Les droits de douane, l'autre ligne de fracture au sein de la Fed
La Tribune

Le siège de la Fed, à Washington.
Kevin Lamarque
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Le siège de la Fed, à Washington.
Kevin Lamarque
La Réserve fédérale américaine se retrouve, une nouvelle fois, au cœur d'un dilemme économique et politique. Les minutes de sa réunion des 29 et 30 juillet derniers, publiées ce 20 août, mettent en lumière la difficulté de la banque centrale à évaluer l'impact réel sur l'inflation et la croissance des droits de douane imposés par l'administration Trump.
Si la majorité des membres du Comité de politique monétaire (FOMC, Federal Open Market Committee) ont choisi de maintenir inchangée la fourchette cible du taux des fonds fédéraux, deux gouverneurs, Michelle Bowman et Christopher Waller, ont plaidé pour une baisse de 25 points de base, estimant que l'inflation - hors effets temporaires des tarifs - se rapproche déjà de l'objectif de 2 %. Cette dissidence rare illustre l'ampleur des incertitudes qui entourent la trajectoire économique américaine.
Les responsables de la Fed reconnaissent que les hausses de droits de douane commencent à se refléter dans l'évolution des prix des biens. Mais l'ampleur, la durée et la transmission exacte de ces hausses restent à ce stade « incertaine ». Plusieurs facteurs expliquent ce « brouillage » selon la Fed : constitution de stocks par les importateurs avant l'entrée en vigueur des tarifs, contrats à prix fixe retardant la répercution des coûts supplémentaires, ou encore stratégies d'entreprises visant à absorber partiellement la hausse en comprimant leurs marges ou en ajustant leurs chaînes de production.
« Les coûts des tarifs sont pour l'essentiel supportés par les entreprises et les consommateurs américains », notent certains participants, qui anticipent néanmoins que ces coûts finiront par être davantage répercutés aux ménages. D'autres soulignent que la faiblesse de la demande limite, pour l'instant, la capacité des entreprises à relever leurs prix.
Cette incertitude complique l'action de la Fed, dont le mandat repose sur la stabilité des prix et le plein emploi. Du côté de l'inflation, les risques sont clairement orientés à la hausse : la hausse des tarifs pourrait provoquer non pas un simple sursaut ponctuel, mais une inflation plus durable.
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Mais dans le même temps, sur le front de l'emploi, les signaux d'affaiblissement s'accumulent. La croissance américaine a ralenti au premier semestre, tirée vers le bas par la consommation et l'investissement immobilier. Plusieurs responsables notent la modération actuelle de la création d'emplois, alors que la hausse des coûts d'importation pourrait menacer à terme certains secteurs clefs, à commencer par l'industrie et l'agriculture. La Fed souligne ainsi qu'elle pourrait être confrontée à des arbitrages douloureux si l'inflation restait élevée tandis que le marché du travail se détériorait.
Pour l'heure, la banque centrale opte pour l'attentisme : maintenir une politique « modérément restrictive » tout en restant prête à agir rapidement si la situation évolue. Les minutes indiquent qu'« il faudra du temps pour mieux cerner l'ampleur et la persistance des effets des tarifs », tout en rappelant qu'il n'est « ni faisable ni souhaitable d'attendre une clarté totale » avant d'ajuster la politique monétaire.
En clair, la Fed s'apprête à naviguer à vue, en scrutant les données économiques à venir. Les investisseurs anticipent encore une baisse de taux d'ici la fin de l'année, mais l'équilibre fragile entre une inflation entretenue par les barrières commerciales et un marché du travail en perte de vitesse laisse présager des débats houleux au sein de la Réserve fédérale.
> Document : les minutes intégrales de la Fed
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