L'inflation dans la zone euro s'est accélérée en avril, en raison principalement de l'augmentation des prix de l'énergie, confirment les chiffres définitifs publiés mercredi par Eurostat. Aux Etats-Unis, les prix à la consommation ont augmenté de 4,2% en avril. Au delà des poussées inflationnistes, il est difficile à ce stade de confirmer une tendance à long terme d'après des économistes interrogés par La Tribune.Les débats sur la menace inflationniste font rage actuellement. Les différentes annonces des gigantesques plans de relance de Joe Biden et la flambée des prix des matières premières en début d'année ont alimenté les craintes du spectre d'un retour de l'inflation au pays de l'Oncle Sam. La nervosité s'est emparée des marchés financiers à Wall-Street depuis plusieurs semaines. Une partie de la presse américaine et des médias européens ont tiré la sonnette d'alarme sur les risques d'un phénomène de propagation de hausse des prix à l'ensemble des pays du Vieux Continent.
Avec la sortie de crise qui se profile, les investisseurs ont les yeux rivés sur les indicateurs.
« A court terme, il ne fait guère de doute que l'inflation va augmenter par effet de base aux Etats-Unis. La réouverture de l'économie doit faire face à une hausse de la demande. Jusque là, il n'y a rien d'anormal. Il est logique que les Etats-Unis soient plus concernés par ce phénomène que l'Europe» a expliqué Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement stratégique Carmignac lors d'un séminaire lors d'un webinaire ce 19 mai.«Au-delà de l'effet de base, comment cet effet pourrait-il se prolonger à moyen terme ? Les prévisions de croissance aux Etats-Unis engendrent une euphorie sur les marchés. La forte croissance attendue engendre un risque de surchauffe. Certes le chômage a augmenté mais il baisse très vite. La poussée d'inflation aux Etats-Unis ne devrait pas être qu'un feu de paille. Il ne faut pas sous-estimer la politique américaine de vouloir soutenir les salaires. Le scénario d'inflation aurait un effet de pincement sur les marges des entreprises » a-t-il ajouté.
Ce mercredi, les chiffres de la Commission européenne sur l'inflation montrent que les prix ont effectivement augmenté de 1,6% dans la zone euro au mois d'avril contre 1,3% au mois de mars. Il y a un an, le taux d'inflation était de 0,3%. Il dépasse même les 2% en Allemagne et s'établit à 2% en Espagne. En France, cette hausse atteint 1,6%.
«C'est essentiellement l'effet de base et les prix du pétrole qui ont joué sur la hausse des prix en zone euro »explique l'économiste indépendant Christopher Dembik et ancien directeur de la recherche macro chez Saxo Bank interrogé parLa Tribune.«La hausse des prix du pétrole et la réouverture des économies vont avoir des effets sur une période transitoire d'environ six mois »ajoute-t-il. La moyenne en zone euro reste bien en deçà des objectifs de la Banque centrale européenne (BCE) qui vise une inflation« proche mais inférieure à 2% ».
Au Royaume-Uni, le taux d'inflation a nettement accéléré à 1,5% en avril retrouvant son niveau de mars 2020, porté notamment par l'habillement et le carburant, a annoncé mercredi le Bureau national des statistiques (ONS). Cette accélération de l'inflation en avril intervient alors que le pays a engagé le mois dernier une nouvelle phase de redémarrage de l'activité, avec notamment la réouverture des commerces non essentiels. Si les risques d'une poussée inflationniste en Europe ne doivent pas être écartés, il est nécessaire de rappeler que ces pics ne dessinent pas forcément une tendance à moyen ou long terme.