Ces 6 produits insolites dont la Chine restreint les exportations
Julien Gouesmat

La Chine montre aux États-Unis et au monde qu’elle sait utiliser ses ressources et sa production dans la guerre commerciale, notamment.
Dado Ruvic
Julien Gouesmat

La Chine montre aux États-Unis et au monde qu’elle sait utiliser ses ressources et sa production dans la guerre commerciale, notamment.
Dado Ruvic
Au cours de la semaine dernière l'inquiétude était de mise dans les industries européennes et américaines. En cause : la diminution d'exportations d'aimants permanents, conçus à partir des terres rares, depuis la Chine. Depuis que la Pékin a restreint ses exportations en avril, les industries automobiles ont fermé des lignes de production.
Pourtant, ce stratagème protectionniste de Pékin est loin d'être nouveau. Depuis dix ans, la Chine n'a cessé d'exiger l'obtention de licences pour exporter certains produits qu'elle considère comme stratégiques. Dans les faits, il revient aux entreprises chinoises exportatrices d'effectuer cette demande, en indiquant le nom de leurs clients et le futur usage du produit. Ce mécanisme permet à Pékin de serrer la vis quand bon lui semble, notamment sur les destinations de son choix. Le régime crée ainsi un robinet qu'il peut couper à tout moment. Voici six produits soumis à ce système et qui illustrent les domaines que Pékin juge stratégiques.
La Chine représente la moitié de la production mondiale de Paracétamol. À la fin 2022, le gouvernement a réquisitionné une dizaine de sites de production en raison de la reprise de la pandémie de Covid-19 dans le pays. Ces usines ont été contraintes d'arrêter leurs exportations internationales et de concentrer la commercialisation vers la demande intérieure. Il semble qu'aucune licence d'exportation n'ait ici été mise en place, l'État ayant directement pris le contrôle des sites ou ordonné a leurs dirigeants de rediriger leur production. Ce fût également le cas pour les masques et les tests antigéniques.
À noter que dans le domaine médical, la Chine inonde le marché européen. Entre 2015 et 2023, les exportations d'appareils médicaux chinois vers l'UE ont doublé. A contrario, la Chine est accusée de fermer son marché aux Européens et de privilégier les produits maisons, tant sur les rayons X que sur les béquilles et fauteuils roulants.
Les services ne sont pas épargnés par les restrictions chinoises. Au même titre que des biens, Pékin se montre avare en exportation de certains logiciels. C'est particulièrement le cas dans le domaine aérospatial. En juillet 2024, Pékin a publié une liste de produits nécessitant les précieuses licences avant d'être exportés. Parmi eux : les logiciels liés à la fabrication de composants structurels et de moteurs aérospatiaux et les logiciels utilisés dans la conception de moteur de turbines à gaz.
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Dans le secteur des services, Pékin n'en était pas à son coup d'essai. Dès 2020, des restrictions avaient été mises en place par le ministère du Commerce sur des services conçus par TikTok. Ainsi, les technologies utilisées par l'algorithme du réseau social chinois - connu pour être particulièrement personnalisé -, font l'objet de restrictions à l'exportation. C'est également le cas pour des technologies de reconnaissance vocale ou faciale et de traitement de données, qui servent à Bytedance, maison mère de TikTok.
Il porte l'acronyme UHMWPE, qui signifie polyéthylène de masse molaire très élevée. Sous ce doux nom scientifique se cache une matière synthétique dont le début de la commercialisation date des années 1950. Loin des innovations technologiques récentes. Les deux principales marques, Spectra et Dyneema, sont respectivement américaines et néerlandaises. Elles servent au marché du cordage, afin d'équiper la pêche, la voile, l'escalade ou encore le parapente.
Mais derrière ces activités inoffensives, la résistance de l'UHMWPE lui confère d'excellentes propriétés antibalistiques, remplaçant même le Kevlar dans certaines confections. Ainsi, des casques militaires ont été conçus à base de polyéthylène de masse molaire très élevée, de même que des véhicules et des gilets pare-balles. C'est la raison pour laquelle des licences sont exigées depuis un an pour leur exportation.
Concevoir une combinaison de spationaute prend des dizaines d'années. Concevoir la vitre qui permet au spationaute de voir, tout en étant protégé du monde extérieur, est encore plus complexe. Selon des estimations récentes, une combinaison spatiale américaine coûte 150 millions de dollars. Bijou de technologie, la vitre du casque est une barrière thermique qui doit également protéger des radiations et rayonnements, tout en laissant passer une partie de la lumière. Conçu le plus souvent à partir de polycarbonates, il est ensuite traité contre les ultraviolets et comporte une casquette permettant de limiter les chocs de minimétéorites.
Au regard de la difficulté à concevoir un tel casque et des enjeux stratégiques qui en découlent, la Chine a décidé en juillet 2024 de restreindre les exportations à l'obtention d'une licence. Cette obligation concerne autant les casques que les technologies et logiciels permettant leur fabrication.
Graphite, terres rares, antimoine... Le tableau de Mendeleïev est un laboratoire pour les expérimentations chinoises en matière de restriction d'exportations. Régulièrement - le plus souvent à la suite d'un épisode de crise avec Washington -, Pékin ajoute certains métaux critiques à la liste de minerais devant obtenir une licence pour être exportés.
Récemment ce sont des sept minerais de terres rares qui ont fait les frais de ces restrictions. Parmi eux, samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutécium, scandium et yttrium. Des éléments qui sont produits à 90 % en Chine et raffinés à plus de 95 % dans ce même pays.
La guerre en Ukraine a dévoilé l'immense potentiel des petits drones civils, longtemps considérés comme inoffensifs et uniquement ludiques. Les drones militaires sont naturellement soumis à des licences spécifiques, comme il est d'usage pour tout matériel de nature militaire. Cependant, depuis septembre 2024, toutes les entreprises exportatrices de drones - y compris sous forme de jouet - doivent obtenir une licence pour vendre leurs produits à l'international.
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Les drones ne sont pas les seuls visés par ces mesures, tous leurs composants (laser, communications, ailes, moteurs, etc.) le sont également. Ainsi, en avril dernier, Pékin a placé onze entreprises américaines sur sa liste noire. Ces sociétés étaient toutes conceptrices de drones ou composants et sont désormais privées d'exportations vers la Chine, mais également de toute importation. En cause ? « La coopération en matière de technologie militaire avec Taïwan » de ces entreprises, selon le régime chinois.
Julien Gouesmat