La victoire de Trump, symptôme d'un rêve américain brisé

Ivan Best

Ivan Best
Et si l'élection de Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis, n'était pas si étonnante? Et si elle était logique, découlant simplement de la situation des Américains, des évolutions socio-économiques? A entendre les économistes qui intervenaient ce mercredi matin dans le cadre des Journées économiques (JECO), à Lyon, sur le thème "inégalités et montée des populismes", c'est l'impression qui prévalait.
Après avoir déroulé une série de données sur la montée des inégalités, la directrice des statistiques à l'OCDE, Martine Durand, conclut, pessimiste: le "rêve américain est brisé". C'en est fini de l'idée auparavant ancrée dans l'esprit de beaucoup d'Américains moyens d'un ascenseur social en marche.
Le pire, c'est que l'idée d'insécurité économique, de peur face à l'avenir, touche la population bien au delà des personnes en difficulté. Tous les salariés, même ceux qui conservent une situation relativement confortable, se sentent menacés, explique Martine Durand. D'où la volonté pour les électeurs d'essayer autre chose,de se tourner vers des candidats anti-système.
Philippe Aghion, professeur au collège de France, qui défend l'idée d'une économie tirée par l'innovation, la destruction créatrice, est bien obligé de reconnaître que "le populisme vient d'un manque de mobilité sociale" et que "l'ascenseur social est cassé". S'agissant des Etats--Unis, il avance trois raisons à cette situation. D'abord, une révolution conservatrice (Reagan en Amérique, Thatcher en Grande-Bretagne) "sans souci pour les perdants. Ensuite, une "mondialisation qui profite aux salariés qualifiés, mais qui est mauvaise, pour les non qualifiés, enfin, "la robotisation" synonyme de pertes d'emploi ou de baisse des revenus: les "cols blancs" des grandes bureaucraties privées, selon l'expression de l'économiste Daniel Cohen, que sont les banques et les compagnies d'assurance, risquent de perdre leur emploi et de ne retrouver que des jobs déqualifiés dans les services.
Avec le risque d'enchaîner les petits boulots, de tomber dans la situation de "l'homme inutile" selon l'expression de Pierre-Noël Giraud, professeur d'économie de à Mines Paris Tech. "La pire des inégalités, c'est l'inutilité" souligne-t-il. C'est l'absence d'accès à l'emploi ou l'enchaînement de petits boulots. Cet homme "inutile" ne comprend pas vraiment la cause de sa situation.
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C'est "la révolte de l'homme blanc" délaissé, confirme Martine Durand. Les politiques ont laissé le système dériver, ne sont pas intéressés aux "hommes inutiles", souligne Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités. "Le problème, c'est que les hommes inutiles votent!
Sur quoi peut déboucher la victoire de Donald Trump? Philippe Aghion s'attend à une "politique de dépense publique à la Reagan, finalement très keynésienne". Pierre Noël Giraud va plus loin: "en l'absence d'alternative claire, on peut aller vers des formes de guerre civile" affirme-t-il. Il ne croit pas, toutefois, que le populisme débouche sur le fascisme, comme dans les années 30, car le bolchévisme a disparu.
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