L'Iran annonce ne plus limiter ses activités nucléaires

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Visite du réacteur nucléaire d'Arak, en Iran, par l'agence de l'énergie atomique iranienne, le 23 décembre 2019.
Visite du réacteur nucléaire d'Arak, en Iran, par l'agence de l'énergie atomique iranienne, le 23 décembre 2019. (Crédits : Reuters)
Le gouvernement répète toutefois qu'il est prêt à faire machine arrière à tout moment sur ses annonces, sous certaines conditions.

L'Iran a annoncé, dimanche, ce qu'il a présenté comme la "cinquième et dernière phase" de son plan de réduction de ses engagements en matière nucléaire, affirmant qu'il ne se sentait désormais plus tenu par aucune limite "sur le nombre de ses centrifugeuses".

Cette annonce de Téhéran survient dans un climat de tensions accrues entre les États-Unis et Téhéran après l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani, tué vendredi par une frappe aérienne américaine à Bagdad.

Dans un communiqué, le gouvernement de la République islamique indique néanmoins que "la coopération de l'Iran avec l'AIEA [l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui soumet son programme nucléaire à un strict contrôle, NDLR] se poursuivra comme avant".

Le gouvernement explique que, "en conséquence" de sa décision sur les centrifugeuses, "il n'y a plus aucun obstacle entravant le programme nucléaire de la République islamique d'Iran sur le plan opérationnel", qu'il s'agisse de "la capacité à enrichir [l'uranium], du niveau d'enrichissement [de l'uranium], de la quantité de matériau enrichi, ou de la recherche et développement".

Téhéran ajoute cependant que "le programme nucléaire de l'Iran continuera désormais uniquement sur la base [des] besoins techniques du pays".

Lire aussi : Mort de Soleimani: le champ des possibles des représailles iraniennes

Prêt à faire machine arrière à tout moment

Jusqu'à présent, la République islamique a toujours indiqué avoir besoin d'enrichir l'uranium à hauteur d'environ 5%, pas plus, niveau suffisant pour produire le combustible nécessaire à la production d'électricité dans une centrale nucléaire.

Le communiqué iranien ne dit pas que les besoins techniques du pays ont changé.

Le gouvernement répète en revanche qu'il est prêt à faire machine arrière à tout moment sur ses annonces.

"Si les sanctions [contre l'Iran réimposées et durcies par les États-Unis depuis 2018] sont levées et que l'Iran bénéficie des retombées" attendues de l'accord international sur son programme nucléaire conclu à Vienne en 2015, la République islamique d'Iran est "prête à revenir" à l'application pleine et entière de ses engagements, indiquent les autorités.

Par cet accord passé entre Téhéran et le Groupe des Six (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne), l'Iran a accepté de réduire drastiquement ses activités nucléaires, de façon à prouver que celles-ci n'ont aucune visée militaire, en échange de la levée d'une partie des sanctions économiques internationales qui asphyxiaient alors son économie.

Lire aussi : Washington durcit encore l'embargo contre l'Iran

Mais la décision du président américain Donald Trump de dénoncer unilatéralement l'accord en mai 2018 et de poursuivre une politique de pression maximale contre la République islamique a fait fuir les investisseurs étrangers qui étaient revenus en Iran ainsi que les acheteurs traditionnels du pétrole iranien et plongé le pays dans une violente récession, privant ainsi Téhéran des bénéfices qu'il attendait.

Et après ?

Un an après cette décision américaine de sortir de l'accord, Téhéran a entamé en mai 2018 une politique de désengagement progressif destinée selon l'Iran à pousser les États encore parties au pacte à l'aider à trouver un moyen de contourner les sanctions américaines.

Mais l'Iran n'a reçu à ce jour aucune réponse concrète à ses exigences, ne finissant par récolter au contraire que les injonctions des Européens à revenir à une application complète de l'accord et à s'abstenir de tout nouveau renoncement à ses engagements, sous peine de les voir renvoyer le dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité de l'ONU, ce qui, a déjà averti Téhéran, signifierait rien moins que la mort de l'accord.

Depuis mai, en contravention avec les engagements qu'il a souscrit à Vienne, l'Iran a commencé à produire de l'uranium enrichi en isotope 235 à un taux supérieur à la limite de 3,67%, et ne respecte plus la limite de 300 kilos imposée à ses stocks d'uranium enrichi.

En septembre, Téhéran avait annoncé qu'il ne se sentait plus concerné par aucune des limites imposées par l'accord à ses activités de recherche et développement en matière nucléaire avant de redémarrer en novembre la production d'uranium enrichi dans une usine souterraine que le pays avait acceptée de geler.

Depuis mai, le pays a donné à chacune de ses nouvelles décisions une période de 60 jours à ses partenaires pour répondre à ses demandes avant de passer à la phase suivante.

Cette fois-ci, il n'est plus question d'une autre étape. Le pays indique qu'il s'agit de "la dernière", sans dire ce qu'il adviendra ensuite.

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a écrit le 06/01/2020 à 23:41 :
"La politique irresponsable des États-Unis vis-à-vis de l’Iran prouve une nouvelle fois que la France doit sortir d’urgence de l’OTAN et de l’UE et se faire la championne du droit international."Une analyse de f Asselineau. Face à cet incendie qui enflamme les opinions publiques dans toute la région, Donald Trump se livre à la surenchère. Il a décidé l’envoi de 3 000 à 3 500 militaires supplémentaires au Moyen-Orient. Et il a menacé sur Twitter de frapper 52 sites culturels qui sont « de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne ». Si les États-Unis osaient se livrer à cette destruction de monuments, dont certains font partie du Patrimoine mondial de l’humanité établi par l’UNESCO, ils commettraient des « crimes de guerre », au sens de la jurisprudence établie lors du tribunal de Nuremberg.

En réponse, le gouvernement iranien, qui estime que cette politique aventureuse du président Trump lui est inspirée par une partie de son entourage très pro-israélien, a annoncé qu’il ne se sentait désormais plus tenu par aucune limite sur le nombre de ses centrifugeuses pour l’enrichissement d’uranium..
a écrit le 06/01/2020 à 18:49 :
Bush fils avait son "caniche anglais", Trump a ses "caniches anglais, allemand et français...
a écrit le 06/01/2020 à 14:53 :
"climat de tensions accrues entre les États-Unis et Téhéran après l'assassinat...".
Les médias français sont experts en "tensions" de surface, celles que tout le monde voit. Ils nous informent moins sur les tensions profondes qui précèdent et expliquent les tensions de surface, bref celles qui ont largement justifiée la frappe des USA. Idem pour le gouvernement français qui mène une "politique de surface". La menace vient de l'Iran qui veut sa bombe, pas du Sahel où nos impôts sont gaspillés en pure perte puisque ces Etats ne veulent pas se prendre en mains.
a écrit le 06/01/2020 à 9:45 :
"il est prêt à faire machine arrière à tout moment sur ses annonces"

Étonnante exposition de faiblesse de la part du régime iranien.

Comme quoi il vaut mieux abattre un bon vieux gros oligarque que des milliers d'innocents civils, cela fait bien plus réfléchir ce qui est logique vu que nous sommes en oligarchies.

C'est ce qu'il faudrait faire pour préserver la planète et son humanité, éliminer un bon gros pollueur et je vous garantie qu'en 6 mois la tendance serait inversée.

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