Pour l’historien Eli Barnavi, Benyamin Netanyahou mène depuis le 7-Octobre des guerres sans avoir de visée stratégique. Il estime tout de même que des voies vers la paix restent possibles.LA TRIBUNE DIMANCHE - Dans quel état se trouve Israël un an après le 7-Octobre ?
ELI BARNAVI - Nous avons dépassé l'état de sidération. Le pays a même retrouvé un semblant de vie normale. Mais tout cela reste en surface, car le traumatisme, l'inquiétude, l'angoisse perdurent. Personne ne sait de quoi demain sera fait. L'opinion est déboussolée, mais surtout très divisée. La société n'est absolument pas unie autour des buts de guerre, ni autour de quoi que ce soit d'ailleurs. Nous sommes maintenant engagés dans une opération d'envergure dans le Nord qui menace de dégénérer en guerre totale. Pour l'instant, il y a un certain consensus sur ce que l'armée y fait. Mais si cela tourne mal, il risque de voler en éclats. À cela, il faut ajouter les problèmes économiques : une bonne partie des hommes sont dans la réserve militaire et une seule journée de bombardements au Liban coûte 650 millions de dollars. Si l'on met tous ces éléments bout à bout, alors on obtient une société en crise profonde.
Le 7-Octobre marque-t‑il une rupture dans l'histoire d'Israël ?
C'est même un cataclysme. Pour la première fois, l'ennemi a occupé, pendant une journée entière, un morceau du territoire souverain, a tué et pris en otage des civils. Or Israël a été créé précisément pour que ce genre de chose ne puisse plus se passer.
Comment nommer la période dans laquelle le pays est entré depuis ?
Peut-être l'ère de la fin des illusions. Nos failles, nos vulnérabilités, les faiblesses avec lesquelles nous n'avons jamais voulu nous confronter nous ont éclaté au visage le 7-Octobre. Nous les avions déjà aperçues lors de la guerre du Kippour, en 1973. Mais c'était resté une affaire de militaires et nous avions rétabli assez rapidement la situation. Ici, c'est tout à fait différent, bien plus grave.
Propos recueillis par Antoine Malo