La vague chinoise en Europe se confirme : de premiers chiffres officiels dévoilés

Les surtaxes américaines détournent les flux commerciaux de la Chine vers l’Europe (photo d’illustration).
Dado Ruvic

Les surtaxes américaines détournent les flux commerciaux de la Chine vers l’Europe (photo d’illustration).
Dado Ruvic
L'alerte devient chiffre. En mai 2025, les exportations chinoises vers l'Union européenne ont grimpé de 12 % par rapport à mai 2024, selon des documents publiés sur le site officiel des douanes chinoises. Pour Bruxelles, c'est la concrétisation d'un scénario redouté : un afflux massif de produits chinois en Europe, conséquence directe des surtaxes douanières imposées par les États-Unis.
En parallèle de ces chiffres inquiétants pour l'Europe, les exportations chinoises vers les États-Unis se sont effondrées de 34,5 %. Depuis début avril, Pékin fait face à une surtaxe douanière américaine record pouvant atteindre 145 % par produit. Bien que cette mesure ait été temporairement suspendue à la mi-mai pour quatre-vingt-dix jours, elle a eu un effet de vase communicant : la Chine se détourne du marché américain et redirige son offensive commerciale vers l'Europe - mais pas de manière uniforme entre les pays européens.
Entre mai 2024 et mai 2025, les exportations chinoises vers l'Europe ont augmenté de 12 %, mais cette progression varie ensuite selon les pays européens. La Chine a nettement renforcé ses exportations vers la France (+24 %) et l'Allemagne (+21,5 %). En revanche, les hausses sont beaucoup plus modestes pour les Pays-Bas (+7,11 %) et l'Italie (+1,85 %), indiquant l'absence d'une véritable déferlante de produits chinois vers ces deux pays européens.
Pourquoi les exportations chinoises varient-elles autant d'un pays européen à un autre ? La France et l'Allemagne serviraient-elles de tremplins logistiques pour réexpédier les marchandises chinoises vers les États-Unis ? Les experts interrogés par La Tribune, à qui nous avons révélé ces nouveaux chiffres, semblent avoir été pris de court. L'un d'eux souligne qu'« il faudrait mener une expertise approfondie, notamment par produit, pour bien comprendre la situation ». Place désormais à l'analyse et le mécanisme européen de surveillance des importations, qui détecte les premiers signaux, pourrait jouer un rôle clé.
Depuis le 7 avril, la Commission européenne a mis en place un groupe de travail chargé de renforcer la surveillance des importations étrangères sur le marché européen. Son objectif : repérer rapidement toute hausse anormale des volumes entrant sur le territoire européen afin d'actionner, sans délai, des mesures de protection pour les filières et industries européennes menacées. Une manière pour Bruxelles de garder une longueur d'avance face aux redéploiements logistiques mondiaux imposés par les surtaxes douanières de Donald Trump.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Un tableau de bord, actualisé chaque mois, permet désormais de surveiller les produits entrant sur le marché européen. Il repose sur deux indicateurs clés : une augmentation marquée des volumes importés, combinée à une baisse des prix. Ce double signal peut révéler une perturbation potentielle du marché unique, en particulier dans les secteurs où l'Union européenne dispose de capacités de production propres. Ce sont précisément les données issues de ce tableau de bord qui fournissent les premiers indices d'une possible redirection des flux commerciaux chinois vers l'Europe.
À lire également
La version du tableau de bord publiée le 23 mai met en lumière une nette hausse des importations en provenance de Chine dans cinq catégories de produits : textiles, produits chimiques, métaux de base et produits métalliques, machines, plastiques et minéraux. Difficile, à ce stade, d'aller au-delà de ces premières catégories de produits. Mais ces éléments donnent déjà aux experts européens de quoi analyser la vague de produits chinois qui déferle sur l'Europe et envisager une riposte rapide.