Pandémie puis Brexit sans accord ? Le Royaume-Uni risque un double choc

 |  | 742 mots
Le Premier ministre Boris Johnson affirme qu'une sortie brutale de l'UE représenterait une bonne issue permettant au pays de prospérer car il aurait la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde.
Le Premier ministre Boris Johnson affirme qu'une sortie brutale de l'UE représenterait "une bonne issue" permettant au pays de "prospérer" car il aurait "la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde". (Crédits : Molly Darlington)
Selon Thomas Sampson, économiste à la London School of Economics (LSE), un Brexit sans accord "pourrait être plus coûteux que le Covid-19" car étalé sur une plus grande période.

Le spectre d'un Brexit sans accord revient hanter une économie britannique déjà à genoux en raison de la pandémie, faisant craindre un double choc de nature à laisser des traces durables sur la croissance et l'emploi.

La perspective d'un "no deal" à l'issue de la période de transition fin décembre se rapproche à l'heure où les négociations sur la relation future entre Londres et Bruxelles piétinent. Downing Street a averti que sans accord mi-octobre, le Royaume-Uni jetterait l'éponge définitivement.

Lire aussi : Brexit : le ton monte entre le Royaume-Uni et l'UE

Le Premier ministre Boris Johnson, l'un des artisans du Brexit, affirme qu'une telle sortie brutale de l'Union européenne représenterait "une bonne issue" permettant au pays de "prospérer" car il aurait "la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde".

Mais pour nombre d'économistes, ce scénario porterait "un nouveau coup majeur pour l'économie britannique [...] qui se relève à peine du plus grand choc dont on puisse se souvenir", fait valoir auprès de l'AFP Jonathan Portes, professeur d'économie au King's College de Londres.

Un Brexit sans accord "pourrait être plus coûteux que le Covid-19" car étalé sur une plus grande période, avance même Thomas Sampson, économiste à la London School of Economics (LSE), dans une étude récente.

Les relations commerciales britanniques avec l'Union européenne se retrouveraient alors régies par les règles de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Cela s'accompagnerait d'une réintroduction de droits de douane parfois punitifs, notamment sur l'alimentaire ou les composants industriels, quelques mois après la fin des aides au maintien de l'emploi gouvernementales introduites pour atténuer l'impact de la pandémie, et qui s'achèvent fin octobre.

Le précédent gouvernement conservateur avait lui-même évalué fin 2018 qu'un tel scénario amputerait le produit intérieur brut (PIB) britannique de 7,6% sur une période de 15 ans.

Signe de l'inquiétude, la livre sterling a décroché ces derniers jours et l'organisation patronale CBI redoute que de nombreuses entreprises, surtout les PME, ne puissent survivre à ce double choc.

"Un accord poserait les bases de la reprise post-covid à travers le continent", plaide Josh Hardie, directeur général adjoint du CBI.

L'industrie en première ligne

Si des secteurs frappés de plein fouet par la pandémie, comme la restauration et le transport aérien, semblent à l'abri du Brexit, l'industrie, elle, est en première ligne, car dépendante du continent pour ses approvisionnements et débouchés.

Le géant de l'aéronautique Airbus envisage de réduire ses investissements dans le pays, et de grands constructeurs automobiles étrangers pourraient faire leurs valises au risque d'assister à des fermetures d'usines et des pertes d'emplois.

Le japonais Nissan a, selon le Financial Times, choisi de reporter, d'octobre à avril 2021 au mieux, la production de sa nouvelle Qasqai au Royaume-Uni, le temps notamment de voir comment le vent tournera.

Même le milliardaire pro-Brexit Jim Ratcliffe semble avoir renoncé à faire construire son 4x4 au Pays de Galles et cherche à le produire dans une usine française.

De leur côté, en cas de Brexit sans accord, les consommateurs britanniques devraient subir une hausse de prix dans les supermarchés puisque que le Royaume-Uni importe une grande partie de ses produits alimentaires, comme les fruits, légumes, poissons.

L'impact sur l'industrie et les ménages "pourrait encore accroître les inégalités au Royaume-Uni", prévient Josh De Lyon, économiste à la LSE, interrogé par l'AFP.

Malgré ces risques, le gouvernement conservateur mise sur son projet de "Global Britain" et sur la négociation d'accords de libre-échange avec les États-Unis, le Japon, l'Australie et le Canada, même si pour M. De Lyon, "les études montrent que le coût du Brexit va largement dépasser le bénéfice" de ces accords.

Londres compte en outre sur la mise en place de ports francs et la reprise en main des réglementations, quitte à les assouplir pour attirer entreprises et investisseurs, notamment à l'avantage de son puissant secteur financier.

Rejetant l'épouvantail d'une dérégulation à tout va, M. Portes estime que "malgré le Brexit, le Royaume-Uni va rester une économie prospère avec des secteurs qui réussissent comme la finance, l'éducation de haut niveau, le juridique, etc".

Selon lui, "le Brexit ne sera pas bénéfique mais ce n'est pas non plus la fin du monde".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/09/2020 à 10:31 :
Pourquoi pas avant d'entamer le vote sur le Brexit, on fait d'abord les négociations commerciales, géopolitiques et économiques et les différentes règles de coopérations ?
a écrit le 10/09/2020 à 9:43 :
Comment font les pays qui n'appartiennent pas à l'Union européenne ? Sont-ils tous pauvres et malheureux ? Tous les 27 Etats membres de l'Union européenne sont-ils prospères et enviables ? Le covid-19 n'a-t-il touché que le Royaume-Uni ? Les autres pays européens ont-ils définitivement vaincu le coronavirus ? Leurs économies sont-elles beaucoup plus solides que celle du Royaume-Uni ?
a écrit le 10/09/2020 à 9:08 :
"L'industrie en première ligne"

LOL !

L'industrie anglaise a été anéantie par la City en collaboration avec le désastreux Tony Blair.

Vous étés censés être des gens cultivés les gars, on aimerait bien avoir de temps en temps de quoi manger.

La vache le niveau intellectuel actuel... -_-
Réponse de le 10/09/2020 à 10:25 :
La part de l'industrie dans le PIB du Royaume-Uni est PLUS élevée que la part de l'industrie dans le PIB français, contrairement aux idées reçues.
a écrit le 09/09/2020 à 22:18 :
On sent combien le Royaume-Uni tremble sur ses bases...mais peut-être surtout de rire !
a écrit le 09/09/2020 à 22:04 :
Ah les probrexit(s) du commentaire sont là.....tjrs aussi anti européens..... j adore lire vos commentaires ‘panoramix’ ‘r2d2’ et ‘non mais.. Ça me détend comme quand j étais enfant et lisais les oui-oui. Bon j ai grandi....
a écrit le 09/09/2020 à 22:04 :
Ah les probrexit(s) du commentaire sont là.....tjrs aussi anti européens..... j adore lire vos commentaires ‘panoramix’ ‘r2d2’ et ‘non mais.. Ça me détend comme quand j étais enfant et lisais les oui-oui. Bon j ai grandi....
a écrit le 09/09/2020 à 18:42 :
Et rebelote !! Pour la énième fois, on agite le chiffon du cataclysme apocalyptique du Brexit pour faire peur aux gueux, alors que les bourses, y compris celles de Londres, se sont jamais si bien portées.
Et en plus, les anglais redeviennent maîtres de leur destin (ils vont nous mettre une pile au niveau fiscal, c'est déjà acté) ! Peut-être un exemple à méditer pour le roi des francs, phare de la Pensée ultralibérale mondiale, et vendeur de la France (traité d'Aix la Chapelle) ...
Réponse de le 10/09/2020 à 13:58 :
Ça se passe bien les réunions aux RN ?
Réponse de le 10/09/2020 à 23:15 :
Pas sur qu'une pile au niveau fiscale soit dans l'intérêt de l'Anglais moyen. C'est surement une bonne nouvelle pour les financiers qui en tireront les bénéfices, mais pour l'homme de la rue, ce sera plus de précarité, moins de pouvoir d'achat.
a écrit le 09/09/2020 à 18:00 :
"Londres compte en outre sur la mise en place de ports francs et la reprise en main des réglementations, quitte à les assouplir pour attirer entreprises et investisseurs"
Pour le citoyen moyen cela s'annonce pas radieux... Ce que Tatcher n'avait pas eu le temps de faire (ou l'idée de le faire) arrive lentement mais surement.
a écrit le 09/09/2020 à 14:53 :
L'UE ne sait déjà pas s'occuper de sa zone de responsabilité, mais elle s'inquiète d'une "irresponsabilité" des autres!
a écrit le 09/09/2020 à 14:51 :
L'impact du brexit est considérablement grossi jusqu'à la fake news.
En fait l'impact majeur est pour l'avenir de l'U.E.
Le détricotage a commencé avec le brexit.
L'E.U. sera d'autant plus inaudible, faible sans la G.B.
La G.B pourrait devenir le cheval de Troie contenant des ses flancs les U.S.A et d'autres pour porter des coups contre la solidarité européenne et son développement économique.
Elle pourrait appliquer la politique du diviser pour régner.
Réponse de le 10/09/2020 à 15:08 :
Mais c'est ce que l'Angleterre fait depuis des siècles, diviser les nations d'Europe pour régner. Avec succès, surtout contre la France qui a vu son développement sabréi. Les USA n'ont pas besoin de l'Angleterre car ils sont déja solidement implantés en Europe.
Ce sont eux qui ont poussé à l'ouverture de l'UE à l'Europe orientale, avec l'appui des Anglais (toujours le même jeu) afin d'empêcher la création d'une puissance rivale et ouvrir les frontières de l'UE aux finances mondiales qu'ils dominent (notamment ce marché européen).
Avec l'implantation de l'OTAN en Europe orientale profitant de la faiblesse de la Russie, grâce à cette UE qui anesthésie les nations en leur enlevant leur souveraineté (institution que les français ont très majoritairement refusé par le référendum de 2005), les USA peuvent aider financièrement Bolloré à acheter la plupart des médias en France (ce qui a permis de pousser Macron au pouvoir en mode bourrage de crâne et absence de débat.
Ils ont engagé un rachat de toutes nos entreprises stratégiques et innovantes (Alstom, Latécoère, Technip, Lafarge etc ...). Le gros problème est que l'Allemagne a fait alliance avec les USA pour dominer l'Europe, et défend bien mieux son industrie que la France (avec ses énarques bornés et limités). Cela montre les illusions de ceux qui parlent de couple franco-allemand qui n'a jamais existé !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :