Au Liban, le Hezbollah terrassé
Antoine Malo

Un secouriste intervient dans un bâtiment détruit lors d’une frappe israélienne dans le quartier Haret Hreik de Beyrouth, hier.
LTD/IBRAHIM AMRO/AFP
Antoine Malo

Un secouriste intervient dans un bâtiment détruit lors d’une frappe israélienne dans le quartier Haret Hreik de Beyrouth, hier.
LTD/IBRAHIM AMRO/AFP
Un séisme, une révolution ou tout du moins un changement de paradigme profond au Moyen-Orient. En éliminant Hassan Nasrallah, dont la mort a été confirmée par le Hezbollah hier, Israël ne s'est pas seulement débarrassé de l'un de ses principaux et plus vieux ennemis. Il a aussi rebattu les cartes de l'ensemble de la région.

De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village de Khiam, dans le sud du Liban, le 28 septembre 2024. (Crédits : LTD / Rabih DAHER / AFP)
Sur le très court terme, la mort du leader chiite est une victoire indéniable et éclatante pour les autorités israéliennes. « C'est l'un des assassinats les plus importants de l'histoire d'Israël », a ainsi expliqué hier le ministre de la Défense, Yoav Gallant, pourtant peu habitué à l'emphase. Elle démontre, après l'assassinat d'Ismaël Haniyeh fin juillet à Téhéran, l'aptitude du renseignement israélien à débusquer les ennemis, peu importe où ils se cachent. Selon les confidences d'officiels israéliens au New York Times, cela faisait des mois que le Mossad traquait Nasrallah. Une fois celui-ci localisé, le secret autour de l'opération a été bien gardé. Ainsi, le chef d'état-major de l'armée de l'air n'a été mis au courant de la cible à frapper que quelques jours avant de faire décoller ses chasseurs. Vendredi soir, 80 projectiles auraient été largués pour s'assurer que le chef du Hezbollah n'en réchappe pas.
Cet assassinat est d'autant plus saisissant qu'il s'inscrit dans une offensive fulgurante contre le mouvement chiite libanais. Ce blitzkrieg a commencé il y a une dizaine de jours par les explosions de bipeurs et de talkies-walkies qui ont laissé le monde stupéfait. Il s'est poursuivi par des frappes aériennes visant des responsables du Parti de Dieu. C'est ainsi toute sa chaîne de commandement qui est aujourd'hui décapitée. Vendredi, le responsable du front sud, l'un des derniers à avoir survécu, est mort avec Nasrallah. Tsahal ne compte d'ailleurs pas s'arrêter là. Hier, elle a procédé à de nouvelles frappes à Beyrouth mais aussi dans le Sud libanais. Le chef d'état-major de l'armée a prévenu hier qu'il était « déterminé à continuer de détruire le Hezbollah ».
Le moment choisi par Israël pour cette démonstration de force n'est évidemment pas anodin. Dans dix jours, le pays marquera le premier anniversaire des massacres du 7 octobre. Éliminer Nasrallah, c'est en partie laver l'humiliation des attaques du Hamas, qui avaient mis en lumière les errements de l'armée, du renseignement, de l'État. C'est aussi montrer qu'Israël reste la principale puissance dans la région. Benyamin Netanyahou sait aussi le gain politique qu'il peut en tirer. Depuis l'annonce de l'offensive au Liban, la semaine passée, sa cote de popularité est remontée.

Un homme blessé est évacué du lieu d'une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 20 septembre 2024. La frappe sur le bastion du Hezbollah dans la capitale libanaise, Beyrouth, aurait tué au moins huit personnes et en blessé des dizaines d'autres. (Crédits : ©LTD / AFP)
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Pour autant, la mort de Nasrallah et plus largement l'opération menée au Liban ne sont pas sans risques. Sur la scène internationale, elles pourraient isoler Israël, dont l'image est déjà sérieusement écornée par la guerre à Gaza, qui a fait, selon le Hamas, plus de 41 000 morts.
L'autre danger est le risque d'effondrement du Liban. Aussi terroriste, autoritaire et sectaire soit-il, le Hezbollah constitue aujourd'hui l'une des rares structures sur lesquelles repose le pays. S'il venait à s'écrouler, entraînera-t-il dans sa chute un pays du Cèdre déjà exsangue, rongé par la corruption, la crise économique, et où les divisions confessionnelles ne demandent qu'à ressurgir ?
Diplomatiquement, Israël vient aussi de prendre des risques avec son principal allié et fournisseur d'armes, les États-Unis. Même si Joe Biden a affirmé hier que l'assassinat du leader du Hezbollah était « une mesure de justice » et qu'il soutenait le droit d'Israël à se défendre, le président américain aurait des raisons d'en vouloir à Benyamin Netanyahou. La veille de l'attaque, Washington présentait en effet avec la France une proposition de cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Le texte, selon les confidences d'officiels américains, avait été rédigé à la ligne près avec le Premier ministre israélien. Or ce dernier, en arrivant vendredi à New York pour intervenir devant l'assemblée générale de l'ONU, a immédiatement rejeté l'offre. Et, quelques heures plus tard, il donnait instruction de tuer Nasrallah.
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Enfin, et c'est sans doute le plus inquiétant, l'opération pourrait ouvrir la voie à une confrontation régionale à plus large échelle. Même affaibli, le Hezbollah pourrait essayer de frapper plus durement son voisin. Une opération au sol de l'armée israélienne au Liban-Sud pourrait aussi être beaucoup plus coûteuse pour Tsahal que l'actuelle campagne aérienne. Le scénario du pire dépendra en grande partie de l'attitude de l'Iran. Jusqu'ici, Téhéran, qui ne souhaite pas compromettre son programme nucléaire, s'est bien gardé de toute escalade. Il semblerait toutefois étonnant que la République islamique ne réagisse pas à l'élimination de Nasrallah, qui était l'un des piliers de l'« axe de la résistance » contre Israël défini par les mollahs. L'ayatollah Mohammad Hassan Akhtari, vice-ministre chargé des affaires internationales, a d'ailleurs affirmé hier que les instances supérieures du pays avaient autorisé le déploiement de forces au Liban pour combattre Israël.
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