L'Iran accroît dangereusement ses stocks d'uranium enrichi, alerte l'AIEA
latribune.fr
D'après l'AIEA, le stock total d'uranium enrichi iranien s'établit désormais à 5.751,8 kg, soit 28 fois la limite autorisée par un accord international de 2015.
Selon des récentes données de l'AIEA, à ce jour, le stock iranien d'uranium hautement enrichi est suffisant pour permettre à Téhéran de produire plus de trois bombes atomiques.
Rafael Grossi, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) doit être particulièrement remonté. La raison : selon ses services, le programme nucléaire a continué à monter en puissance, et ce, même si Téhéran nie vouloir se doter de la bombe.
Concrètement, d'après l'AIEA les réserves de matière enrichie à 60%, proche des 90% nécessaires pour élaborer une arme atomique, se situaient ainsi au 17 août à 164,7 kg (contre 142,1 kilos en mai), détaille un rapport de l'AIEA. Soit suffisamment pour produire plus de trois bombes, d'après la définition de l'instance onusienne.
Les stocks enrichis à 20% ont aussi progressé, passant à 813,9 kg (contre 751,3 kg précédemment). De sorte que le stock total d'uranium enrichi iranien s'établit désormais à 5.751,8 kg (contre 6.201,3 kg en mai), soit 28 fois la limite autorisée par un accord international de 2015.
Une nouvelle visite pour clarifier
Une situation qui va motiver une nouvelle visite en Iran du directeur de l'AIEA, selon un rapport consulté ce jeudi par l'AFP. Objectif : pouvoir rencontrer le nouveau président iranien, Massoud Pezeshkian. Après des années de détérioration des relations avec Téhéran, Rafael Grossi exprime dans ce rapport « le souhait d'une visite prochaine en Iran afin d'établir un dialogue fluide et constructif menant à des résultats concrets ».
Pour rappel, le haut cadre onusien s'était déjà rendu sur place début mai, en plein regain d'inquiétudes sur les intentions de la République islamique, dans un contexte géopolitique tendu. Mais la mort du dirigeant Ebrahim Raïssi a mis en suspens les discussions.
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Dans ce document confidentiel, préparé en amont d'une réunion du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, qui s'ouvrira le 9 septembre à Vienne en Autriche, siège de l'instance, Rafael Grossi déplore une nouvelle fois un manque de coopération de l'Iran.
Un accord international qui a volé en éclat
Ces dernières années, la République islamique s'est nettement affranchie des engagements pris dans le cadre de l'accord international de 2015 conclu avec les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Ce pacte, connu sous l'acronyme JCPOA, était censé encadrer ses activités atomiques en échange d'une levée des sanctions internationales.
Mais il a volé en éclats après le retrait américain décidé en 2018 par le président d'alors, Donald Trump. Des tractations menées à Vienne pour le ranimer ont échoué à l'été 2022.
Les inspections de l'AIEA réduites par l'Iran
Outre l'expansion de ses activités nucléaires, l'Iran a fortement réduit depuis 2021 les inspections des sites par l'AIEA, des caméras de surveillance ont été débranchées et l'accréditation d'un groupe d'experts a été retirée. Autant d'éléments qui « nuisent » à la capacité de l'Agence à garantir la « nature pacifique » du programme, rappelle le rapport.
Cette situation a d'ailleurs valu à Téhéran l'adoption d'une résolution critique lors du dernier Conseil des gouverneurs début juin, d'une portée symbolique à ce stade. Si l'Iran avait jugé cette initiative « précipitée et déraisonnable », le pays s'est abstenu de riposte virulente.
Par ailleurs, depuis l'élection en juillet du réformateur Massoud Pezeshkian, Téhéran « a clairement fait part de son désir de relancer des discussions » avec l'Occident pour « obtenir un allègement des sanctions » affectant durement son économie, note ce jeudi, pour l'AFP, Gregory Brew, du groupe de réflexion américain Eurasia Group.