleurs convaincu Bruxelles de leur accorder un régime dérogatoire, en vue de faire baisser le prix de l'électricité dans la péninsule ibérique en le dissociant de celui du gaz.

  • Ailleurs en Europe

La Suède, pays d'Europe où le gazole est le plus lourdement taxé, a présenté mi-mars un plan de près de 1,3 milliard d'euros. Il consistait notamment en une baisse d'impôt de 1,30 couronne par litre (environ 12 centimes), jusqu'au 31 octobre. Belgique et Pays-Bas ont fait le choix d'abaisser la TVA sur l'énergie (gaz naturel, électricité et chauffage urbain) et de réduire les droits d'accise sur les carburants. Les ménages belges les plus pauvres ont également vu le bénéfice du « tarif social » sur l'électricité et le gaz naturel prolongé. En Pologne, un « bouclier anti-inflation » a été prolongé, et des aides versées à quelque cinq millions de familles. En Hongrie, le gouvernement a annoncé cette semaine une taxe sur les entreprises. Sur les carburants, Budapest a en revanche décidé que seules les voitures immatriculées dans le pays pourraient désormais bénéficier de la mesure fixant le litre à environ 1,2 euro. Les prix des denrées alimentaires de base sont plafonnés depuis février.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires 4
à écrit le 31/05/2022 à 14:36
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L'occident vit à crédit depuis longtemps déjà. L'heure de payer l'addition est arrivée

à écrit le 31/05/2022 à 10:22
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Moins de consommation de produits importés, diminution de l’endettement, re industrialisation, hausse de la compétitivité locale… Cette inflation, sans mesures fortes pour la juguler est ce dont nous avons besoin depuis l’arrivée de l’Euro. Merci à l...

à écrit le 30/05/2022 à 21:52
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Et ce n'est qu'un début.... Les sanctions contre la Russie et la Chine communiste vont achever d'enterrer le capitalisme mafieux occidental.

le 31/05/2022 à 10:26
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Faudra quand même un jour penser à prendre des cours d’économie. Les perdants de cette inflation sont ceux qui détiennent des stocks de devises. Pas ceux qui vont augmenter leur salaire, ni ceux qui vont exporter. Listez ceux qui détiennent des stoc...

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