Au Canada, Mark Carney, élu Premier ministre, succède à Justin Trudeau
latribune.fr
Ancien directeur de la Banque du Canada (2008-2013) et de la Banque d'Angleterre (2013-2020), Mark Carney a largement devancé ses adversaires en termes de soutien au sein du pays et de fonds levés.
L’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a été élu dimanche Premier ministre. Une fois désigné, le successeur de Justin Trudeau va notamment faire face aux menaces de l’administration Trump, si tant est que son parti remporte les élections générales, prévues au plus tard en octobre.
[Article publié le dimanche 09 mars 2025 à 15h29 et mis à jour le lundi 10 mars à 11h10] L'ancien banquier central, novice en politique, est devenu Premier ministre du Canada. Mark Carney, 59 ans, était donné largement favori du scrutin qui s'est terminé ce dimanche pour remplacer Justin Trudeau à la tête du parti libéral (centre gauche). Après 10 ans au pouvoir, ce dernier avait annoncé sa démission en janvier en plein chaos politique, puisqu'il avait été appelé à renoncer à son poste par un chœur de ses propres députés.
À la suite d'un vote d'environ 140.000 membres du parti, Mark Carney a obtenu 85,9 % du vote des militants du parti libéral, loin devant l'ancienne ministre des Finances Chrystia Freeland qui a recueilli 8 % des voix. Il deviendra officiellement Premier ministre dans les jours qui viennent après une passation de pouvoir avec Justin Trudeau.
Le futur chef du gouvernement canadien a déjà reçu les félicitations de la Chine, pays qui entretient pourtant des relations tumultueuses avec le Canada. Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a ajouté « espérer que la partie canadienne pourra garder une vision objective et rationnelle » et « suivre une politique positive et pragmatique » à son égard. Autre réaction du côté du Royaume-Uni. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a dit se réjouir de « travailler en étroite collaboration avec lui sur des priorités internationales communes, notamment au sein du G7 ».
« La crise la plus grave de notre vie »
Ancien directeur de la Banque du Canada (2008-2013) et de la Banque d'Angleterre (2013-2020), Mark Carney a largement devancé ses adversaires en termes de soutien au sein du pays et de fonds levés. Ces dernières semaines, une seule question a dominé les débats de la campagne : qui est la bonne personne pour affronter Donald Trump et ses attaques ?
« Les Américains veulent nos ressources, notre eau, notre terre, notre pays », a prévenu Mark Carney, lors de son discours de victoire. En effet, le Républicain menace d'augmenter de 25 % les droits de douane imposés au Canada, même si rien n'est encore gravé dans le marbre puisque le locataire de la Maison-Blanche multiplie les déclarations contradictoires. Surtout, il ne cesse de dire qu'il souhaite que le Canada devienne le « 51e État américain ». Des attaques qui exaspèrent les Canadiens dont beaucoup renoncent à leur voyage au sud de la frontière et boycottent les produits américains.
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« Nous sommes confrontés à la crise la plus grave de notre vie... tout, dans ma vie, m'a préparé à ce moment », a déclaré Mark Carney pour son dernier meeting vendredi.
C'est ce message d'homme d'« expérience », selon ses propres termes, et habitué à gérer des crises, martelé tout au long de sa campagne, qui semble avoir porté ses fruits au moment où le pays est bouleversé par une crise historique avec son puissant voisin.
Sérieux budgétaire
En effet, Mark Carney s'est présenté comme un gestionnaire sérieux du budget. « J'ai aidé à gérer de nombreuses crises et j'ai aidé à sauver deux économies », a-t-il par exemple assuré dans son discours de lancement de campagne.
« Il connaît très bien les systèmes financiers internationaux et les forces et les faiblesses de l'économie canadienne », expliqueStéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada,précisant qu'il a également réussi à se distancier de Justin Trudeau.
Ces derniers mois, il a occupé le poste de conseiller économique spécial de Trudeau et a longtemps été considéré comme un candidat au poste le plus élevé, bien que le diplômé de Harvard n'ait jamais occupé de fonction politique. Il avait récemment tenté de prendre ses distances avec le Premier ministre impopulaire, affirmant qu'il n'était « pas le seul libéral au Canada à penser que le Premier ministre et son équipe laissent trop souvent leur attention s'éloigner de l'économie ». Il bénéficie par ailleurs du soutien de plusieurs cabinets, dont celui du ministre de l'Environnement, Steven Guilbeault, et celui de la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.
Élections en vue
Mark Carney pourrait cependant ne pas rester en poste très longtemps, puisque le Canada doit organiser des élections. Le successeur de Justin Trudeau devra décider quand les convoquer, avec une date limite fixée au 20 octobre.
Or, il s'agira d'un rendez-vous majeur : puisque les libéraux forment un gouvernement minoritaire, pour conserver ce poste, il faudra remporter ces fameuses élections générales.
Et celles-ci promettent d'être plus disputées qu'attendues. Très impopulaires et jugés responsables notamment de la forte inflation et de la crise du logement, les libéraux, qui affichaient plus de 20 points de retard en janvier dans les intentions de vote, sont aujourd'hui au coude-à-coude avec les conservateurs. Selon un sondage de l'institut Angus Reid publié mercredi, Mark Carney est le choix préféré des Canadiens pour affronter Donald Trump, avec 43 % des personnes interrogées qui le plébiscitent contre 34 % pour le chef de file des conservateurs, Pierre Poilievre.
Ce dernier, qui avait le vent en poupe ces derniers mois, semble perdre du terrain dans ce nouveau contexte politique. « Sa rhétorique populiste », qui rappelle celle de Donald Trump, dérange une partie des Canadiens, explique à l'AFP Daniel Béland, professeur de sciences politiques à l'Université McGill de Montréal. À l'inverse, l'expérience internationale de Mark Carney et son côté calme, « presque ennuyeux », sont rassurants pour de nombreux Canadiens.