Batsheva Yahalomi ne reviendra pas habiter Nir Oz. Trop de traumatismes, trop d'angoisse, trop de souffrances sont associés à ce kibboutz distant d'à peine 2 kilomètres de la bande de Gaza. Le 7-Octobre, il a été attaqué, comme les autres localités bordant l'enclave palestinienne, par des centaines de combattants du Hamas. L'enseignante avait trouvé la force de s'arracher aux griffes des assaillants avec sa fille de 10 ans et son bébé. Mais son fils Eitan, 13 ans, a été kidnappé sous ses yeux comme son époux, Ohad, blessé pendant l'assaut. Eitan a été libéré après cinquante-deux jours de captivité. Ohad, lui, reste aux mains du Hamas. Lui et Ofer Kalderon, autre résident de Nir Oz, sont les deux derniers otages français retenus par l'organisation islamiste. Ils font partie des 101 captifs encore retenus dans les tunnels de Gaza.
À l'approche de la date anniversaire de la tragédie nationale, Batsheva Yahalomi s'est de nouveau rendue sur les lieux du drame. Au-dehors, dans les allées verdoyantes du village, bordées de maisonnettes détruites ou saccagées, le bruit des canons de l'artillerie israélienne se fait entendre. La mère de famille sait pourtant que le centre de gravité de la guerre s'est déplacé au nord. Cela lui donne autant de motifs d'espoir que d'inquiétude. « L'affrontement avec le Hezbollah libanais peut déboucher sur un cessez-le-feu à toutes les frontières, ce qui permettrait le retour des otages, explique-t-elle. Ou bien dégénérer en guerre totale. » L'attaque aux missiles iraniens contre l'État hébreu mardi et la réplique attendue de Tel-Aviv renforcent l'idée de ce dernier scénario.
Une autre inquiétude ronge la jeune femme, réinstallée avec ses enfants à HaOgen, un autre kibboutz du centre d'Israël, peuplé par des rescapés de la Shoah. « Plus on s'éloigne du 7-Octobre, moins le sort de nos proches suscite d'empathie. En Israël, les otages sont devenus un sujet politique. Or il n'est pas possible de vivre dans un pays qui ne fait pas tout pour ramener les siens à la maison. Et à l'étranger, les gens ne comprennent pas que nos voisins ne sont pas la Suisse ou l'Allemagne, mais des organisations terroristes. »