Le coronavirus continue à faire des ravages sur l'économie américaine... Wall Street voit rouge
Delphine Touitou, AFP

Photo d'illustration
KEVIN LAMARQUE
Delphine Touitou, AFP

Photo d'illustration
KEVIN LAMARQUE
"Nous allons reconstruire notre économie pour qu'elle soit plus grande que jamais", a assuré jeudi Donald Trump sur Fox Business Network.
Le nombre de nouvelles personnes ayant demandé des allocations chômage la semaine dernière reste élevé même s'il est en baisse par rapport à la semaine précédente. Au total, près de 36,5 millions de personnes ont pointé au chômage depuis l'arrêt brutal de l'économie mi-mars en raison des mesures draconiennes - confinement de la population, fermeture des magasins non essentiels, des restaurants, restriction du transport aérien - pour endiguer la progression du virus dans le pays.
A New York, Wall Street, prenant une nouvelle fois la mesure du choc économique, a démarré la séance dans le rouge jeudi. Le confinement était nécessaire mais il est désormais temps d'y mettre fin, a estimé le président républicain, qui vise un deuxième mandat en novembre.
Environ la moitié des Etats américains ont commencé le processus de déconfinement. Ils doivent rouvrir "quand ils peuvent, quand ils veulent", a martelé le président faisant fi des mises en garde de certains experts contre un déconfinement prématuré.
Les Etats-Unis sont le pays le plus touché par la pandémie en terme de bilan humain. La pandémie de coronavirus y a affecté plus de 1,391 million de personnes et fait plus de 84.100 morts, selon le dernier bilan de l'université Johns Hopkins qui fait référence.
Malgré tout "nous nous en sortons incroyablement bien, compte tenu du fait que nous avions la plus grande économie, de l'histoire", a estimé l'hôte de la Maison Blanche.
Un de ses conseillers économiques, Kevin Hassett a, lui, relativisé les chiffres sur les demandes d'allocation chômage.
Au cours du mois d'avril, qui était le premier à refléter l'ampleur de la crise sur la première économie mondiale, 20,5 millions d'emplois ont été détruits, du jamais vu en si peu de temps. Le taux de chômage s'est hissé à 14,7%, son niveau le plus haut depuis 80 ans. En février, il était à son plus bas niveau en 50 ans (3,5%).
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Ce taux catastrophique n'est "pas une surprise", a commenté le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin mercredi soir.
Donald Trump a estimé que le troisième trimestre serait un "trimestre de transition" avant une accélération de la reprise au dernier trimestre et surtout l'an prochain.
A l'approche des élections de novembre, il assure même que 2021 sera "la meilleure année pour l'économie que nous ayons jamais eue", grâce aux mesures de relance.
Pour l'heure, la première économie mondiale est à la peine. Le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis a reculé de 4,8% au premier trimestre, la baisse la plus importante depuis le quatrième trimestre 2008, époque où les Etats-Unis s'enfonçaient dans la Grande récession. La chute devrait être sans précédent au deuxième trimestre, de 30% et 40% selon les économistes.
Le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell a lui-même mis en garde contre les dommages potentiellement "durables" de la pandémie sur l'économie.
A ce jour, le Congrès a fourni quelque 2.900 milliards de dollars de soutien budgétaire aux ménages, aux entreprises, aux prestataires de soins de santé ainsi qu'aux Etats et collectivités locales, soit environ 14% du produit intérieur brut. Selon M. Powell, la pleine reprise pourrait prendre plus de temps que prévu.
La Bourse de New York a nettement reculé mercredi après une intervention du patron de la Réserve fédérale (Fed), qui a prévenu que les dégâts causés par le nouveau coronavirus pourraient avoir un impact durable sur l'économie américaine.
Son indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a perdu 2,17% à 23.247,97 points. Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a cédé 1,55% à 8.863,17 points. L'indice élargi S&P 500, qui représente les 500 plus grandes entreprises de Wall Street, a reculé de 1,75% à 2.820,00 points.
Selon JJ Kinahan de TD Ameritrade, le président de la Fed "a fait de son mieux, mais le marché a jugé que son intervention était le signal que la Bourse s'était montrée trop optimiste sur le redémarrage de l'économie" américaine.
Après avoir touché des plus bas sur l'année mi-mars, les indices new-yorkais ont en effet entamé une spectaculaire remontrée jusque début mai, alors même que les indicateurs économiques ont montré les uns après les autres les ravages causés par le coronavirus sur l'activité des Etats-Unis.
Par ailleurs, les acteurs du marché sont restés attentifs mercredi au regain de tensions entre les Etats-Unis et la Chine, qui pourrait aggraver le ralentissement de l'économie mondiale. L'administration américaine a affirmé à de multiples reprises disposer de preuves selon lesquelles le nouveau coronavirus proviendrait d'un laboratoire de la ville de Wuhan, berceau de la pandémie. Pékin a vigoureusement démenti ces accusations, les qualifiant de mensongères et insensées.
À lire également
L'escalade verbale entre Pékin et Washington a pesé sur le secteur des semi-conducteurs, généralement considéré comme le baromètre des relations entre les deux pays. De nombreuses entreprises américaines produisent et distribuent leurs puces en Chine. Le titre Intel a perdu 1,11%, celui de Micron Technology 4,73% et l'action Texas Instruments 2,35%.
Sur le marché obligataire, le taux à 10 ans sur la dette américaine reculait, s'établissant à 0,6541% contre 0,6651% la veille à la clôture.
Delphine Touitou, AFP