Les champions de la lutte contre le réchauffement climatique ne sont plus ceux qu'on croit. Longtemps mené par l'Europe, l'engagement en faveur du climat a trouvé de nouveaux supporteurs: les pays les plus pauvres de la planète.
Depuis plusieurs mois, les 195 pays membres des Nations unies négocient afin de trouver un accord international permettant de limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2°C d'ici la fin du siècle. Une gageure, puisqu'à quelques semaines de la COP 21, l'ensemble des contributions nationales proposées par les pays ne permettrait de limiter le réchauffement qu'à 3°C ou plus.
Dans une analyse réalisée par une alliance d'ONG, la responsabilité de cette feuille de route en deçà des attentes échoit principalement à une poignée de pays: Australie, Canada, Japon, mais aussi Turquie et Russie, dont les contributions sont bien en deçà de leur responsabilité dans le réchauffement de la planète.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Si l'Union européenne est jugée dans la moyenne avec une contribution qui recouvre 50% de sa responsabilité dans le changement climatique, certains pays en développement obtiennent les félicitations du jury: le Kenya, les îles Marshal, mais aussi des pays émergents tels que la Chine, l'Inde et l'Indonésie, dont la contribution va bien au-delà de leur responsabilité historique.
Les objectifs nationaux de lutte contre le changement climatique, appelés INDCs (Intended Nationally Determined Contributions) détaillent les moyens mis en œuvre dans chaque pays d'adaptation et d'atténuations face au réchauffement climatique. Pour l'heure, 146 pays représentant près de 87% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ont soumis leurs plans d'action climat aux Nations Unies, parmi lesquels un grand nombre de pays pauvres.
"Il faut notamment saluer l'engagement des pays africains, qui ont presque tous remis leur contribution, et ont parfois été parmi les premiers à le faire", souligne Marion Richard, responsable climat et développement du RAC.
Une première pour de nombreux pays parmi les plus pauvres de la planète, peu habitués à planifier une politique énergétique et de développement sur le long terme. Surtout, les pays en développement, victimes du changement climatique plus que responsable, n'étaient jusqu'ici pas obligés de contribuer aux négociations climatiques internationales, qui restaient l'apanage des pays riches.
En effet, les pays de l'"Annexe 1" de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques (CCNUCC) - c'est-à-dire les pays qui ne sont pas les responsables historiques du réchauffement climatique - n'ont pas d'obligation chiffrée en termes de réduction de CO2. Mais face à l'urgence climatique, nombre d'entre eux se sont fixé des objectifs, parfois très ambitieux.
Les 48 pays les moins avancés, qui comptent une majorité d'États de l'Afrique subsaharienne et de petits États insulaires, particulièrement vulnérables au changement climatique, ont tous remis une contribution nationale en vue de la COP 21. "L'effort des pays en développement dépasse largement leur responsabilité dans le cadre du réchauffement climatique", souligne Marion Richard. En 2012, l'Afrique n'était responsable que de 3,3% des émissions mondiales liées à l'énergie.
Les îles Kiribati se sont engagées à réduire de près de 13% leurs émissions de CO2 d'ici à 2030, par rapport à un scénario de statu quo. Mais avec un soutien international approprié, Kiribati affirme pouvoir viser un objectif bien plus ambitieux: réduire de 61,87% ses émissions de CO2 d'ici 2030.
Du côté du Niger, un des pays les plus pauvres du monde, l'estimation des besoins de financement table sur 8,7 milliards de dollars entre 2020 et 230 pour mettre en œuvre son programme, soit 48% du PIB du pays.
Le pays s'engage à financer quoiqu'il arrive 1,2 milliard de dollars, soit près de 9% de son PIB. Mais là aussi, les financements permettraient au pays de réduire de 34,6% ses émissions de CO2 d'ici 2030, contre 3,5% sans soutien international.
"Les contributions sont très sérieuses, mais leur réalisme tient à celle des financements", reconnait Celia Gautier du RAC. Notamment pour les pys les moins avancés, où la quasi-totalité des engagements est conditionné. Un frein qui pourrait à terme vider de leur substance certaines ambitions, tant le niveau des financements internationaux apparaît incertain.
Les pays en développement ont en effet promis 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 pour aider les pays du Sud à faire face au changement climatique. Une promesse qu'ils peinent à honorer.
Pour l'heure, seuls 62 milliards de dollars ont transité du Nord vers le Sud en 2014, selon les estimations de l'OCDE. Mais ces sommes restent très éloignées des plus de 1000 milliards de dollars nécessaires à la lutte contre le changement climatique, selon les estimations du PNUD.
___
CONTEXTE
Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP. Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20e conférence, à Lima, en décembre 2014.
À lire également
Paris organise la 21e conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les États doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.
PROCHAINES ÉTAPES
Par Cécile Barbière, Euractiv.fr (article publié le 22 octobre 2015)

« Le système international actuel est ploutocratique » : le scénario choc de Thomas Piketty pour une planète soutenable en 2100
🔴SpaceX, l'Australie contre les droits de douane de Trump, loi de programmation militaire... L'essentiel de l'actualité ce jeudi 4 juin
La crise énergétique menace jusqu'à 1,3 million d'emplois en Europe
Budget : la sombre prévision de la Commission européenne pour la France