Minerais : pourquoi le Groenland est dans le viseur de Trump
latribune.fr

Le 7 janvier 2025, le fils de Donald Trump, Donald Trump Jr., s'est rendu à Nuuk, la capitale du Groenland.
Reuters
latribune.fr

Le 7 janvier 2025, le fils de Donald Trump, Donald Trump Jr., s'est rendu à Nuuk, la capitale du Groenland.
Reuters
Territoire autonome du Danemark et vaste comme quatre fois la France, le Groenland est perçu comme un gisement inexploité - ou presque - de ressources minérales stratégiques, notamment de terres rares. Entre autres raisons, cette richesse supposée éveille l'appétit du futur président américain Donald Trump. Ce dernier a qualifié le contrôle de l'île de « une nécessité absolue » pour « la sécurité nationale et la liberté à travers le monde ».
Depuis 2009, il revient aux Groenlandais de décider de l'usage de leurs matières premières. L'accès aux ressources minérales est jugé crucial par les Américains qui ont signé un mémorandum sur la coopération minière en 2019. Les Européens leur ont emboîté le pas quatre ans plus tard avec leur propre accord de collaboration.
Les sols groenlandais sont extrêmement bien cartographiés, ce qui a permis d'établir une carte détaillée des ressources. L'UE a ainsi identifié 25 des 34 minéraux de sa liste officielle de matières premières essentielles, y compris les terres rares.
« Avec l'augmentation de la demande pour les minéraux, on a besoin d'aller chercher des ressources inexploitées, relève Ditte Brasso Sørensen, une experte en géopolitique et directrice-adjointe du groupe de réflexion Europa. Les acteurs [internationaux] sont de plus en plus conscients de la nécessité de diversifier leurs sources d'approvisionnement, en particulier lorsqu'il s'agit de la dépendance de la Chine à l'égard des terres rares ». À cela s'ajoute la crainte que la Chine ne mette la main sur les ressources minérales, dit-elle.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Pourtant, actuellement, le secteur est inexistant. Seules deux mines sont exploitées au Groenland, l'une de rubis qui cherche de nouveaux investissements et l'autre d'anorthosite, un métal qui contient du titane. Économiquement, ce territoire, qui cherche à s'émanciper du Danemark, dépend d'une subvention de Copenhague, qui représente un cinquième de son PIB, et de la pêche. Beaucoup d'espoirs sont placés dans l'ouverture en novembre d'un aéroport international à Nuuk, sa capitale. Il devrait en particulier permettre de développer le tourisme, si les infrastructures s'améliorent. Or, l'enjeu est crucial pour l'industrie minière.
Ditte Brasso Sørensen met en exergue les difficultés intrinsèques locales de l'activité : « Des conditions climatiques très rudes, un environnement protégé et beaucoup de coûts avec la nécessité de développer les infrastructures physiques et numériques ». « Le système réglementaire, qui n'a pas encore fait ses preuves, ajoute également aux incertitudes », souligne-t-elle.
L'opposition de la population à l'extraction d'uranium dans le sud a mené à une législation interdisant l'extraction de produits radioactifs. Autre source de fantasme, les énergies fossiles, dont l'exploitation est aujourd'hui au point mort. « Le gouvernement du Groenland a suspendu la prospection pétrolière au Groenland et voit un grand potentiel dans l'hydroélectricité », développée avec l'aide des Danois, conclut Rastad Bjørst.
Les États-Unis ont toujours eu des intérêts dans la région et voient le Groenland comme un point d'accès crucial aux ressources minérales, particulièrement dans le contexte des rivalités croissantes avec la Chine et la Russie. « Pendant la guerre, quand le Danemark était occupé par l'Allemagne, les États-Unis se sont saisis du Groenland. D'une certaine manière, ils ne l'ont jamais quitté », explique l'historienne Astrid Andersen, de l'Institut danois des études internationales.
À lire également
Les États-Unis ont toujours une base active dans le nord-ouest de l'île, à Pituffik. Le Groenland est ainsi la trajectoire la plus courte pour le tir de missiles vers la Russie. En outre, « les États-Unis se plaignent légitimement du manque de surveillance de l'espace aérien et sous-marin à l'est du Groenland », relève son confrère, le politologue Ulrik Pram Gad. Quand la fonte des glaces libère les routes maritimes, « la problématique est légitime, mais Trump utilise des termes exagérés », estime-t-il.
(Avec AFP)
latribune.fr