La Banque mondiale s'inquiète des risques sur la croissance

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Le ralentissement de la croissance potentielle s’explique par de nombreuses années d’érosion des gains de productivité selon la Banque mondiale.
"Le ralentissement de la croissance potentielle s’explique par de nombreuses années d’érosion des gains de productivité" selon la Banque mondiale. (Crédits : China Stringer Network)
Les économistes de la Banque mondiale ont relevé leurs prévisions de croissance pour 2018 après l'embellie de 2017. Malgré une conjoncture très favorable, ils restent réservés sur la pérennité de cette reprise à moyen terme en raison notamment des tensions géopolitiques sur la scène internationale et l'exacerbation des discours protectionnistes.

L'embellie se confirme pour 2018. Selon les dernières prévisions de la Banque mondiale, la croissance économique va s'accélérer à 3,1% en 2018 après avoir atteint un niveau beaucoup plus élevé que prévu en 2017 (3% contre 2,4% en 2016). Malgré plusieurs signes encourageants pour l'économie mondiale, les experts demeurent réservés sur la solidité de cette croissance à plus long terme. Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a d'ailleurs souligné que "la reprise de la croissance mondiale est encourageante mais l'heure n'est pas à l'autosatisfaction".

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(Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim. Crédits: Reuters.)

Une économie à plein régime pour 2018

Les économistes de l'organisation mondiale se montrent très optimistes pour 2018 dans leur dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales. "2018 a de bonnes chances d'être la première année depuis la crise financière où l'économie mondiale tournera à plein régime ou presque", rappelle le communiqué. L'activité est tirée, selon les experts, par les investissements, le secteur manufacturier et les échanges commerciaux.

L'embellie profite en outre à toutes les régions du monde, à commencer par les "trois grandes": les Etats-Unis, la zone euro et le Japon, explique Ayhan Kose économiste à la Banque mondiale interrogé par l'AFP. Pour les économies développées, l'institution internationale prévoit une croissance du PIB de 2,2% en 2018 en léger repli par rapport à 2017 (2,3%). Pour les économies émergentes, la croissance du PIB est estimée à 4,5% pour 2018 en hausse par rapport à 2017 (4,3%).

Dans les économies avancées, les Etats-Unis devraient en effet voir leur croissance économique accélérer à 2,5% en 2018 contre 2,2% attendu en juin. Le PIB de la zone euro devrait croître de son côté de 2,1% cette année. Quant au Japon, la croissance est anticipée à 1,3%. Les récents pics d'investissement observés illustrent des conditions financières favorables, une hausse des profits et de la confiance des entrepreneurs.

Dans les économies émergentes, l'organisation internationale qui prévoyait un léger ralentissement de l'activité pour la Chine a finalement estimé que celle-ci avait accéléré de 0,1 point de pourcentage, à 6,8%, et table sur une légère décélération cette année, à 6,4%. L'autre géant, l'Inde, devrait voir sa croissance rebondir à 7,3% en 2018 après 6,7% l'an passé. Les deux grands pays émergents, le Brésil et la Russie, qui ont renoué en 2017 avec la croissance (+1,7% et +1%) après deux années de récession, devraient en outre poursuivre leur reprise avec des hausses respectives attendues de 1,7% et 2% en 2018.

Inquiétudes pour les années à venir

Malgré tous ces signaux d'optimiste, les économistes de l'organisation basée à Washington demeurent prudents.

"Il subsiste des risques de détérioration de la conjoncture mondiale. Un durcissement soudain des conditions de financement à l'échelle mondiale pourrait compromettre la croissance. De nouvelles restrictions au commerce et la montée des tensions géopolitiques pourraient saper la confiance et freiner l'activité économique."

Ils pointent notamment les risques d'une reprise fragile. A moyen terme, le ralentissement de la croissance potentielle (*) pourrait ralentir "les progrès enregistrés dans l'amélioration des niveaux de vie et la réduction de la pauvreté à travers le monde". Par ailleurs, la montée des discours protectionnistes notamment aux Etats-Unis et les tensions sur la scène internationale (Corée du Nord, Iran) pourraient éroder la confiance des investisseurs et la santé des marchés financiers.

Pour les auteurs du rapport, le ralentissement de la croissance potentielle s'explique par plusieurs facteurs tels que l'affaiblissement des gains de productivité, un manque d'investissements et le vieillissement de la main d'oeuvre mondiale. "Ce ralentissement est généralisé puisque les économies touchées représentent plus de 65 % du PIB mondial."  Si rien n'est fait pour renforcer la croissance potentielle, ce fléchissement pourrait se poursuivre durant une bonne partie de la décennie au risque de voir la croissance ralentir d'un quart de point de pourcentage en moyenne dans le monde et d'un demi-point de pourcentage en moyenne dans les pays émergents et en développement pendant cette période.

Un appel à des réformes

La réduction de la pauvreté et des inégalités fait partie des grands objectifs de la Banque mondiale. Pour maintenir cette reprise, le patron de l'institution veut profiter de cette embellie économique pour se concentrer sur des sujets qui vont au-delà des traditionnels outils budgétaires et monétaires pour stimuler la croissance à court terme. 

"C'est une excellente occasion d'investir dans le capital humain et physique. Si les responsables politiques à travers le monde privilégient ces investissements essentiels, ils pourront améliorer la productivité nationale, accroître le taux d'activité."

La Banque mondiale encourage également les gouvernements à investir dans l'éducation et les services de santé et investir dans les infrastructures dans les pays émergents pour doper l'économie.

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(*) Elle mesure la vitesse à laquelle une économie peut progresser lorsque la main-d'œuvre et le capital sont pleinement employés.

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Commentaires
a écrit le 11/01/2018 à 22:47 :
Un bilan qui se veut rassurant...
Le pire est devant...
Heureusement qu’on a appris à lire entre les lignes pour comprendre que seul l’argent est le moteur ...
Les emergeants font la croissance pour tous et les autres croissances restent des innovations pour un monde avec plus de pauvreté sur tous les dimensions humains.
a écrit le 11/01/2018 à 13:21 :
"La réduction de la pauvreté et des inégalités fait partie des grands objectifs de la Banque mondiale" Vous remarquerez que ce sont néanmoins de fins plaisantins... Sinon, la BM sans sa croissance, là, oui, elle a raison de s’inquiéter : être moins riches, t'IMAGINES ..?? L'horreur.
Réponse de le 11/01/2018 à 19:02 :
Vous ne voyez donc pas que Mme Lagarde est une sainte femme, toute dévouée aux pauvres et aux miséreux, malgré ses tailleurs de luxe et son modeste salaire à 500 000 USD/an non imposables?
a écrit le 11/01/2018 à 12:09 :
Pour ne plus avoir de problème en ce qui concerne "la Croissance", il suffit de changer les termes de la définition d'une croissance! On change bien la définition des mots pour nous faire prendre les vessies pour des lanternes, alors c'est l'occasion de faire un coup magistral!
a écrit le 11/01/2018 à 8:38 :
Ouais bon enfin on ne voit pas ce qui peut réjouir les investisseurs, l'inflation n'est toujours pas au rendez-vous et ne le sera jamais étant donné que le dogme néolibérale applique un peu partout dans le monde anéanti le pouvoir d'achat de part cette fixette permanente des actionnaires de vouloir gagner toujours plus de fric sur le dos de leurs salariés.

"C'est une excellente occasion d'investir dans le capital humain et physique."

On peut tout faire dire à cette phrase, les hommes d'affaires sont aussi bavards que les politiciens qui sont aussi avides que les hommes d'affaires.

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